S'isch schrecklisch épisode 2 - L'enterrement au village (sans personne) a bien eu lieu

Schleithal (Bas-Rhin) à l'heure du confinement / © R.Willhelm/France Télévisions
Schleithal (Bas-Rhin) à l'heure du confinement / © R.Willhelm/France Télévisions

Dans un village catholique comme Schleithal, la vie des anciens reste rythmée par la religion. Messes du dimanche, messe ordinaire, mariages, enterrements, chorale. Avant le confinement déjà, l'eucharistie avait été bannie. Depuis mardi, même les enterrements deviennent problématiques.

 

Par Régine Wilhelm avec Judith Jung

Dans un village catholique comme Schleithal (Bas-Rhin), n'en déplaise aux défenseurs de la laïcité, la vie quotidienne des anciens reste rythmée par la religion. Messes du dimanche ou messe ordinaire, mariages, enterrements, chorale. Avant le confinement déjà, l'eucharistie avait été bannie. Depuis mardi midi, même les enterrements deviennent problématiques.

Denise Becker est l'organiste de l'église Saint Pierre et Paul de Wissembourg (Bas-Rhin). Très active sur les réseaux sociaux, elle a publié cette photo
(un peu dégradée) qu'elle nous autorise à reproduire. Une douzaine de personnes est disséminée à l'avant de l'église, à bonne distance les unes des autres. Le cercueil est posé devant le choeur, seul.
 
L'Eglise vide au moment des obsèques à Wissembourg / © Document remis - D.Becker
L'Eglise vide au moment des obsèques à Wissembourg / © Document remis - D.Becker
Il n'y a là que la fille de la défunte bouleversée par ce vide et sa famille. Des proches qui habitent en Allemagne n'ont pas pu se déplacer, ni les amis, ni les voisins. Pas de chorale, juste le prêtre et Denise perchée sur sa tribune près de son orgue Dubois. Les chants ont été réduits à une seule strophe, pas d'eucharistie, tout est mis en oeuvre pour ne pas prolonger la célébration. Pour la famille de la défunte, pour Denise, un enterrement sinistre.

Dans les annonces des DNA, on voit ces jours-ci de nouvelles formulations accompagner les annonces mortuaires : « Au vu des circonstances sanitaires, la cérémonie religieuse aura lieu dans l'intimité de la famille », « la cérémonie d'Adieu aura lieu ultérieurement », « la date de la cérémonie religieuse sera communiquée ultérieurement ». Les enterrements à l'ère du confinement se résument à une cérémonie expéditive à l'église et une mise en terre tout aussi expéditive.

Dominique Moog est prêtre à Wissembourg mais il est originaire de Schleithal et y a célébré, mardi, les obsèques de sa tante âgée. Ici, tout le monde l'appelle par son prénom : « De Dominique, « Unsra Dominique ». Mais hier, aux premières heures du confinement, pas d'embrassades, pas d'accolades encourageantes en direction des personnes endeuillées. Le mètre de distance a été respecté. « Les obsèques sont possibles dans les églises", dit le prêtre, "à condition de ne pas rassembler plus de 20 personnes".

Lors de la célébration, pas de dispersion d'eau bénite, pas d'encens, pas de communion. Les consignes de l'évêché évoluent tous les jours. La dernière préconisation, connue mercredi, recommande plutôt une simple réunion au cimetière et plus du tout de rassemblement dans les églises .

Aux dires du prêtre, des entreprises de pompes funèbres alsaciennes ont déjà fait valoir leur droit de retrait. Certaines refusent aujourd'hui de se rendre dans les églises mais ramènent encore les cercueil au cimetière. Les pompes funèbres de la région de Wissembourg sont pour l'heure, toujours partantes pour porter les cercueils dans les églises. L'enterrement d'hier s'est donc fait dans l'église sans la chorale (seule une seule choriste était là), avec un organiste, 20 personnes.

C'est du jamais vu à Schleithal, les jours d'enterrement, l'église est pleine. Chaque famille schleithaloise de souche envoie un représentant - Dominique Moog, prêtre


Pour Dominique Moog, c'est du jamais vu : « à Schleithal, les jours d'enterrement, l'église est pleine. Chaque famille schleithaloise de souche envoie un représentant ». Une autre tradition veut que toute la communauté se retrouve après la cérémonie dans la salle paroissiale ou dans le bistrot du village pour partager un « Kàffee-Kuche » (un café, un bout de gâteau) et évoquer le défunt, partager des souvenirs.

L'église de Schleithal, en photo 360°, vue de la rue du même nom.
 

Pour l'avoir vécu souvent, j'ai toujours trouvé ce moment à la fois totalement incongru et formidablement réconfortant. Tristesse et joie s'y entremêlent mais une incroyable force s'en dégage, celle du soutien apporté par la communauté villageoise aux familles endeuillées. Pour les Schleithalois, faire sans tout cela, c'est évidemment un crève-coeur.

Le prêtre tente de réconforter les fidèles comme il peut : « hier à l'enterrement, le vide n'était pas du néant, c'était un vide habité par beaucoup de visages. Et nous ferons de belles messes en souvenir des défunts, après l'épidémie, ne vous inquiétez pas ». Le caractère exceptionnel de ces célébrations n'échappe pas à Dominique Moog : « ces  obsèques resteront gravées dans les mémoires ». Mais il rappelle aussi que le recueillement dans les églises reste possible. : « les églises resteront ouvertes ».
 
Les prêtres célèbrent désormais l'eucharistie dans la solitude de leur sacristie. Tous les soirs à 18h, les cloches des églises et des temples d'Alsace résonneront comme une invitation à un temps de recueillement pour la prière pour les victimes et pour les soignants.
 
Et pour encourager les personnes âgées du village qui vivent, désemparées, l'éclatement de leurs habitudes, Dominique répond : « Vous avez connus l'évacuation, vous avez connu la guerre, vous avez connu l'hiver 56. Allez, on garde le sourire. Mer hàn schun ànna Dings alabt. Mer nahmen's wie's kummt ».
 


 

Sur le même sujet

Les + Lus