Au Luxembourg, une exposition d'étudiants nancéiens en design pour sensibiliser à la qualité de l'air

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Jusqu’au 25 septembre 2022, l’École nationale supérieure art et design de Nancy (ENSAD) propose à à Esch-sur-Alzette (Luxembourg) l’exposition «Respire, pour un design climatique». Ses étudiants questionnent la production contemporaine d’objets, dans un environnement soumis aux multiples pollutions.

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"J’ai voulu un objet qui permette de se poser, de souffler un peu. De respirer. Simplement". Geoffrey Potier déballe et aligne consciencieusement les créations du groupe d’étudiants en design dont il fait partie. Sur une vaste étagère, haute de plusieurs mètres, les objets en osier tressés contrastent fortement avec l’environnement de l’exposition. La Masse Noire servait du temps des hauts fourneaux à préparer la charge qui les bouchait entre chaque coulée. Cette préparation à base de goudron symbolise à elle seule la sidérurgie du passée, polluante et dangereuse.

Je ne me vois pas travailler dans le design industriel

Fanny Mequinion, étudiante en 4è année design à l'ENSAD

A Esch-Belval, les hauts fourneaux se sont tus il y a quarante ans. La ville nouvelle les a conservés pour le décor, au milieu d’un pôle universitaire embryonnaire et de sièges de banques. A la nuit tombée, on peine à croire que des gens habitent là, et pourtant avec 10.000 logements, c’est bien un nouveau quartier qui est né des ruines de l’industrie du fer et de l’acier.

Capitale européenne de la culture 2022, la deuxième ville du Luxembourg devait interroger son passé autant que son avenir. Sollicitée par la structure qui pilote les projets, l’École nationale supérieure art et design de Nancy (ENSAD) a répondu présent. "Il n’y pas d’école d’art au Luxembourg, on voudrait montrer ce qu’elle pourrait apporter au pays, même de manière temporaire" explique Christelle Kirchstetter, directrice de l’ENSAD et commissaire de l’exposition.

Améliorer la qualité de l'air grâce aux matériaux biosourcés

Pour les étudiants qui ont conçu les objets en osier, la participation à l’exposition constitue un premier grand pas en avant dans le monde professionnel. Pendant deux ans, ils ont multiplié les échanges avec les vanniers du Comité de Développement et de Promotion de la Vannerie de Fayl-Billot (Haute-Marne). "J’ai conçu un moule grâce aux imprimantes 3D de l’école, il est en PLA, un plastique biodégradable à base de maïs. Il est entièrement démontable par partie, pour que les vanniers puissent travailler comme ils le font traditionnellement" poursuit Geoffrey Potier.

Son panier triangulaire a constitué un défi personnel : "j’ai l’habitude d’élaborer des objets complexes, là j’ai dû faire simple et sobre, je suis très content du résultat que je pourrai ensuite présenter quand il s’agira de trouver du travail ou de postuler pour une autre école". "L’osier est biosourcé (fabriqué à partir de matières d’origine biologique), il est respectueux de l’environnement et c’est ce qui m’a plu dès le départ" explique Fanny Mequinion, une autre étudiante du projet, "je ne me vois pas travailler dans le design industriel".

L’exposition, qui a commencé par une enquête des étudiants sur la qualité et la perception de l’air, présente plusieurs autres aspects des défis climatiques qui attendent les futurs designers. La place du chanvre, dont la production européenne est issue à 40% du Grand Est, est aussi questionnée dans la salle de la Masse Noire, à travers le travail d’étudiants de la Haute École des arts du Rhin (HEAR). Effluves, le projet de Chloé Guillemart, designer et diplômée de l’ENSAD en 2017, interroge la place de l’aromathérapie et des plantes médicinales dans l’amélioration de notre respiration.

Au milieu des professionnels de la scénographie embauchés pour l’occasion, les étudiants vissent et percent les murs pour installer leurs travaux. "Ils touchent du doigt concrètement ce qu’est un projet complet, non seulement dans la partie pratique, mais aussi dans les relations nécessaires avec les institutions, comme la grosse machine qu’est Esch 2022" conclue Christelle Kirchstetter.