Nancy : l’athlète sans papier Oumar Dembélé a été expulsé ce vendredi matin vers le Mali "Une condamnation à mort" selon ses termes

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Écrit par Sophie Mercier

Malgré une forte mobilisation, Oumar Dembélé, 19 ans, a été expulsé ce matin vers le Mali. Ce sportif licencié au club d’Athlétisme de Nancy est décrit comme un modèle d’intégration par ses proches, qui dénoncent une décision injuste.

"Oumar ta place est ici ", "Oumar tu nous manques" : des slogans, mais surtout un cri du cœur, lancé par une trentaine de personnes ce matin devant la grille du centre de rétention de Metz. Une dernière tentative qui n’a malheureusement pas changé le cours des choses.

Ce vendredi 11 mars, à 8h30 du matin, Oumar Dembélé a quitté le centre de rétention, ou il était détenu depuis deux mois, pour prendre le premier vol à Paris en direction de Bamako. Le convoi est passé juste devant ses proches , impuissants. "Tant que ce n’est pas arrivé, on a toujours un peu l’espoir, mais là le fait de le voir partir devant nous c’est compliqué", explique Nicolas Morot, l’entraîneur d'Oumar, au bord des larmes.

"Honnêtement, je suis effondrée, c’est très dur. Mais je pense que c’est bien plus dur pour lui que pour nous"» rajoute sa kinésithérapeute, Soraya Marquer.

Un sportif investi

Depuis le début de sa détention le 14 janvier 2022, ces deux membres du club Nancy Athlétisme Métropole sont allés rendre visite à Oumar presque tous les jours. Le jeune homme de 19 ans était un athlète très apprécié dans son club où il était licencié depuis 2019.
Qualifié deux fois pour les championnats de France de lancer de poids, il entrainait aussi bénévolement les plus jeunes de son club. Il vivait à Nancy et étudiait pour obtenir un bac pro installations sanitaires.
Un parcours exemplaire, et un modèle d’intégration pour Nicolas Morot, qui dénonce une expulsion profondément injuste. "Il s’est construit une vie ici, avec des amis, une vie scolaire et professionnelle, une vie associative. Pour nous, c’est révoltant parce qu’il était utile à notre société. C’était un bénévole comme on en trouve peu maintenant dans le monde associatif. Il y a des personnes nées françaises qui en font bien moins. J’ai du mal à comprendre cette décision", affirme Nicolas Morot.

Une forte mobilisation de soutien

Un sentiment partagé par certaines figures politiques, comme le sénateur de Meurthe-et-Moselle Olivier Jacquin, mais aussi par de nombreux citoyens nancéens. Le 14 janvier 2022, 200 personnes avaient manifesté pour demander à la préfecture de Meurthe-et-Moselle, d’annuler l’ordonnance d’expulsion.

35.700 personnes ont également signé une pétition en ce sens. Orphelin, Oumar Dembélé est arrivé en France à l’âge de 16 ans avec des papiers d’identité que la préfecture de Meurthe-et-Moselle a jugé non conformes.
L’obtention d’un certificat d’authenticité, le 4 mars dernier, délivré par l’ambassade du Mali n’a rien changé à la situation. "Je trouve ça révoltant qu’il soit expulsé maintenant alors qu’on a la confirmation que ses papiers sont vrais, qu’il est bien la personne qu’il dit être. C’est quelqu’un de bienveillant et je ne comprends pas pourquoi on cherche à l’éloigner comme ça" explique Soraya Marquer.

Comme de nombreux mineurs isolés, Oumar a été pris en charge par l’Etat français, et scolarisé jusqu’à sa majorité. Un processus d’intégration remis en cause dès l’obtention de sa majorité. Chaynesse Khirouni, présidente du Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, dénonce un système absurde. "On expulse quel que soit l’intégration des jeunes. Il se trouve que c’était un jeune majeur qui a été accompagné par les services du département de la protection de l’enfance. Il était sous contrat  jeune majeur, et avait défini avec nos services des objectifs d’insertion. Et aujourd’hui tout ça est mis à néant."

 Expulsé dans un pays en guerre

Alors que la France accueille des milliers de réfugiés ukrainiens qui fuient les bombardements, Oumar Dembélé, est lui renvoyé au Mali, un pays en guerre depuis 2012 rappelle Soraya Marquer qui craint pour la sécurité du jeune athlète.

Car sur place, le sentiment anti-français n’a jamais été aussi fort. "Son attachement pour la France va être très mal accueilli au Mali. Le renvoyer là-bas, pour lui, c’est comme une condamnation à mort." Depuis l’année dernière, la junte au pouvoir a multiplié les messages hostiles envers la France. De nombreux drapeaux tricolores ont été brûlés lors de manifestations. Et malgré l’annonce du départ des forces armées françaises de l’opération Barkhane, la situation diplomatique reste très compliquée.