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DOCUMENTAIRE. Nancy jazz, 50 ans de pulsations, retour sur des concerts d'anthologie

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2023 marque le 50ᵉ anniversaire du Nancy Jazz Pulsations, le fameux NJP, cher aux Nancéiens. Un demi-siècle de passion pour le jazz sous toutes ses coutures, de Ray Charles à Miles Davis en passant par Stéphane Grappelli ou Chet Baker, mais aussi de blues, de free, d'ouvertures aux musiques du monde et aux musiques actuelles.

Depuis quand le jazz est là à Nancy ? Depuis 50 ans. Déjà ? Un demi-siècle d'existence pour un festival, qui cherchait, à sa naissance, juste à combler un temps mort automnal dans la cité ducale. S'y sont produits —dans le désordre— Nina Simone, Chet Baker, Dizzy Gillespie, Herbie Hancock, Miles Davis, Astor Piazzolla, Sarah Vaughan, Wynton Marsalis, Sony Rollins, Youssou N'Dour ou Ray Charles. Il faudrait pouvoir citer toutes les programmations, les découvertes, les moments de grâce, mais la tâche est trop vaste. Voici déjà 52 minutes de bonheur jazzy et trois bonnes raisons de regarder "Nancy jazz : 50 ans de pulsations", un documentaire de Samuel Petit. 

1. Pour le plaisir de voir les monstres sacrés du jazz

Impossible donc de tous les citer. Mais les extraits d'archives, qu'ils soient moment de concerts ou d'interview, sont savoureux. Comme cette image de Ray Charles qui, pour évoquer le NJP, parle de "some kind of jazz festival" (une sorte de festival de jazz) en 1973. Ou de CharlElie Couture, la note locale de l'événement, qui s'enorgueillit "d'un festival de référence internationale".

Chaque témoignage recueilli y va de son propre souvenir, de sa vibration personnelle. Mais il va de soi que les grandes têtes d'affiche fédèrent.  Le saxophoniste Thomas de Pourquery évoque "le choc esthétique" que lui a causé Sun Ra Arkestra lors de la toute première édition du NJP : "il incarne la musique de l'univers, de l'espace ; il a réuni tous les arts ; il est très avant-gardiste." Une sorte de symbole de ce que le festival souhaite représenter. L'ouverture vers tous les genres de musiques avec, pour centre de gravité, le jazz.

Patrick Kader, directeur et programmateur du festival de 1980 à 2018 se souvient de Chet Baker "il n'y a pas eu de balance ; il est arrivé tardivement sur scène, flageolant et puis il est monté sur scène et c'était l'instant de grâce. Il n'y avait pas un mort dans le chapiteau. On n'entendait que le souffle de sa voix, c'était la communion." Claude-Jean Antoine, dit Tito, Co-fondateur du NJP, lui, retient Bashung, avec un de ses tout derniers concerts.

Et s'il ne fallait retenir qu'un seul concert –comme si c'était possible !!- donnons gain de cause à Patrick Germain, ex-journaliste de France 3 Lorraine, qui a couvert une bonne partie des festivals aussi bien par métier que par plaisir. 1985, Miles Davis. "Que cette star, ce génie musical vienne sur la scène de Nancy, on était tous abasourdis." Patrick Kader complète : "il y avait tellement de monde dans la salle, qu'on disait à des élus de virer de la scène. Tout le monde avait envie de le voir."

2. Pour diffuser le jazz au cœur de ville et au-delà

C'était la volonté initiale du maire de l'époque. Marcel Martin cherche à combler un temps mort de la vie culturelle nancéienne. Une voix s'élève pour proposer un festival de jazz. Va pour le festival de jazz ! Oui, mais attention, le maire insiste : "je ne vous ai pas demandé d'organiser une kermesse, je veux un grand festival". Un grand festival sinon rien, 50 ans plus tard, il semble que le contrat soit rempli, le NJP est toujours là. Il a évolué avec son temps. 

