La réintroduction du grand tétras dans les Vosges va-t-elle être suspendue ?

Alors que la première opération de lâchers de grands tétras capturés en Norvège est imminente dans le massif des Vosges, une audience en vue de suspendre le projet s’est tenue ce jeudi 25 avril 2024 à Nancy, suite à un recours en référé déposé par cinq associations de défense de l'environnement. La décision du tribunal administratif sera rendue dans quelques heures.

Tandis que les premiers grands tétras, prélevés en Norvège, doivent être relâchés dans le massif vosgien, dans les prochaines heures, une audience organisée en urgence s'est tenue ce jeudi 25 avril 2024 au tribunal administratif de Nancy (Meurthe-et-Moselle). L’examen de ce dossier fait suite à un recours en référé déposé par cinq associations de défense de l'environnement après que la préfecture des Vosges a donné son feu vert à ce projet de réintroduction contesté. Pendant plus d’une heure et demie, les différentes parties ont pu exposer leurs arguments. Le jugement est mis en délibéré jusqu’à demain, le vendredi 26 avril 2024.

Les scientifiques et les associations sont quasi unanimement opposés au projet

Me Hadrien Picoche, avocat des cinq associations de défense de l'environnement

Si le plus gros oiseau terrestre sauvage d'Europe est menacé de disparition dans le massif des Vosges, “l’objectif de repeuplement est louable mais les conditions d’accueil ne sont pas réunies”, plaide Me Hadrien Picoche, l’avocat des cinq associations mobilisées. Selon lui, “la surfréquentation touristique, le réchauffement climatique, les aménagements construits par l'Homme (entre autres facteurs) qui ont détruit l’habitat naturel du grand tétras” sont autant d’arguments qui font que “les scientifiques et les associations sont quasi unanimement opposés au projet et estiment que cette espèce boréale n’est plus adaptée dans le massif vosgien et que ses chances de survie sont très faibles”.

C’est une espèce plastique, qui s’adapte bien malgré la chaleur

Laurent Seguin, président du Parc naturel régional des Ballons des Vosges

Avant qu'il ne s’éteigne complètement, le parc naturel régional des Ballons des Vosges espère importer 200 grands tétras de Norvège d’ici à 2028, soit 40 spécimens par an, pendant cinq ans. Le coût d’un tel projet, 200.000 euros annuels. “En Norvège, on compte 200.000 grands tétras et 15.000 de ces oiseaux sont chassés chaque année. Les oiseaux que nous importerons seront déduits du quota de chasse, on les sauve d’un coup de fusil. Par ailleurs, on trouve encore cette espèce en Grèce ou dans les Pyrénées, c’est une espèce plastique, qui s’adapte bien malgré la chaleur”, se défend Laurent Seguin, le président du parc naturel régional des Ballons des Vosges.

 

C’est le seul exemple de projet où l’on prend une espèce du nord pour l’introduire au sud en plein changement climatique

François Guérold, écologue et professeur émérite en écologie à l'Université de Lorraine

“Des arguments faux” pour François Guérold, écologue et professeur émérite en écologie à l'Université de Lorraine, qui rappelle que le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN) a émis un avis défavorable en dénonçant un projet voué à l’échec dans un tel contexte. “Je ne veux blesser personne mais ce projet n’est basé sur aucune expertise scientifique. Il faut d'abord se questionner sur les causes de l'extinction de l’espèce dans le massif des Vosges et dans le sud de l’Europe avant de penser à réintroduire le grand tétras. C’est le seul exemple de projet où l’on prend une espèce du nord pour l’introduire au sud en plein changement climatique”, lâche le naturaliste.

Nous ne sommes pas opposés à la réintroduction du grand tétras mais pas dans ces conditions, c’est une mort annoncée

Dominique Humbert, président de SOS Massif des Vosges

Un avis partagé par les cinq associations présentes. Dominique Humbert, président de SOS Massif des Vosges, l’une des cinq associations mobilisées, dénonce “l’opération de communication déguisée” derrière ce projet de réintroduction du grand tétras : “C’est un projet présenté à marche forcée. Les raisons sont simples, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges veut obtenir son agrément en 2027, alors qu’il fait très peu de choses pour la biodiversité et l’État ne veut pas être condamné pour inaction environnementale. Nous ne sommes pas opposés à la réintroduction du grand tétras mais pas dans ces conditions, c’est une mort annoncée”.

Ce projet expérimental et provisoire ne se déroule pas dans des conditions idéales mais ne porte pas une atteinte grave et imminente à l’intérêt public

Préfecture des Vosges

La solution, selon les défenseurs de ce projet de repeuplement ? “Il faut tenter, même si on ne peut pas promettre la réussite du projet. Il y a un petit espoir, même s’il est très mince, de renforcer la biodiversité. Si on ne fait rien, on fait face à la disparition assurée de cette espèce dans les Vosges”, tente Laurent Séguin, président du Parc naturel régional des Ballons des Vosges. “Ce projet expérimental et provisoire ne se déroule pas dans des conditions idéales mais ne porte pas une atteinte grave et imminente à l’intérêt public”, justifient quant à eux les représentants de la préfecture des Vosges invités à l’audience. 

Un projet polémique

En marge de cette audience, la décision favorable donnée par la préfète des Vosges à la réintroduction du grand tétras a été vivement critiquée, notamment par le photographe animalier Vincent Munier. Le bilan de la consultation publique, lancée au mois de mars 2024 sur internet, fait état de 811 avis défavorables au projet pour 137 avis favorables seulement. Le jugement du tribunal administratif de Nancy est mis en délibéré jusqu’au vendredi 26 avril 2024, une décision sera donc rendue sous moins de 24 heures. Les associations ont dans le même temps déposé un recours pour la suspension de la capture des grands tétras devant les autorités norvégiennes. Elles n'ont reçu aucun retour pour le moment.

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