Crise énergétique : se chauffer grâce aux datacenters, une solution testée en France

Se chauffer grâce à un datacenter dans son immeuble, ou produire de l'eau chaude pour sa douche avec du minage de bitcoins, une société Lorraine, Tresorio, associée à Dalkia testent des solutions. Elles ont un brevet Européen.

Connaissez-vous la chaudière numérique ? Le principe est assez simple. Chacun d’entre nous s’est déjà rendu compte de la chaleur que dégage un ordinateur. Alors, imaginez celle dégagée par des baies informatiques, puis plus grand encore par des datacenters, ces lieux de stockage, composés d'ordinateurs en réseaux, des serveurs pour nos données. On connaît ceux de Google qui sont immenses. Mais il en existe de toutes les tailles.

Le principe de la chaudière numérique se base sur la récupération de cette chaleur "fatale ", c’est-à-dire "perdue" pour chauffer une partie de l’eau chaude sanitaire. Une société basée en Lorraine, Trésorio, associée à Dalkia, spécialiste du chauffage mène une expérimentation à Montluçon dans l'Allier. 48 logements sociaux, d’une résidence, bénéficient de ce chauffage numérique.

L’été prochain, on supprimera totalement la consommation de gaz du bâtiment. On la garde en hiver pour les pics de consommation. Mais, en été on couvrira l’intégralité des besoins

Jonathan Klein, Président et Co-Fondateur de Tresorio

Jonathan Klein, Président et Co-Fondateur de Tresorio, nous explique : "0n a installé au cœur de la résidence un micro datacenter, qui alimente nos clients en puissance de calcul et en espace de stockage. Tous les serveurs que l’on déploie sont rendus utiles via notre plateforme internet. Ces serveurs informatiques vont servir à des sociétés pour faire du traitement d’images pour des films d’animation en 3D, pour travailler sur le Métaver, (monde virtuel, allant au-delà du monde réel), etc. L’été prochain, on supprimera totalement la consommation de gaz du bâtiment. On la garde en hiver pour les pics de consommation. Mais, en été on couvrira l’intégralité des besoins." 

Une solution qui permet de réduire considérablement la consommation énergétique en valorisant une énergie de récupération produite localement, tout en faisant un geste pour la planète. Grâce à la technologie et à l’intensité des calculs qui ne s’arrêtent jamais, la température de l’eau est maintenue constamment à plus de 60 °C. On peut y ajouter que la crise energétique actuelle avec des coût qui flambent semble plaider pour elle. 

Premières expérimentations en Lorraine 

Tresorio a déjà mené au moins deux expérimentations en Lorraine. La première à l’hôpital, Mercy à Metz, en Moselle en 2018, pendant un an. "C’était loin de couvrir les besoins complets de l’hôpital, mais cela nous a montré qu'il était possible de valoriser cette chaleur. Dans les locaux techniques, rejeter les 20 % restants, c’était trop. C'était une étape nécessaire pour faire évoluer notre système, qui aujourd’hui recycle 95 % de cette chaleur. Désormais, il est aussi équipé d’un système de stockage l’eau chaude produite. Cela permet de s’adapter aux bâtiments résidentiels où la consommation de chaleur n’est pas continue."

Dans l’hôpital de Mercy, le système réchauffait en partie, les pertes du système de chauffage. Ce qui s’appelle des boucles d’eau chaude." Dans le bâtiment, de l’eau à 60 degrés circule en permanence. Elle est maintenue à cette température pour que, quel que soit l’endroit du bâtiment où quelqu’un tourne un robinet pour avoir de l’eau chaude, elle soit à disposition. Cela génère des pertes dans tout le système. Et ce sont ces pertes que notre système venait récupérer pour les réchauffer. On couvrait les pertes d’une seule des boucles sur les 18 que compte l’hôpital."

La même expérimentation a été faite dans une usine de pneus à Sarreguemines en Moselle. "Il s’agissait d’une expérimentation dans un bâtiment industriel avec des contraintes très différentes de celles de l'hôpital. Là, on venait réchauffer de l'eau qui arrivait à température ambiante, 20 degrés par exemple. Elle devait monter 100 degrés pour être vaporisée pour fabriquer la gomme des pneus. Nous, on avait notre système au milieu pour gagner quelques degrés et limiter la consommation de fioul. C’était loin du compte. Mais cela a permis de comprendre que nous sommes capables de nous adapter aux conditions industrielles. L’expérimentation a été un succès. La valorisation de la chaleur de serveurs était équivalente à celle de l’hôpital de Mercy."

