Suicide au magasin Leclerc : “Je veux que justice soit faite, je ne veux pas de leur argent” témoigne la mère de Maxime

Le témoignage de Claire est celui d'une maman qui reste sidérée par le suicide de son fils, sur son lieu de travail. / © France 3 Lorraine
Le témoignage de Claire est celui d'une maman qui reste sidérée par le suicide de son fils, sur son lieu de travail. / © France 3 Lorraine

Un mois après le décès de son fils, la maman de Maxime Chery raconte sa souffrance et le silence de la direction du magasin Leclerc de Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle) où son fils s'est suicidé. Maxime a laissé une lettre où il met en cause des difficultés professionnelles.

 

Par Yves Quemener

C’est dans le bureau de son avocate à Villers-les-Nancy, Grandhaye Sabrina, que la maman de Maxime Chery, Claire, nous reçoit, ce mardi 4 février 2020. Le visage marqué par le drame, un mois après la mort de son fils. Il avait 35 ans. Il s'est suicidé sur son lieu de travail avec une arme à feu, samedi 11 janvier, à l’intérieur du magasin Leclerc de Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle). 

C'est le récit d'une mère, confrontée à la mort de son enfant. "Maxime venait déjeuner à la maison tous les dimanches, raconte Claire. Mais depuis six mois, il parlait beaucoup de son travail. Trop. Il y avait beaucoup de colère en lui. Mais moi, j’avais bien compris que la situation était très dégradée avec son chef de service. Il disait qu'il n'était pas considéré pour le travail qu’il faisait".

Maxime était salarié du magasin depuis 17 ans. Il était passionné par son boulot. Alors, tout de suite elle sort son dossier en plastique transparent. Puis elle nous montre les nombreuses lettres reçues depuis le suicide de son fils. Des courriers de ses amis, de ses collègues. Puis à voix haute, elle lit celle d'un proche : "J’ai tenté de le calmer et de lui parler. Mais au fur et à mesure Maxime a bien compris qu’il n’aurait jamais de promotion. Pas de respect pour son travail. Les financiers ne font pas la différence entre le travail bien fait et mal fait écrit son collègue."


Harcèlement moral 

"Même si Maxime était très fatigué, il essayait toujours de me protéger, de me rassurer, dit-elle. Il avait très mal au dos à cause des conditions de travail. Après le week-end, j'étais angoissée. Et tous les lundis, j'étais réveillée à cinq heures du matin. C'est l'heure de la prise de service de Maxime... J'avais peur de ce qu'il pouvait lui arriver". Car, selon l'entourage de Maxime,  la situation était très dégradée depuis plusieurs mois. Très stressante. 
 

Puis la colère monte, mêlée à de la tristesse. "La direction du Leclerc n’a pas intérêt à me proposer une somme d’argent en échange du procès. Moi, je veux que justice soit faite. Je ne veux pas de leur argent... Vous vous rendez compte, je n’ai jamais vu la direction du magasin. Une seule fois, j’ai essayé. Le jour de l’hommage. Je voulais voir son chef de département jusqu’à ce qu’il baisse les yeux. De honte. Mais on m’a dit que son chef n’était pas là ce jour-là. Le jour de l’hommage, mardi 14 janvier."

La direction du Leclerc n’a pas intérêt à me proposer une somme d’argent en échange du procès
-Claire, la maman de Maxime

"Évidement depuis sa mort, je ne suis plus la même. Il y a un avant et un après le deuil. J'ai demandé à la mairie de Vandoeuvre une décision forte. J’aimerais bien qu’on nomme le rond-point qui accède au "Leclerc" le rond-point Maxime Chery. Je le répète, Maxime ne doit pas être mort pour rien". Elle attend la réponse.

 

Dans le bureau de son avocate, Claire la mère de Maxime dénonce un management agressif. / © Yves Quéméner, France 3 Lorraine
Dans le bureau de son avocate, Claire la mère de Maxime dénonce un management agressif. / © Yves Quéméner, France 3 Lorraine

Le témoignage de Claire est celui d'une maman qui reste sidérée par le suicide de son fils, sur son lieu de travail. Claire a porté plainte. Une procédure est en cours. Puis l'instruction. Puis le procès. Le long et douloureux parcours judiciaire. Une enquête est ouverte par le parquet de Nancy. Une procédure de recherche des causes de la mort a été demandée. Le jour du drame, le procureur de Nancy avait ajouté "qu'une enquête pourra être ouverte pour harcèlement moral et homicide involontaire".
 

A la fin de l'entretien, un vertige saisit le bureau de l'avocate. Car un mois plus tard, la direction du magasin n'a toujours rien dit. Ni rien écrit aux parents de Maxime. Et le grand patron des magasins qui porte son nom, Edouard Leclerc, n'a pas fait parvenir un message de soutien et de condoléances. Il n'a pas souhaité répondre à nos questions. Non plus. Rien, le silence.

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