Santé et médico-social : manifestation à Nancy, la CGT met la pression sur le gouvernement pour élargir la prime Ségur

Publié le Mis à jour le
Écrit par Arnauld Salvini
À Nancy, les manifestants étaient environ 250.
À Nancy, les manifestants étaient environ 250. © Arnauld Salvini/FTV

La CGT appelait mardi 11 Janvier à une grève nationale pour les secteurs santé et médico-social. L'objectif, obliger le gouvernement à tenir sa promesse d'organiser une conférence sur les salaires de la filière avant la présidentielle. A Nancy, ils étaient 250 à exprimer les raisons de leur colère.

"Ségur pour tous ! C'est clair !" réclame sans détour Fabien, ce mardi 11 janvier 2022.
Avec Eric, Thiery et Manu, il tient la banderole CGT de l'AIEM. Même s'ils n'appartiennent pas tous à la structure, ils sont tous dans le médico-social et se sentent tous dans le même bateau. Ou plutôt la même galère... Ils ont de 20 à 35 ans de boutique pour Thiery, le plus ancien qui émarge à "2.000 euros net par mois sur douze mois", en tant qu'éducateur spécialisé.

35% de perte de pouvoir d'achat

Bien sûr, il y a le salaire et le coût de la vie.
"35% de perte de pouvoir d'achat depuis 1999 dans le secteur médico-social", selon eux. Mais il y a surtout un malaise grandissant au travail. "Ça dépasse le Ségur. C'est une perte de sens...", se désole Thiery.  "Le métier est difficile et mal payé. Avec 100 euros de plus que le Smic au démarrage, les jeunes ne viennent pas. Il y a un manque de reconnaissance énorme", rajoute Fabien, aide médico-psychologique, l'équivalent d'un aide-soignant, dans une maison d'accueil spécialisé pour déficients intellectuels.

"On ne fait pas du bon travail !"

Le discours des jeunes n'a rien à envier à ceux des anciens.
Marine est éducatrice à l'ADALIE, une structure qui accompagne les jeunes en difficulté dans leur insertion. "J'en ai 70 à suivre ! C'est trop ! On ne fait pas du bon travail. On met les jeunes en difficulté et nous aussi...". À 26 ans avec un bac + 3 en économie sociale et familiale, elle gagne 1.600 euros net par mois. "Et 1.600, c'est bien par rapport à des collègues qui gagnent 1.350... Tout augmente ! On fait gaffe." Pour autant, la jeune femme ne fait pas de son salaire une priorité. Si elle est là, c'est avant tout par solidarité avec le secteur de la santé et pour "adresser un message au gouvernement." Même sentiment chez Chloé (Son nom a été changé à sa demande) qui travaille depuis deux ans dans le domaine de la protection de l'enfance. À 29 ans, elle gagne moins de 1.500 euros net par mois, "avec la route tous les jours et pas de cantine le midi... Ça ne fait pas rêver ! Quand on a fait trois ans d'études, on espérait plus.

Un message au gouvernement

Alors, même si le mot d'ordre de cette grève était général pour dénoncer la crise du secteur santé et médico-social, c'est peut-être plus pour les travailleurs sociaux qu'ils étaient mobilisés aujourd'hui. "Les invisibles du Ségur", selon Emmanuel Flachat, le secrétaire CGT Santé 54. Ceux qui n'ont pas bénéficié des revalorisations, ni de la prime mensuelle de 183 euros octroyée aux soignants du secteur hospitalier.

C'est cette revendication que la centrale syndicale entend défendre lors de la conférence des métiers de l'accompagnement social et médico-social.
Programmée initialement le 15 janvier, elle a été reportée "au premier trimestre 2022" en raison de la situation sanitaire, selon un communiqué officiel du gouvernement. La CGT a donc décidé de monter seule et rapidement au créneau, mais d'autres actions syndicales devraient suivre pour réclamer sa tenue avant l'accélération de la campagne présidentielle. L'union nationale et interfédérale des associations sanitaires et sociales (UNIOPSS), consciente de la crise profonde que traverse le secteur, annonce également une semaine de mobilisation fin janvier.

On s'occupe de gens invisibles. Et nous-mêmes, nous sommes invisibles.

Fabien, aide médico-psychologique

Parmi les manifestants, beaucoup espèrent qu'à l'approche de la présidentielle, leurs revendications se traduiront par des mesures concrètes.  "L'Agence Régionale de Santé elle-même nous reconnaît personnels de santé", soutient Manu. "Et même quand on bosse pour des personnes en insertion, c'est du soin !".
Fabien, lui, ne se fait pas trop d'illusions quant à l'avenir : "On s'occupe de gens invisibles. Et nous-mêmes, nous sommes invisibles..."
 

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