TEMOIGNAGE. Jean Manchette, l'un des derniers déportés de la Meuse, raconte pour les générations futures

Jean Manchette lors d'une intervention publique le 31 janvier 2020 à Tronville-en-Barrois (Meuse) / © Lodoïs Gravel - France 3 Lorraine
Jean Manchette lors d'une intervention publique le 31 janvier 2020 à Tronville-en-Barrois (Meuse) / © Lodoïs Gravel - France 3 Lorraine

Il vient d'avoir 98 ans et continue de témoigner de sa douloureuse histoire et du martyr qu'il a subi durant 25 mois au camp de Sachsenhausen (Allemagne) d'avril 1943 à mai 1945. Pour que personne n'oublie. 

Par Lodoïs Gravel

Infatigable, Jean Manchette continue de témoigne de sa captivité durant la seconde guerre mondiale.

Depuis des années il enchaîne les conférences, dans les établissements scolaires notamment, pour que la mémoire de son martyr et celui de ses camarades perdurent. Un engagement pour l'Histoire et la mémoire collective qu'il poursuit alors qu'il a aujourd'hui 98 ans.

Nous l'avons rencontré le jeudi 30 janvier chez lui à Longeville-en-Barrois (Meuse)
Jean Manchette témoigne devant la caméra de France 3 Lorraine le 30 janvier 2020 / © Frédéric Madiai - France 3 Lorraine
Jean Manchette témoigne devant la caméra de France 3 Lorraine le 30 janvier 2020 / © Frédéric Madiai - France 3 Lorraine

Une cérémonie patriotique contre le STO

Le premier mars 1943 Jean a 20 ans. Lui et une centaine de jeunes français du canton de Ligny-en-Barrois sont convoqués par l'occupant nazi pour le STO (Service du Travail Obligatoire). Après une visite médicale il décide avec ses camarades de participer à un défilé patriotique contre l'occupant dans les rues de Ligny-en-Barrois (Meuse). Ils marchent dans la ville en chantant. "On a chanté la Marseillaise, Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine - c'est à dire tous nos chants patriotiques ; c'était interdit naturellement - la marche lorraine quelques uns ont chanté l'Internationale".

Puis Jean et ses camarades se sont rendus au monument aux morts, en passant devant deux Feldgendarmes, et ils ont chanté à nouveau.

"Nous sommes français"

Après une enquête Jean est arrêté par les nazis, et emmené à Bar-le-Duc, tout comme soixante dix hommes du canton qui sont ensuite interrogés individuellement par la Gestapo de Nancy. 
 
"Vous avez participé à la manifestation ? - on a dit oui ils le savaient fort bien. Vous avez chanté la Marseillaise ? - on a dit oui. Vous avez crié "à bas les boches" ? - oui. Donc vous êtes gaulliste ? - on a dit nous sommes français !"  

Le 11 mars 1943 Jean Manchette et ses camarades sont conduits à la gare de Bar le Duc puis embarquent dans un train direction le camp d'internement 122 de Compiègne. "On est arrivés dans la nuit, je me souviens des projecteurs qui balayaient dans la cour, les mitrailleuses, les barbelés. Déjà ça nous a fait drôle !"

Le 26 avril Jean est embarqué de force dans un train de wagons à bestiaux direction l'Allemagne. "On est montés à coup de crosse (...) il y a eu des tentatives d'évasion alors les allemands ont tiré à travers les wagons (...) j'ai un ami qui s'appelait Morel qui est mort".

Prisonnier au camp de Sachsenhausen

Vous êtes ici pour travailler et crever. Vous ne quitterez le camp que par la cheminée du crématoire !

Le 30 avril 1943 les prisonniers français arrivent au camp de d'Oranienbourg-Sachsenhausen où les SS leur réservent un mot d'accueil glaçant par la voix d'un interprète : "Vous êtes ici pour travailler et crever. Vous ne quitterez le camp que par la cheminée du crématoire !"

Avec ses camarades il vit l'enfer comme prisonnier politique, mais surtout comme esclave des nazis. Condamné aux travaux forcés quotidiens, pour la construction d'un camp, puis dans une usine pour la fabrication de chars, il tâche de survivre aux conditions de détention inhumaines.

Sur le chantier on mangeait debout. Défense de s'asseoir. Alors l'hiver quand il faisait bien froid on se mettait cinq ou six copains dos à dos pour avoir un peu de chaleur humaine. L'hiver il faisait -20°C avec la neige ! Quand je repense à cela je me demande comment on a tenu.
- Jean Manchette

Il connaît la peur du lendemain, le froid, la faim, l'épuisement physique et psychologique, la violence quotidienne, la mort de ses camarades.

Libéré par l'armée rouge en 1945

Jean Manchette est finalement libéré par l'armée rouge en avril 1945 et regagne la France en mai. Affaibli, blessé, mais vivant.

 

Jean Manchette discute et blague avec le public à l'issue d'une projection de son témoignage le 31 janvier 2020 à Tronville-en-Barrois (Meuse) / © Lodoïs Gravel - France 3 Lorraine
Jean Manchette discute et blague avec le public à l'issue d'une projection de son témoignage le 31 janvier 2020 à Tronville-en-Barrois (Meuse) / © Lodoïs Gravel - France 3 Lorraine



Après la guerre il s'installe à Longeville en Barrois et fonde une famille. Il est aujourd'hui père de trois enfants, grand-père de huit petits-enfants et arrière-grand-père de deux arrière-petites-filles. 

Pour aller plus loin,

  • notre webdocumentaire:
Documentaire du 8 mai 2015 - France 3 Lorraine / © France 3 Lorraine
Documentaire du 8 mai 2015 - France 3 Lorraine / © France 3 Lorraine
Nous avions suivi rencontré Jean Manchette en 2015 lors d'un voyage organisé avec des élèves meusiens. A cette occasion nous avions réalisé ce documentaire à retrouver ici
  • Un film témoignage
Un film témoignage est consacré à l'histoire de Jean Manchette "Jean Manchette raconte pour après" réalisé par Henri Amblès (Les films de la Chênaie). Disponible en DVD auprès de l'auteur.
 
  • Un livre en mémoire des déportés du canton de Ligny-en-Barrois
Pierre Lefèvre, historien et président de l'Union Départementale des Résistants, Déportés, Familles de Fusillés et Disparus de la Meuse a écrit un livre consacré à la mémoire des déportés du canton de Ligny-en-Barrois. 
 

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