Nancy : la détresse des artisans depuis le confinement, "ça fait deux mois que je n’ai pas payé mon loyer"

Un artisan encadreur face à la crise sanitaire. Une fleuriste. Une modiste. Des témoignages d'artisans qui racontent un quotidien rempli d'inquiétudes. Car en dépit des mesures de soutien, les petits indépendants ne donnent pas cher de leur survie avec la crise actuelle dûe au Covid-19.
Laure Martin est fleuriste à Nancy : " le reconfinement est un nouveau coup dur pour nous".
Laure Martin est fleuriste à Nancy : " le reconfinement est un nouveau coup dur pour nous". © Yves Quéméner, France télévisions
Installée à Nancy (Meurthe-et-Moselle), Sophie Milli est une des rares modistes en France. Sophie a choisi son métier après un BTS agent immobilier. "Rien à voir". Quand les confinements ont été décrétés, mi-mars, et la semaine dernière, à cause du Covid-19, elle a bien compris que la situation serait difficile. "Mais pas à ce point"

Des chapeaux inédits 

Les mariages ne sont plus autorisés. Certains pourront être reportés sur d’autres saisons, mais cela change tout au niveau des créations et des tenues. Avec une boutique collective, elle aussi essaye de vendre ses créations en ligne. "C'est mieux que rien"

Je suis en train de chercher "un vrai travail", comme dirait ma maman.

Sophie, modiste


Elle nous ouvre les portes de son atelier sous les toits de Nancy. Elle s'est installée ici il y a vingt ans. C'est là qu'elle dessine et fait des chapeaux, surtout pour les mariages. "Il faut savoir que plus de 70 % du chiffre d’affaires que je fais, c’est entre mai et octobre. Donc vous voyez bien, cette année c'est très très dur. Depuis le confinement je n'ai plus de commande", dit Sophie. "Alors oui je suis à deux doigts d’arrêter. Je suis en train de chercher "un vrai travail" comme dirait ma maman"
Elle a aussi a profité de cette difficile période de premier confinement pour confectionner presque gratuitement des masques en tissu. "Pour participer à l'effort national"

La détresse des artisans

Un artisan encadreur face à la crise sanitaire. Pascal Quque a besoin d'être en contact avec le client dans son atelier. Mardi 03 novembre 2020, en fin de matinée, dans les mains de Pascal un délicat travail de paperolles. Une technique de décoration utilisant des petites feuilles enroulées sur elles-mêmes fixées dans un cadre.
Ici c'est le savoir-faire de l'artisan qu'est venu chercher la cliente qui lui a confié l'objet. 

Si les clients ne reviennent pas immédiatement, pour moi c’est l’asphyxie.

Pascal Quque, encadreur

Cela fait une vingtaine d'année que Pascal Quque est encadreur.  Avec le reconfinement, plus personne ne passe la porte de son atelier. "C’est une démarche qui ne peut pas être entreprise en dehors de la présence à l’atelier. On ne peut pas faire de télétravail évidemment, ni par téléphone, ni en visioconférence", explique Pascal. 
"Mais si le confinement devait perdurer et que les clients ne reviennent pas immédiatement pour moi c’est l’asphyxie", ajoute-t-il.

Ce qui me fait le plus peur, c’est l’après-confinement.

Pascal Quque, encadreur

Pour l'heure, il a suffisamment de commandes pour occuper son confinement, mais c'est l'après qui l'inquiète. 
Qu'en sera-t-il à la sortie de confinement ? Une question qui tourne tous les jours évidemment dans la tête de tous les petits patrons et artisans confinés depuis jeudi soir.
Les artisans encadreurs, encore en activité dans le Grand Est, se comptent sur les doigts d'une main. Pascal craint que ce savoir-faire ne se perde si la crise sanitaire dure trop longtemps.
Pascal Quque est encadreur à Nancy : "j'ai quand même peur que les clients ne reviennent pas immédiatement après le confinement"
Pascal Quque est encadreur à Nancy : "j'ai quand même peur que les clients ne reviennent pas immédiatement après le confinement" © Yves Quéméner, France télévisions

"Tout faire pour survivre"

Avec la Toussaint elle disposait d'une petite fenêtre de sursis. Mais dimanche c'était le dernier jour d'ouverture de son atelier pour Laure Martin. Elle est fleuriste à Nancy.
Elle peut uniquement vendre des fleurs sur commande. "Je suis en train de mettre en place un site marchand qui va pouvoir permettre à mes clients d’acheter directement à n'importe quelle heure les fleurs que j’ai mis à la disposition des clients", dit-elle. "C'est nouveau pour moi". 

Je suis en grande difficulté financière à cause de l'épidémie.

Laure Martin, fleuriste

Blanc, jaune pâle, rose, rouge, vert, il y en a de toutes les couleurs dans son petit atelier au sous sol. Dans la discussion, elle insiste et plusieurs fois elle dit : "je ne fait pas partie des commerces autorisés à accueillir du public". Alors, avec ce deuxième confinement, elle retient son souffle. "Je n'ai aucune aide de l'Etat." Elle craint aussi de ne pas pouvoir travailler pour les fêtes. Un moment de l'année très important pour elle et tous les fleuristes. 

En France, pendant le premier confinement, sur les 12.000 fleuristes français, la Fédération française des artisans fleuristes estime qu’environ 20 % ont maintenu une activité par livraison. Ainsi, pour le second confinement, la fédération suggère de mettre en oeuvre d'autres mesures comme l'application d'un taux de TVA réduit sur l'ensemble de l'offre florale et végétale.

"On va tout faire pour survivre", dit Sophie la modiste de Nancy. Le confinement sanitaire reste pour ces artisans un gel quasi total de leur activité.
Des petites entreprises qui finalement n’espèrent pas trop des aides et des reports de charges débloqués de toute urgence par le gouvernement. "Pas de mariages, pas de commandes". 
 
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