Coronavirus : les étudiants précaires encore plus démunis

Comment vivent les étudiants lorrains restés à Nancy et Metz ? Un confinement d’autant plus compliqué pour les plus démunis d'entre eux que tentent d'aider les associations et l'université.
 

Des aides exceptionnelles sont mises en place pour aider les étudiants en cette période de coronavirus.
Des aides exceptionnelles sont mises en place pour aider les étudiants en cette période de coronavirus. © Mustafa Mohammad - France 3 Lorraine
Nombreux sont les étudiants lorrains rentrés chez leurs parents depuis l'annonce de la fermeture des universités et des écoles supérieures le jeudi 19 mars 2020. Mais près de 3.500 étudiants sont toujours à Nancy et Metz en résidence universitaire selon le Crous. Sans compter celles et ceux qui sont restés en colocation, ou dans leur appartement. Leur nombre est donc forcément plus important. Certains se retrouvent en grande précarité. 

Jérôme (le prénom a été changé) est étudiant boursier en licence de biochimie, biologie moléculaire à Nancy. Jérôme est en situation de handicap, il a choisi de rester à Nancy, pour se protéger, étant particulièrement sensible sur le plan respiratoire. Il vit donc en résidence universitaire à Monplaisir à Nancy depuis la fin des cours.


Double peine

"D'une part, financièrement. Je suis amené à travailler chaque week-end, avec des enfants en situation de handicap. Tout est annulé. Comment cela va-t-il être compensé? Je ne sais pas!" s'inquiète Jérôme.

"D'autre part, les conditions sanitaires de ma résidence universitaire m'inquiètent tout particulièrement. Il y a une femme de ménage pour 4 à 5 bâtiments. On a deux douches pour un étage. Rien n'est désinfecté, nettoyé. Ça devient carrément sale. Aucune mesure de protection, aucune désinfection. Moi, je dois sortir de ma chambre pour aller me doucher. J'utilise mes coudes et mon gel, c'est pas normal."
Les étudiants de la résidence Monplaisir craignent d'être contaminés à Vandoeuvre-les-Nancy.
Les étudiants de la résidence Monplaisir craignent d'être contaminés à Vandoeuvre-les-Nancy. © Document remis

Anthony (le prénom a été changé), boursier et étudiant en troisième année de licence sciences pour ingénieur à la faculté de Nancy vit habituellement en cité universitaire au Placieux à Nancy. Il est rentré chez ses parents près d’Epinal au lendemain des annonces d’Emmanuel Macron, annonçant la fermeture des universités. "Je ne me voyais pas vivre dans un 12 mètres carrés, je ne suis pas claustrophobe, mais je préfère respirer chez mes parents où il y a un jardin", explique Anthony.

Avec 100 euros de bourse par mois pour vivre et un loyer de 141 euros avec APL [aide personnalisée au logement, ndlr], Anthony a reçu avec soulagement le mail du Crous, annonçant le gel des loyers à compter du 1er avril 2020, pour les étudiants ne séjournant plus en cité universitaire. "Ça permet de souffler un peu au niveau du porte monnaie." 

"La précarité, elle est présente chez beaucoup d’étudiants, moi, je ne suis pas le pire. Ceux qui sont à plaindre sont les étudiants étrangers", confie Anthony

Des étudiants bien difficiles à joindre. A contacter, y compris en passant par Fédélor, la fédération des étudiants de Lorraine qui gère les épiceries solidaires destinées aux plus précaires. Car la  précarité est aussi synonyme de honte, de peur aussi. D’être regardé autrement.


Livraison pour les plus démunis

La Lorraine compte 60.000 étudiants. Pour les plus démunis, des "agoraé" existent à Nancy et Metz. Il s’agit d’épiceries solidaires et de lieux d’échanges pour les étudiants vivant dans la précarité. 170 en bénéficient à Nancy, 150 à Metz.

Leur profil: des étudiants étrangers, non boursiers et non aidés par leurs parents dont les revenus ne le permettent pas. Ceux aussi, qui ont un logement et qui doivent travailler pour le financer et se payer leurs études. Mais le nombre d’étudiants dans la précarité serait beaucoup plus important selon Pheakdey Touche, la présidente de Fédelor.

"On calcule ce qui leur reste à vivre après avoir comptabilisé toutes leurs dépenses. Lorsqu’il leur reste entre 3 et 8 euros par semaine : ils peuvent bénéficier d’un pack de nourriture", explique Pheakdey Touche, présidente de Fédélor.

"Les agoraé étant fermées, nous effectuons des livraisons à domicile. Certains n’ont pas les moyens de faire des courses pour la semaine. Avant, ces étudiants allaient dans les restaurants universitaires.  On leur demande aujourd'hui de limiter les sorties, les commerces de proximité ne sont pas les moins chers, les assistantes sociales de l’université de Lorraine ou du Crous peuvent leur faire des virements. Mais en attendant que ces virements arrivent, nous effectuons des livraisons."

Après une semaine de confinement, les mails et appels auprès de Fédélor se multiplient. Les étudiants n’ont plus de provisions. La fédération avait en effet anticipé le confinement, en leur proposant des packs pour une semaine d’alimentation. Pour les étudiants isolés, Fédélor a mis en place 3 lignes téléphoniques. Avec deux contacts féminins et un masculin selon les cultures et nationalités.


Des aides exceptionnelles

Les 27.000 étudiants boursiers de Lorraine peuvent être rassurés: les bourses sont maintenues durant la période de confinement. Le Crous de Lorraine confirme également le gel des loyers des cités universitaires à compter du 1er avril pour les étudiants qui ont quitté définitivement ou temporairement leur logement en résidence universitaire.

En matière de soutien social et d’aides spécifiques, les assistantes sociales demeurent mobilisées, mais les demandes des étudiants et les échanges avec elles sont organisés par téléphone ou par voie de messagerie électronique. Elles peuvent être contactées ainsi : 03 83 91 88 30 ou social@crous-lorraine.fr.

Du côté de l’université de Lorraine, le président Pierre Mutzenhardt met également en place un dispositif d’aides exceptionnelles. Il l'a écrit aux étudiants. En voici un extrait : 

"J’ai tout d’abord décidé d’un renforcement immédiat des moyens de l’aide sociale étudiante pour les étudiants en situation financière fragile. Sous condition de ressources, grâce à notre partenariat avec le Crous, vous pouvez dans un délai d’une semaine bénéficier d’un versement pour vous aider à financer :

"J’ai ensuite décidé d’un dispositif d’aide sans condition de ressource pour aider les étudiants en mobilité stage (en France et à l’étranger) ainsi qu’en mobilité d’étude à l’étranger. L’université de Lorraine met en place un fond d’aide exceptionnel pour financer votre retour à domicile et les coûts liés. Pour en bénéficier, adressez-vous à : dfoip-coronavirus@univ-lorraine.fr", écrit Pierre Mutzenhardt

Combien d’étudiants sont touchés par ces mesures? Pour quel montant précisément? Quel est le budget global de ce dispositif d’aides exceptionnelles? L’université de Lorraine n’est pour l’heure pas en mesure de répondre à ces questions.
 
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