En 1973, les concerts ne suffisent pas, il faut une grande parade, il faut aller à la rencontre du public."Une volonté de faire battre le cœur de la ville" selon Matthieu Rémy, auteur du livre "50 ans de NJP" Alors, on va chercher des tracteurs, on fait des décors géants et on place les musiciens sur les remorques décorées. Les rues de Nancy sont envahies, deux mois avant le défilé de la traditionnelle Saint-Nicolas. Un défilé de chars musicaux, vintage à souhait et le public, blousons en peau de mouton et en pantalons patte d'éléphants, se trémousse, cigarettes au bec aux rythmes des brass band de New-Orleans et d'ailleurs.

Les lieux d'accueil des concerts sont diversifiés : il n'y aura pas que l'emblématique chapiteau de la Pépinière, les salles de spectacles de la ville sont réquisitionnées : il y aura du jazz à l'opéra, du blues salle Poirel et des fanfares New-Orleans dans les écoles. La musique coulera à flot dans les bars et se glissera jusque dans les appartements du Haut-du-Lièvre et à travers les barreaux d'une prison et jusque dans les bus de la ville. Petit dernier en date, le Magic Mirror résonnera de cuivres et de rythmiques jusqu'au bout des nuits nancéiennes.

Mona Soyoc, chanteuse du groupe Kas Product le définit ainsi "ce festival, il transformait la ville ; il y avait plusieurs lieux ; ça donnait une sensation d'électricité dans la ville". Si tu ne vas pas au NJP, le NJP viendra (z) à toi ! cela aurait pu être la devise des fondateurs de l'événement.

3. Pour transmettre le jazz, mais pas seulement

Du Jazz au blues, il n'y a qu'un pas. Vite franchi par les programmateurs du festival. BB King et sa guitare seront des premières éditions (1977). Bireli Lagrène, maitre de la guitare manouche, reconnaît "le NJP n'a pas hésité à faire venir des musiciens qui n'étaient pas des musiciens de jazz".  Et CharElie Couture de reconnaître "ma poésie n'était pas sur les rails du jazz", ce qui pourtant ne l'a pas empêché de se produire au festival à plusieurs reprises. Bien sûr, le free, le funk, la fusion, le be bop, mais aussi, plus tard, les musiques du monde, d'Afrique et d'Amérique du Sud, les affinités rock, des influences tous azimuts.

Les gens étaient encouragés à venir voir d'autres genres que ce qu'ils avaient l'habitude de voir.

Mona Soyoc, chanteuse de Kas Product

Tout part d'une envie d'ouverture sur les mondes musicaux ; d'une envie de faire découvrir aux autres ce qu'ils ne connaissent encore pas. D'ouvrir, d'élargir, d'amplifier. Patrick Kader, "ç'a toujours été la constante du festival de s'ouvrir à ce qui plait et faire partager d'autres plaisirs." Mona Soyoc, chanteuse de Kas Product l'exprime autrement : "les gens étaient encouragés à venir voir d'autres genres que ce qu'ils avaient l'habitude de voir"

Et surtout, comme le dit Anne Paceo, artiste, "j'aimerais bien qu'un jour, on arrête de poser des étiquettes". Plus de frontières, juste du plaisir partagé. L'illustre Michel Portal l'entend sur la même tonalité : "j'ai fait des choses très différentes ; j'ai piqué des choses à gauche et à droite. Est-ce que je fais du jazz ? je m'en fous, il me faut de la vie".

C'est peut-être Marcus Miller, quand il explique sa vision de la musique, qui pourrait donner le fin mot : "la mentalité du jazz consiste à insuffler une vitalité à la musique, à explorer de nouveaux styles, de nouveaux musiciens qui feront avancer la musique. Beaucoup de gens pensent le jazz comme la musique classique : que tout est déjà écrit, que le livre est fermé. Moi, je veux continuer à développer le langage, le renouveler".

Cinquante ans, groovant, mouvant, changeant, soufflant, époustouflant et émouvant, le NJP s'est toujours renouvelé.

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