Dans la famille des arbres, je demande l'arbre aux mouchoirs

Il est des arbres et plantes aux noms gentiment évocateurs. Commençons, en cette fin du mois d'avril, par l'étonnant arbre aux mouchoirs, en pleine floraison. Le jardin botanique Jean-Marie Pelt de Villers-lès-Nancy en possède deux exemplaires. C'est le moment d'aller les découvrir.

Moins connus que les magnolias, les arbres aux mouchoirs n'ont pourtant rien à leur envier en beauté. Avec leurs inflorescences blanches, ils semblent tout endimanchés en cette fin de mois d'avril, prêts pour les noces ou communions qui s'annoncent. Le jardin botanique Jean-Marie-Pelt de Villers-lès-Nancy en possède deux spécimens qu'il faut aller saluer absolument, d'ici juin avant la fin de sa floraison. 

Les présentations

La première chose qui frappe à l'approche du premier arbre, isolé, près de l'entrée des serres, c'est son élégance. Planté il y a 40 ans, dans un sol qui reste frais, mais en plein soleil, Davidia Involucrata, de son petit nom latin, sait se mettre en valeur pour se faire admirer.

En s'approchant, on ne se lasse pas de contempler ses inflorescences. Car oui, les deux sortes d'ailes blanches ne sont pas des fleurs. Karim Benkhelifa, responsable de collections au jardin botanique, décrit l'inflorescence en termes scientifiques précis : "les fleurs, mâles et femelles, sont entourées par deux bractées engainantes blanches". Elles donneront plus tard des fruits qui ressemblent un peu à des noix ou de toutes petites pommes, mais qui ne sont pas mangeables. Quant à ses feuilles, qui ressemblent à celles du tilleul, elles se parent de magnifiques couleurs à l'automne. Une beauté sylvestre, printanière, estivale et automnale. 

Le botaniste fait remarquer pourtant, malgré le charme de l'arbre, qu'il a souffert des épisodes de sécheresses et de canicules successifs. Quelques branches sont mortes, n'ayant pas supporté les périodes de stress hydriques.

Un rappel à la réalité climatique qui soucie tous les jardiniers et amoureux de la nature. 

De l'aventure et de la poésie

Il n'est pas question ici de vous faire la fiche signalétique de cet arbre coup de cœur. Les sites spécialisés en botanique vous expliquent tout, bien mieux que nous ne pourrions le faire, comme ici sur le site du Muséum national d'histoire naturelle. Et surtout, rien ne vaut le coup d'œil que vous irez lui jeter et les impressions que vous en tirerez. 

La poésie qui se dégage de lui, lors de la floraison, est telle, qu'elle a donné lieu à plusieurs noms, tous plus suggestifs les uns que les autres : arbre aux mouchoirs, donc, mais aussi arbre aux pochettes (comme celles des costumes). D'autres voient dans ses bractées blanches des papillons ou des petits fantômes. Et les Anglais, y voient des ailes de colombes et le nomment "dove tree".

Mais son histoire peut vous plonger dans la grande aventure. Imaginez : nous sommes dans les années 1860, quelque part en Chine. Le père Armand David (1826-1900), un prêtre basque, est parti en Asie en tant que missionnaire. Inutile de dire que les missionnaires ne sont pas accueillis à bras ouverts par les mandarins qui les voient comme des envahisseurs. Là, se réveillent ses passions de botaniste et de naturaliste, durant les quatre missions qu'il va y mener. Il prélève des graines, des échantillons de plantes, parmi lesquelles notre fameux arbre aux mouchoirs en 1869. Plus tard, vers 1897, il fait parvenir en Europe ces graines qui permettront l'implantation européenne de cette nouvelle variété. Et c'est un autre botaniste, le professeur Baillon, qui lui attribuera son nom, en hommage à sa découverte : Davidia, de la famille des Nyssaceae, est né.

Parmi les autres découvertes de l'infatigable abbé, le buddleia, le fameux arbre à papillons, l'acer davidii, un érable à peau de serpent, et pas moins de 3 000 espèces envoyées. Les botanistes, qui les ont ensuite décrites et nommées, ont attribué environ 70 fois le nom de David (Davidii) en hommage au curé découvreur. Une descendance honorable pour un homme d'Église. 

Mais le missionnaire s'est aussi consacré aux animaux et a découvert une espèce d'écureuil, plusieurs espèces de cerfs, le cerf-chameau et le cerf du père David, mais encore des oiseaux. Mais par-dessus tout, son Graal, sa découverte la plus illustre, c'est celle du panda, dont il prouva l'existence, au-delà des mythes chinois. Depuis 2015, un village du Sichuan, détruit par un séisme et reconstruit, porte même son nom en hommage à cette merveilleuse découverte. 

Retour au jardin

Mais revenons sur nos terres, au jardin botanique de Nancy. Un second arbre de la même espèce, Davidia involucrata est installé de manière plus abritée en lisière de l'arboretum. Ni la même exposition, ni le même environnement que le premier arbre et pourtant, il s'épanouit aussi. Le responsable de collections du jardin explique qu'il y a certes des conditions idéales pour implanter une espèce d'arbre, mais que les jardiniers doivent aussi composer avec leur terrain et ses particularités. Ils sont parfois amenés à expérimenter d'autres conditions d'implantation qui peuvent s'avérer tout aussi favorables.

Si vous tombez, vous aussi, en amour devant cet arbre décoratif et ornemental, sachez qu'il se trouve chez certains pépiniéristes. Sa croissance lente saura mettre à l'épreuve votre patience de jardinier, mais il est fort à parier que votre flegme se verra récompensé dès la première floraison. 

Une dernière chose pour les amateurs, n'hésitez pas à l'associer aux cornus. Ils se marieront parfaitement dans de superbes noces blanches ou rose pâle.

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