Il y a une envie très forte de voir émerger des acteurs européens. Nous, on arrive avec une double solution

Jonathan Klein, Président et Co-Fondateur de Tresorio

La crise de l’énergie accélère l’émergence de solutions alternatives. "Mes discussions commerciales et marketing ont énormément changé ces deux dernières années. Il y a deux ans sur tous les DSI (Directeur des Systèmes Informatique) que je pouvais rencontrer, étaient très centrés sur la sécurité. Ils allaient plutôt vers des solutions comme Amazon, Google Microsoft parce que tout le monde les utilise et du coup, c'est moins de risques pour eux. Les faire bouger sur une solution innovante est très compliqué. Depuis la crise du covid, il y a une prise de conscience sur la souveraineté des données. Ce à quoi il faut ajouter la crise écologique. Les grands groupes se voient dans l’obligation de répondre d’un bilan carbone. Il y avait peu de solutions. Il y a une envie très forte de voir émerger des acteurs européens. Nous, on arrive avec une double solution. Ils peuvent avoir à la fois une réduction du bilan carbone du chauffage et de la sécurité puisque les serveurs sont chez eux."

Un chauffe-eau alimenté par l'énergie du Bitcoin  

Depuis cinq années, Tresorio mise tout sur sa recherche et développement. "On a développé toutes les briques technologiques qui nous permettent de faire fonctionner tout cela. Il y a la partie machine qui nous permet de faire une chaudière. Ensuite, il y a le carburant qui va être soit le "minage"  de cryptomonnaies, soit le cloud."

Avant de poursuivre, on vous explique le "minage de cryptomonnaies" :  c’est un processus qui consiste à mettre la puissance de calcul de son ordinateur pour résoudre des équations cryptographiques complexes et valider des transactions. Pour le récompenser de sa participation au bon fonctionnement du réseau, le mineur reçoit un paiement avec la cryptomonnaie minée, exemple le fameux Bitcoin.

Pour le cloud, c’est le stockage de données qui est le carburant qui génère de la chaleur comme expliqué plus haut.

 Utiliser la crypto-monnaie pour faire chauffer de l’eau cela peut paraître saugrenu et pourtant, l’entreprise a mis au point un système qui le fait. Elle explique sur son site internet :" À la place d'une résistance classique, qui ne produit que de la chaleur en consommant de l'électricité, le dispositif contient des centaines de puces informatiques. Ces puces, qui chauffent dès qu'elles sont alimentées en électricité, effectuent des milliards de calculs et participent à produire des nouveaux Bitcoins. Raccordé à un système de chauffage au gaz ou au fioul, il permet une conversion électrique intelligente tout en monétisant sa consommation au travers du réseau Bitcoin. En minant du Bitcoin, vous vous chauffez et vous êtes rémunéré pour cela."

Chauffage et souveraineté des données

Pensez, par exemple, au "cloud Act"  qui permet à l'Etat américain d'aller capter de la donnée d'entreprises françaises. Cela présente de vrais risques de souveraineté et de sécurité, en particulier pour certaines données stratégiques.

Jonathan Klein, Président et Co-Fondateur de Tresorio

Le chauffage numérique présente un avantage inattendu, la souveraineté des données. Des Micro Datacenter au cœur des entreprises, ou des hôpitaux, en plus de générer de la chaleur cela peut permettre de protéger les données. En premier lieu, car elles sont en France et pas aux Etats Unis comme nous l’explique Jonathan Klein : "C'est mieux puisque tout ce qui est en local est forcément plus sécurisé. Il y a beaucoup moins de risques. En général, les gros Datacenters sont aux Etats-Unis et de ce fait échappent aux lois françaises et européennes. Pensez, par exemple, au "cloud Act"  qui permet à l'Etat américain d'aller capter de la donnée d'entreprises françaises. Cela présente de vrais risques de souveraineté et de sécurité, en particulier pour certaines données stratégiques."

Il ajoute : "Je pense que beaucoup d'entreprises préfèrent avoir leurs serveurs chez elles, mais estiment qu'elles n'ont pas les compétences. Pour une PME de 30 ou 40 personnes, c'est souvent extrêmement complexe et coûteux. Pourtant, il y a des solutions simples qui tiennent dans un placard et dont elles peuvent, en plus, récupérer la chaleur pour leur bâti."

La jeune pousse travaille sur d’autres systèmes : "On travaille sur un système dédié aux studios d’animation et cabinets d’architecture, qui ont des besoins énormes en puissance de calcul et donc des serveurs qui génèrent une chaleur très importante. On leur prépare une solution intermédiaire qui serait un cube de la taille d’un four avec quelques serveurs très haute performance, qui va leur permettre de récupérer la chaleur. "

Au Canada, comme l’explique cet article, la ville de North Vancouver devrait voir une centaine de bâtiments, dont des centres commerciaux et des appartements, chauffés grâce à l’énergie des bitcoins.

Récupérer la chaleur des datacenters et plus généralement la chaleur des machines peut-être une solution de plus pour l'avenir. 

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