La découverte d'hydrogène naturel en Lorraine est une bonne nouvelle pour les chercheurs et La Française de l'Energie. L'industriel a déposé le 23 mars 2023 un permis de recherche sur la Moselle et la Meurthe-et-Moselle. On vous explique les caractéristiques de ce gaz

Depuis la découverte de concentrations importantes d'hydrogène natif sur le site pilote de Folschviller (Moselle), nous avons souhaité jeudi 25 mai 2023, en savoir plus sur cette potentielle source d'énergie considérée comme essentielle dans le cadre de la transition énergétique. En effet, les modes de production actuels des hydrogènes  dits "vert" ou "gris" nécessitent des process industriels émetteurs de CO2. L'hydrogène naturel a l'avantage d'être dans des condition optimales, "prêt à l'emploi". Nous avons interrogé Jacques Pironon, directeur du laboratoire GéoRessources de l'Université de Lorraine ainsi qu'Antoine Forcinal, directeur général de La Française de l'Energie (LFDE)..

Jacques Pironon, pourriez-vous nous expliquer ce qu'est exactement l'hydrogène naturel ?

"L'hydrogène natif par définition est un gaz que l'on trouve dans le milieu naturel, c'est un des gaz les plus fréquents dans la géosphère. On le trouve dans les milieux souterrains à très grande profondeur."

Pourquoi ce gaz est-il concentré aussi profondément sous la surface du sol ?

"Plus on va en profondeur, plus l'oxygène diminue jusqu'à disparaitre. Plus l'oxygène diminue, plus l'autre espèce gazeuse, à savoir l'hydrogène sera présente. Les minéraux ferreux souterrains ont la faculté de séparer l'oxygène de l'hydrogène dans les molécules d'eau en l'absorbant . En couches géologiques très profondes, il n'y a plus d'oxygène du tout. Nous avons alors de fortes chances de trouver de l'hydrogène."

Il est présent en grande quantité à l'état naturel mais pas sous forme de gisement ou de poches, donc difficile à exploiter ?

"L'hydrogène naturel est dissout dans l'eau présente dans les veines de charbon et les couches de grès des anciennes mines aujourd'hui ennoyées. C'est cet hydrogène qui est présent dans l'eau que nous mesurons. Cela veut dire que dans une perspective d'exploitation industrielle de cette ressource, Il nous faut oublier les modèles conventionnels d'exploitation de l'industrie gazière et pétrolière. Il faut tout inventer."

C'est aujourd'hui votre challenge : passer de la phase de recherche à la mise au point d'un système d'exploitation ?

Nous n'en sommes qu'au début puisque nous n'avons fait des tests que sur le seul puits pilote de Folschviller. Notre objectif dans le court terme, c'est de faire des mesures sur d'autres puits pour confirmer la présence d'hydrogène. Une fois que nous aurons mesuré des concentrations significatives, nous nous attacherons à la problématique de la production : comment nous allons pouvoir extraire cette ressource. Nous nous donnons deux ans pour élaborer un modèle industriel fiable.

Monsieur Forcinal, en quoi cette découverte est une bonne nouvelle pour "La Française de l'Energie"?

Cela montre déjà que les partenariats universités/entreprises peuvent déboucher sur de futurs développements. Cela permet aussi de valider un certain nombre d'équipements, notamment la qualification de cette sonde qui a été mise au point par Solexperts pour séparer les gaz in situ et les mesurer de manière précise.

Quel intérêt représente plus précisément  ce gaz si cette découverte tient ses promesses ?

Nous voyons cet hydrogène naturel comme une molécule très importante bien entendu. Nous sommes à proximité du projet de pipeline MosaHyc qui va  relier l'Allemagne à la région Grand Est afin d'alimenter principalement les industriels et les convertir à hydrogène blanc. C'est un très bon point parce que ce n'est pas le tout de construire un pipeline, encore faut-il le remplir.

Quelle est la prochaine étape ? 

Nous avons déjà lancé des mesures sur nos autres puits avec une sonde de même type que celle brevetée par Solexperts mais qui pourra aller beaucoup plus profond. Cela permettra de mesurer les concentrations d'hydrogène au-delà de 1100 mètres et de cartographier l'étendue de ce gaz dans ce secteur.

La Française de l'Energie a déposé Le 13 mars 2023 une demande de permis de recherche d'hydrogène naturel. Il couvre une superficie de 2 254 km², sur les départements de la Moselle et de la Meurthe-et-Moselle. Pour l'industriel, ce permis s’inscrit dans l’écosystème H2 de la Grande Région. Ce programme ambitionne de fournir une production locale d’énergies "écologiquement et économiquement compétitives" aux habitants, industriels et collectivités.