Municipales 2020 : de la difficulté ou pas de constituer une liste. A Nancy, ça coince pour le Rassemblement National

Grégoire Eury, François Grosdidier, Mathieu Klein / © France 3 lorraine
Grégoire Eury, François Grosdidier, Mathieu Klein / © France 3 lorraine

A Nancy ou Metz, il faut 55 noms pour constituer une liste. A chaque candidat sa méthode. Une formalité pour les personnalités établies. Une vraie difficulté pour d’autres candidats. C’est le cas du Rassemblement National à Nancy qui n’arrive toujours pas à boucler sa liste.

Par Jean-Christophe Panek

Dans cette petite ville de Meurthe-et-Moselle, l’heure est au porte à porte pour ce candidat sans étiquette. C’est l’occasion de se faire connaitre mais surtout de partir à la chasse de co-listiers. Car même s’il est en campagne, il n’a pas encore bouclé sa liste et le temps presse. "Je ne suis pas le seul dans ce cas… Je le sais. Certains de mes adversaires sont dans le même cas que moi et j’ai des échos pour d’autres villes !" nous avoue ce candidat qui tient à garder l’anonymat. "C’est simple, lors d’un échange sur le palier, je sonde la personne et si je sens qu’elle est à l’écoute et en accord avec ce que je lui dit, je n’hésite pas à lui demander si elle souhaite figurer sur ma liste. Je n’ai pas le choix. Il me manque juste quelques noms pour la boucler".

Car le jeudi 27 février au soir, il sera trop tard. C’est la date butoir pour déposer les listes en préfecture. Les petits candidats ne sont pas les seuls à être concerné.
 

Aujourd’hui, il me manque une dizaine de noms… C’est beaucoup.
- Grégoire Eury, RN


A Nancy, le Rassemblement National est à la peine pour boucler sa liste de 55 noms et pas seulement en raison de la parité. "Ce mardi 18 février 2020, il me manque une dizaine de noms" confirme Grégoire Eury, tête de liste RN. "C’est beaucoup, j’en suis conscient. A chaque présidentielle, le parti court aussi après des signatures d’élus... Moi, je passe mon temps à courir après des citoyens et des particuliers pour tout boucler. Je connais des commerçants qui étaient d’accord pour nous rejoindre mais qui m’avouent par la suite de plus vouloir être présent car ils estiment que cela représente un risque professionnel. Et à Nancy, il y a une forme de pression sociale à l’encontre du Rassemblement National. Qui plus est, la situation politique est particulière. On a travaillé dans un premier temps à une liste d’union des droites. Ça ne s’est pas fait et des personnes sont allées chez «Unis pour Nancy». C’est une liste moins marquante !".

Pour Grégoire Eury, il faut donc argumenter et convaincre. Encore et encore. "Je rencontre beaucoup de gens qui me disent qu’ils me donneront leur voix. Je leur réponds ok mais il faut une liste ! Aujourd’hui, on risque de priver une partie des Nancéiens de s’exprimer et c’est regrettable. Nous avons pourtant un projet à défendre. Ça pose un vrai problème de démocratie". En 2014, lors du dernier scrutin municipal, la liste Front National emmené par Pierre Ducarne avait recueilli 6,91% des voix au premier tour en se classant en troisième position derrière Laurent Hénart (40,47%) et Mathieu Klein (35,75%).

A Metz, le parti de Marine Le Pen n’a pas les mêmes problèmes. La liste est bouclée depuis longtemps même si ça n’a pas toujours été le cas lors des élections précédentes. Metz fait même parti des villes prenables selon Marine Le Pen.
 

On dit qu’il y a trop d’élus. Moi, je pense qu’il n’y en a pas assez!
- François Grosdidier


Pour constituer sa liste, François Grosdidier a eu l’embarras du choix. Habitué des campagnes électorales à Woippy, son arrivée à Metz n’a pas constitué une difficulté pour constituer une liste de 55 noms. "J’avais quasiment une liste complète avant de me déclarer candidat. J’avais énormément de monde" explique François Grosdidier. "Les gens qui appelaient à ma candidature me disaient aussi qu’ils participeraient volontiers à l’aventure. Faire cette liste, c’était à la fois un casse-tête mais aussi un crève-cœur car il a fallu faire des choix. Ce n’était vraiment pas un exercice facile".

Au-delà du critère de la parité, François Grosdidier déclare avoir privilégié la représentativité entre générations, les quartiers, les catégories sociales et sociaux-professionnelles mais pas seulement. "Ce n’est pas simple dans une ville de 120.000 habitants ou en plus, il y a davantage de candidats à la candidatures masculins que féminins. Mais le critère numéro 1 a été la compétence. Je voulais m’entourer de gens pointus qui ne se laissent rien raconter par la techno-structure. Sur des sujets, ils sont capables d’impulser ou de vérifier que l’action publique réponde bien au besoin des gens. 80% de mes colistiers n’ont pas de carte dans un parti politique. Je me suis rendu compte que la liste était beaucoup trop restreinte. On dit qu’il y a trop d’élus. Moi, je pense qu’il n’y en a pas assez! Si je suis gagnant, je complèterais donc la démocratie représentative par une démocratie participative". François Grosdidier souhaite mettre en place un Conseil communal consultatif. Pour l’instant, ses choix se révèlent gagnants. Sa liste est largement en tête dans les sondages.
 

Notre liste, c’est une volonté que la société civile soit à sa place et pas de façon cosmétique ou décorative.
- Mathieu Klein


A Nancy, le candidat de gauche Mathieu Klein lui aussi a fait la part belle à la société civile dans sa liste de 55 noms. "L’objectif, c’était que cette liste soit la plus diverse possible, la plus représentative de la diversité sociale et professionnelle des quartiers. Il fallait un maximum de renouvellement. C’est pour ça qu’il y a 33 candidats sur les 55 qui le sont pour la première fois. 31 personnes n’ont pas de carte dans un parti… Notre liste, c’est une volonté que la société civile soit à sa place et pas de façon cosmétique ou décorative. Ce ne sont pas des gens qui ont construit une ambition depuis longtemps ou qui se sont engagés avec un agenda politique bien précis".

Un travail qui s’assimile à une rupture par rapport aux dernières municipales ou Mathieu Klein avait échoué. "L’engagement partisan traditionnel n’est plus la seule référence pour montrer son engagement pour sa ville. On peut avoir envie de s’engager davantage pour sa ville que dans un parti, j’en suis conscient. Après, il faut le faire sans s’engager à la légère. Etre élu, ça signifie des changements au niveau de sa vie familiale, sa vie professionnelle… Il y a beaucoup de questions et on en parle beaucoup en amont".

"Beaucoup de gens ont envie de s’engager, ça c’est clair !" poursuit Mathieu Klein. La difficulté ici, "c’est parfois de dire «Non» à certaines volontés. C’est toujours un exercice délicat mais il faut le faire en respectant la sensibilité de chacun. J’essaye de répondre de façon humaine. Je le fais au cas par cas et ça se passe bien. Et puis il y a ceux qui anticipent et qui vont voir ailleurs !" Mathieu Klein fait notamment référence à Areski Sadi, fidèle compagnon de route, très impliqué par ailleurs dans le fonctionnement du groupe d’opposition au conseil municipal de Nancy, parti chez les verts de Laurent Watrin. Le mercato est aussi devenu une occupation en politique.
 

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