Rentrée 2019 : le maire de Roggenhouse traite Macron de menteur pour empêcher la fermeture d'une école

L'école élémentaire de Roggenhouse. / © Capture d'écran, Google Street View
L'école élémentaire de Roggenhouse. / © Capture d'écran, Google Street View

Faute d’effectifs, l’école élémentaire de Roggenhouse (Haut-Rhin) était vouée à la fermeture à la rentrée 2019. Furieux, le maire de la commune a écrit à Emmanuel Macron. Il obtient finalement le maintien de l’école primaire et même la réouverture de la maternelle, fermée en 2018.

Par Meerajh Vinayagamoorthy

C’est un acte légèrement gonflé, dont l’issue a de quoi redonner le sourire aux 470 habitants de Roggenhouse (Haut-Rhin). En mai 2019, le maire de ce petit village situé au sud de Colmar apprend que l’école élémentaire de sa commune, la dernière encore ouverte, est vouée à fermer ses portes à la rentrée 2019 faute d’effectifs.

Ni une ni deux, Henri Masson se saisit d’un stylo et exprime sa colère dans un courrier (voir ci-dessous) qu’il adresse le 12 mai 2019 au président de la République, Emmanuel Macron. France Bleu Alsace révèle la réponse présidentielle ce jeudi 29 août 2019. Nous avons contacté le maire pour avoir ses impressions.
 
Le maire de Roggenhouse a "pris sa plus belle plume" pour traiter Emmanuel Macron de "menteur". / © Capture d'écran, Facebook
Le maire de Roggenhouse a "pris sa plus belle plume" pour traiter Emmanuel Macron de "menteur". / © Capture d'écran, Facebook


Merci pour ce mensonge

Les premières explications du maire donnent la tonalité du texte. "Je l’ai remercié de nous avoir menti par deux fois sur la fermeture des écoles dans les villages. La première fois pendant la campagne présidentielle de 2017, puis le 25 avril 2019 lors de sa conférence de presse [à l’issue du Grand débat national; ndlr]." Effectivement, Emmanuel Macron s’était engagé à ne plus fermer d’écoles sans accord des maires. "J’ai saisi l’occasion, parce que mentir deux fois, ce n’est pas bien."

Sa lettre, Henri Masson l’adresse à l’ensemble de l’Éducation nationale, "de l’inspectrice de circonscription au président, en passant par le ministre de l’Éducation nationale". Car en 2018, le maire avait déjà écrit au président : "J’avais dû attendre plusieurs mois avant de recevoir une réponse du ministère me disant avoir bien reçu ma lettre. Rien de plus. Donc là j’ai arrosé tout le monde. Et vu le ton, quand le courrier est parti, je me suis dit que ça allait marcher, que j’allais avoir une réponse. Et ça n’a pas manqué."
 

Une bonne nouvelle gardée secrète

La bonne nouvelle ne tarde pas. Le 20 mai, soit sept jours après l’envoi de son courrier, Henri Masson apprend le maintien de la classe élémentaire de Roggenhouse. Mieux encore, l’Académie lui annonce la réouverture de la classe de maternelle, fermée en 2017 (lettre en bas d'article). Un soulagement pour le maire, pour qui une école représente la vie d’un village. "Même le ministre l’a dit : "un village sans école, c’est un village mort". Si les gens ne voient pas d’école dans un village, ils ne s’y installent pas."
 

Si les gens ne voient pas d’école dans un village, ils ne s’y installent pas
-Henri Masson, maire de Roggenhouse


Malin comme il est, le maire de Roggenhouse décide de garder la nouvelle pour lui. "Je connais les sursauts de l’Éducation nationale, souffle-t-il. Je voulais attendre que l’on me nomme deux institutrices." La première, celle de la classe maternelle, est nommée dès le mois de juillet. La seconde, pour l’école élémentaire, a été nommée il y a quelques jours, le mardi 27 août. "Du coup, maintenant je peux communiquer", lâche Henri Masson tout sourire.
 

Des effectifs en baisse de 34%

Une bonne nouvelle, qui masque pour l’heure la baisse du nombre d’élèves inscrits pour cette rentrée 2019. Seulement 21 enfants : 9 en maternelle et 12 en élémentaire. "L’année dernière la maternelle était fermée, et certaines fratries sont parties dans le village de Munchhouse. Certaines sont revenues, d’autres non. On a perdu 11 gamins. Tous les parents n’ont pas joué le jeu."

Le maire espère toutefois que les effectifs repartiront à la hausse pour la rentrée 2020. Il compte sur le travail des nouvelles institutrices, "des dames relativement jeunes, qui s’adaptent très bien".
 

Un peu d'appréhension pour la nouvelle directrice

Nous avons contacté par téléphone Doria-Judith Haller, qui n’est autre que l’institutrice de la classe élémentaire, mais également nouvelle directrice de l’ensemble scolaire. À 23 ans, c’est son premier poste depuis sa titularisation en juin 2019. "J’ai appris mon affectation il y a trois jours. Il y a forcément un peu de stress puisque je n’ai que très peu de temps pour me préparer."

Afin d’être prête pour la rentrée du 2 septembre, la jeune femme a pris conseil auprès d'anciens collègues. "L’an dernier, j’étais stagiaire dans une petite école avec une superbe directrice. Elle m’a donnée pleins de conseils et une liste de tout ce qu’il fallait faire." Mais ce que Doria-Judith Haller appréhende par-dessus tout, ce sont "les réunions devant les parents d’élèves ou les partenaires. Il y a de l’appréhension, mais c’est comme cela qu’on fait ses armes". Ne nous reste plus qu’à lui souhaiter une bonne rentrée.
 

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