Le stress du quotidien mis en scène par ces lycéens, "manifestations de colère, de peur, d’amour ou de fragilité"

Depuis la rentrée 2023, des élèves du lycée Majorelle de Toul, près de Nancy, travaillent sur trois projets de théâtre. Pas d'interprétation d'auteurs classiques ou modernes. Leur source, la parole de leurs camarades recueillie anonymement en début d'année. Un constat : le stress est omniprésent dans leur quotidien.

Entre contrôle continu et orientation, la pression fait partie du quotidien des lycéens. Il n'existe pas de chiffrage précis mais dans une récente étude, réalisée entre 2021 et 2022, auprès de 500 élèves en France, les témoignages recueillis par une chercheuse en psychologie, Aline Vansoeterstede, traduisent cette angoisse et ce malaise. 15 % des adolescents présentent même des signes de burn-out. La chercheuse appelle à une mise à disposition d’indicateurs de suivi de la santé psychologique à l’école au niveau national.

Ce constat, de nombreux enseignants et personnels de l'Éducation national le ressentent également. Mais le thème est assurément tabou. À Toul (Meurthe-et-Moselle), au lycée Majorelle, il a pourtant été le moteur d'un projet. Septembre 2023, les 293 élèves de terminale sont invités à répondre anonymement à cette question : "Quelles sont vos différentes sources de stress dans votre vie lycéenne et extra-lycéenne ?"

De nombreux jeunes vivent mal leur scolarité et leur adolescence…, nous avons souhaité leur donner la parole et en faire un objet culturel non identifié

Denis Peters, initiateur du projet

"Nous avons distribué des cartes, un peu l'équivalent d'un carton réponse pour que les élèves s'expriment confidentiellement" explique Denis Peters, professeur documentaliste qui enseigne l'option théâtre et initiateur du projet, "nous sommes partis d'un constat. De nombreux jeunes vivent mal leur scolarité et leur adolescence, ils se sentent mal dans leur peau, surtout depuis la fin du Covid. Ils doivent pourtant faire avec et aller jusqu’au bac. Nous avons donc souhaité leur donner la parole et en faire un objet culturel non identifié ! Nous avons été étonnés par le succès de la démarche. Les élèves ont vraiment joué le jeu. Ils se sont livrés".

Côté réponses, l'éventail est large avec de l'humour parfois. Ce qui me stresse ? "Me faire choper avec mon téléphone en cours". Mais pour la grande majorité des élèves, le propos est sur un registre beaucoup plus sérieux et grave. "Les oraux, les évaluations, le bac, ce que je veux faire plus tard, me retrouver seule", "la pression des profs", "l'échec", "la fatigue", "les moqueries", "toujours avoir de bonnes notes", "les profs qui ne savent pas faire cours", "parcours sup", "le jugement de ma famille", "la pression des profs pour le bac et les notes", "je vois plus mes profs de spé que mes parents"... Voilà quelques exemples de confidences recueillies pêle-mêle sur ces cartes.

Trois projets en un

"Toute cette matière première, nous avons décidé de la faire fructifier dans un projet culturel" poursuit Denis Peters, "un projet qui se décompose en trois propositions bien différentes". Avec l’aide de Michel Mayen (comédien, metteur en scène et dramaturge), Dominique Farci (metteur en scène et comédien) et de Pierre Banon (vidéaste), "les 40 élèves des options théâtre ont été accompagnés et se sont emparés de ces témoignages tantôt émouvants, tantôt drôles, manifestations de colère, de peur, d’amour ou de fragilité, pour les transformer en une pièce de théâtre, un film et des criées publiques".

Sur ce dernier point, le principe est d'interpeller le spectateur. Les élèves acteurs se succèdent en déclamant l'intégralité du texte recueilli sur une carte. "C'est un exercice où, pour que cela fonctionne, il faut du rythme", raconte Denis Peters, "les phrases doivent se mêler et s'entrechoquer en passant d'un registre à un autre. Il y a eu un travail avec Dominique Farci sur le choix et l'assemblage de tous ces textes pour que cela forme un tout, une création à part entière". Une pièce de théâtre d'une durée d'environ quinze minutes et une vidéo accompagnent également cette démarche "multidisciplinaire".

Le projet baptisé "Fissures" est proposé ce mardi 14 mai 2024 à l’amphithéâtre du lycée avec une séance ouverte à tous les publics à 19h30.