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Plastiqheim, Sacdorf, Pneuwald : un élu alsacien invente des noms de villages chocs pour sensibiliser à la pollution

Stéphane Bourhis photographie lui-même les déchets qu'il rencontre au gré de ses sorties. / © Document remis
Stéphane Bourhis photographie lui-même les déchets qu'il rencontre au gré de ses sorties. / © Document remis

Exaspéré par les dépôts sauvages qui fleurissent partout dans la nature, Stéphane Bourhis, conseiller municipal à Hoenheim et fondateur de l'association des Cigognes vertes, réinvente les noms de villages alsaciens sur un ton alarmant. Son but : choquer et faire évoluer les mentalités.

Par Noémie Gaschy

Poubelledorf, Plastiqheim, Gobelet sur Zinsel... Des noms de villages alsaciens revisités qui à première vue peuvent faire sourire, mais Stéphane Bourhis n'en a pas vraiment le cœur. Ce conseiller municipal d'opposition (LR) d'Hoenheim, "amoureux de la nature", a imaginé ces formules chocs pour faire réagir le grand public et l'inciter à adopter un comportement plus responsable. Avant qu'il ne soit trop tard...

Sa cible : les dépôts sauvages qui s'entassent le long des routes, dans les parcs et les rivières. Des poubelles, des mégots, du verre, des pneus, des bouteilles en plastique, et même des réfrigérateurs déposés en pleine nature. Il a lancé mi-juillet l'opération « Bientôt des nouveaux villages d’Alsace ! Nos déchets ! No déchet » sur les réseaux sociaux. 
 

"Le poids des mots, le choc des photos"

Stéphane Bourhis veut marquer les esprits. Il se base pour cela sur un principe "Le poids des mots, le choc des photos". Oubliés, les longs discours, il s'agit d'aller droit au but. Alors, au fil de ses sorties, il photographie les objets abandonnés par-ci par-là qu'il découvre sur son passage. Puis imagine, pour accompagner les images, des noms de villages à consonance alsacienne et publie le tout sur Facebook et Twitter. Une formalité car ce conseiller en communication, qui accompagne des entreprises dans leur image de marque, est habitué à créer des visuels. Bienvenue, donc, à Mégotsheim ou Frigotsberg. 
 
Envie de vous installer à Mégotsheim ? Non merci... / © Document remis
Envie de vous installer à Mégotsheim ? Non merci... / © Document remis
Stéphane Bourhis a trouvé ce réfrigérateur en plein nature, à moins d'un kilomètre d'une déchetterie. / © Document remis
Stéphane Bourhis a trouvé ce réfrigérateur en plein nature, à moins d'un kilomètre d'une déchetterie. / © Document remis


Rien de très attirant, et c'est le but. Car "si nous ne faisons rien, nos déchets nous survivront", ajoute-t-il en-dessous de chaque photo. "Je voulais trouver comment choquer, tout en étant constructif. En un clin d'œil, les gens comprennent de quoi il est question et qu'on est en Alsace, grâce aux plaques de villes. Je ne veux pas les culpabiliser mais leur faire prendre conscience que nous pouvons tous faire de petits gestes et que jeter ses déchets par la fenêtre est inacceptable", explique-t-il. 
L'élu de 50 ans se dit "très attaché à l'Alsace" et considère que "l'environnement fait partie de l'identité alsacienne" : "Nous sommes dans une société de consommation, nous consommons la nature. Que ferons-nous le jour où il n'y aura plus rien ? ", s'inquiète le fondateur de l'association des Cigognes vertes. Il organise depuis dix ans des ramassages de déchets avant l'arrivée du printemps. Au départ, de façon anonyme, puis plus officiellement avec des amis et des groupes depuis trois ans environ, autour de Schiltigheim, Hoenheim et Bischheim, sur le secteur de la Vogelau.
 

Penser global, agir local

Ils ont ramassé 1,5 tonnes de déchets la première année, 800 kilos la suivante et 700 kilos en 2019. Trop, et pas assez en même temps. Stéphane Bourhis aimerait que davantage de personnes se mettent au ramassage pour que plus de secteurs puissent être nettoyés. C'est aussi le but de son action. "Un mégot, c'est très petit, mais s'il faut trois à cinq ans pour qu'il soit digéré, il va entretemps polluer des centaines de litres d'eau", peste-t-il, expliquant se mobiliser en tant que citoyen plutôt que comme élu.

"Il ne faut pas nécessairement être adhérent à un parti écologiste pour comprendre que si on ne respecte pas la nature, non seulement on la transmettra aux générations futures dans un état désastreux mais en plus, nous allons en souffrir nous-mêmes. On croit que la pollution, c'est loin, on parle de pollution en Méditerranée, mais en réalité, elle est à notre porte et nous pouvons agir localement. Si des mers sont polluées, c'est aussi parce que des rivières le sont".
 

D'une goutte d'eau...à un océan

Le mouvement prend de l'ampleur. Stéphane Bourhis raconte ses motivations aux journalistes de toute la France et même de l'étranger. Des citoyens l'interpellent et lui transmettent leurs photos. Lui, envisage d'élargir le concept à d'autres régions de France et notamment la Bretagne, où il a récemment séjourné et dont les noms de villages sont aussi plutôt atypiques. 

"En défendant la nature, j'ai l'impression de défendre la vie. Mes parents m'ont toujours sensibilisé à l'environnement, à son respect. La nature est censée être un bien commun. L'égoïsme et l'inconscience des gens me perturbent. J'ai envie de montrer qu'on peut tous être acteurs à notre échelle, de sortir des discours politiques et d'agir", conclut-il. 

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