TEMOIGNAGE. Jean-Pierre Marongiu : de l’enfer des prisons du Qatar à Netflix

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Séduite par son histoire, Netflix diffusera fin 2022 une série à partir du récit de Jean-Pierre Marongiu. Piégé par un actionnaire de sa société, l'homme d'affaire mosellan a vécu l’enfer des prisons du Qatar

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L’homme d’affaires mosellan affiche une élégance très british et s’exprime avec un flegme qui ne disent rien de l’enfer vécu pendant six années dans les prisons du Qatar. De cette expérience violente sont nés de sa plume sept récits. Son autobiographie : "Qaptif ! " et "inQarcéré" ont attiré l’attention de Netflix.

La plateforme américaine va produire une série en huit épisodes. Jean-Pierre-Marongiu est co-scénariste : "Ce qui intéresse Netflix, c’est l’histoire, le destin d’un homme d’affaire français qui chute de la stratosphère et atterrit dans la pire prison du monde."

L’histoire avait pourtant bien commencé. En 2005 l’homme d’affaire décide d’ouvrir un centre de formation aux métiers du management dans cet émirat à l’économie florissante. Il investit 3,5 millions d’euros avec un actionnaire majoritaire qatari comme l’exige la loi du pays. Les portes de l’enfer vont s’ouvrir lorsque ce même actionnaire veut lui racheter ses parts pour un riyal soit, 0,25 euro.

Jean-Pierre Marongiu refuse. Les comptes sont bloqués, les impayés s’accumulent, les chèques rejetés. Dans cet émirat, un chèque sans provision est puni de trois ans de prison. Plus d’une centaine sont rejetés par les banques. Le piège s’est refermé. L’homme d’affaire exfiltre sa famille mais sera arrêté en septembre 2013 en tentant de rejoindre clandestinement Barheïn.

J’ai frôlé, côtoyé la mort : des armes à feu pointées sur mon crâne, des coups de couteaux

Jean-Pierre Marongiu

De son passage en prison, Jean-Pierre Marongiu décrit la violence et des expériences de mort quasi quotidiennes : "j’ai frôlé, côtoyé la mort : des armes à feu pointées sur mon crâne, des coups de couteaux, des évasions avec des co-détenus qui sont morts." Son incarcération durera plus de 1.744 jours avant d’être gracié le 5 juillet 2018 par l’Emir et de rentrer en France.

Cette histoire tragico-rocambolesque recèle aussi un exploit, celui d’avoir dicté à son épouse depuis sa prison, son premier récit "Qaptif !" avec un téléphone clandestin. On comprend mieux pourquoi les plateformes et les producteurs se ruent sur ses récits pour les adapter en séries.

Pas complètement reconnecté 

Pour survivre Jean-Pierre Marongiu a adopté une attitude résiliente consistant à jouer le rôle de l’écrivain qui raconte l’histoire d’un personnage souffrant à sa place. Cette mise à distance a permis à l'ingénieur de formation de survivre à l’épreuve mais il avoue vivre encore une forme de dédoublement : "aujourd’hui, je ne suis pas encore complètement reconnecté." 

L’homme est sorti de prison depuis trois ans mais il reconnait vivre encore des nuits difficiles. Les mauvais souvenirs remontent à l'épreuve des actualités et des images de la guerre en Ukraine. Aujourd’hui, il veut témoigner : les attentats de Charlie Hebdo, du Bataclan, son incarcération arbitraire, il dénonce des traditions violentes, "moyenâgeuses" à l’opposé des traditions républicaines de la France.

Cette expérience douloureuse est aussi féconde sur le plan littéraire, Jean-Pierre Marongiu publie son septième ouvrage : "Le hasard n’existe pas, il s’écrit" chez Echo éditions. La sortie de la série produite par Netflix intitulée "Pour toi je survivrai" est prévue pour la fin 2022.