Municipales 2020. René Drouin, maire de Moyeuvre-Grande : une histoire lorraine

René Drouin (à G), à l'époque député PS de Moyeuvre-Grande, accueille François Mitterrand dans sa circonscription le 13 octobre 1981 à l'occasion de la première visite présidentielle en province après l'élection du 10 mai 1981. / © Collection René Drouin
René Drouin (à G), à l'époque député PS de Moyeuvre-Grande, accueille François Mitterrand dans sa circonscription le 13 octobre 1981 à l'occasion de la première visite présidentielle en province après l'élection du 10 mai 1981. / © Collection René Drouin

Après trente-sept ans à la tête de la commune minière, le maire prend sa retraite. Petit-fils de mineur, il a consacré sa vie à ce territoire de la vallée de l'Orne, alors confronté à la crise de l'industrie sidérurgique. Socialiste convaincu, il a été témoin et acteur de l'ère Mitterrand.

Par Benoît de Butler

René Drouin ne fait pas partie de ces maires déçus de la fonction. S
'il a décidé de ne pas se représenter, c'est tout simplement parce que, à 76 ans, il estime avoir fait le job et souhaite laisser "une respiration à la ville", permettre à d'autres de reprendre le flambeau. De ses 37 ans passés à la mairie de Moyeuvre-Grande, il conserve le sentiment d'avoir fait son possible pour améliorer la vie de ses concitoyens.
A 76 ans, René Drouin quitte sa mairie sans regrets, mais non sans émotion. / © Guillaume Robin, France 3 Lorraine
A 76 ans, René Drouin quitte sa mairie sans regrets, mais non sans émotion. / © Guillaume Robin, France 3 Lorraine
C'est par la grande porte, celle de l'Assemblée Nationale, qu'il est entré en politique. En 1981, il fait partie de ces députés de la "vague rose" élus dans la foulée de la victoire de François Mitterrand. Comme beaucoup de ses jeunes confrères, il est enseignant (prof de maths) et porte le collier de barbe qui était la marque de fabrique des "bébés Mitterrand".

Mais très vite René Drouin sort du lot. Car il y a le feu dans sa circonscription : la sidérurgie lorraine est en pleine crise et le député défend pied à pied les mineurs et métallos, y compris face à ses amis politiques au pouvoir. "Drouin a un haut-fourneau dans la tête!" dira un ministre socialiste mi-amusé, mi-agacé...

Séismes

En 1983, il prend la mairie de Moyeuvre-Grande, sa ville natale, et y sera réélu jusqu'au dernier scrutin municipal, en 2014. La ville n'a déjà plus de hauts-fourneaux, mis on y extrait encore la minette : ce sera la dernière mine de fer à fermer ses portes, en 1993. Le maire aura à gérer la fin d'un séisme économique dont on a oublié la violence : de 15 000 habitants dans les années 60, la ville aura perdu la moitié de sa population cinquante ans plus tard.

Il y aura ensuite "l'après-mines" et le délicat dossier des affaissements miniers qui sapent des quartiers entiers de Moyeuvre. Certains "réfugiés" des logements sinistrés iront dormir à l'Hôtel de Ville. Là encore, le maire devra se battre pour faire jouer les procédures d'indemnisation.

Les derniers combats de René Drouin seront pour défendre, avec ses collègues maires, les services publics dans les communes. Ecoles, bureaux de postes, trésoreries sont pérodiquement menacés dans ces cités ouvrières déjà fragilisées par la crise.

François Mitterrand et René Drouin (costume clair) visitent l'aciérie Sollac de Sérémange, le 13 octobre 1981. / © Archive INA
François Mitterrand et René Drouin (costume clair) visitent l'aciérie Sollac de Sérémange, le 13 octobre 1981. / © Archive INA
Ces six mandats consécutifs laissent ausi à René Drouin le souvenir de belles rencontres. Les résistants Lucie et Raymond Aubrac, qui l'ont particulièrement marqué. Les caciques de la Mitterrandie : Mauroy, Bérégovoy, Jospin et d'autres, tous sont passés par Moyeuvre-Grande. Et surtout, François Mitterrand lui-même, que - malgré sa part d'ombre - René Drouin considère toujours comme son maître en politique.

Dans moins de trois mois, il laissera les clés du bureau à son successeur. Franck Roviero, son premier adjoint, est déjà sur les rangs. Roger Tirlicien (Parti communiste), vieux compère - ou concurrent, selon les époques - pourrait se lancer aussi. D'autres candidats se sont annoncés. René Drouin n'est pas sûr de prendre position, mais suivra l'élection de près.

Il n'a qu'un conseil à donner aux prétendants. "Aimer les gens. On ne peut pas exercer cette fonction si on n'aime pas les gens."

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