Strasbourg : quand des cuisiniers professionnels reprennent du service pour les sans-abris

A Strasbourg, les cuisiniers de l'établissement chic des Haras, désœuvrés depuis la fermeture de leur établissement fin octobre, retournent aux fourneaux tous les jours pour faire des repas destinés aux sans-abris. Une aventure humaine qui leur permet aussi de maintenir la cohésion d'équipe.

Aux fourneaux : les chefs Marc Haeberlin et François Baur ce jour-là.
Aux fourneaux : les chefs Marc Haeberlin et François Baur ce jour-là. © V. Suzan

Epluchage, cuisson, préparation des desserts… Chaque après-midi, dès 14 heures, toute la brigade est à son poste dans la cuisine ouverte des Haras. Pourtant, le « bistrot chic » n’a pas vu un seul client à table depuis des mois. Mais les cuisiniers remettent leur tablier et enchaînent plusieurs heures de travail pour sortir 350 repas. Les plats sont ensuite distribués aux personnes dans le besoin, par le biais de l’association Strasbourg Action Solidarité.

Ce mardi, dans l’équipe, il y a même un grand nom de la gastronomie. Marc Haeberlin, deux étoiles au guide Michelin avec l’Auberge de l’Ill, est venu prêter main forte : « Je donne un coup de main de temps en temps, ça me fait plaisir. Et puis, ça fait chaud au cœur de voir une cuisine qui revit ». Valérie Suzan a également le sourire jusqu’aux oreilles : « C’est grandiose pour moi d’avoir tous ces cuisiniers qui participent à cette aventure humaine avec moi. C’est une grande chance. Sans oublier tous les bénévoles qui sont avec moi. Je me dis que je vis un rêve, jamais je n’aurais cru cuisiner un jour dans une cuisine comme ça pour les bénéficiaires ».

La Strasbourgeoise de cœur a commencé à faire des repas pour les SDF dans sa cuisine il y a huit ans. A l’époque, avec quelques connaissances, elle arrivait à sortir des centaines de plats, avec sa seule cuisinière à gaz, avant de les distribuer devant la gare de Strasbourg.

Cohésion d’équipe

Aujourd’hui, l’ambiance est toute autre. Et surtout le matériel. Toutes les sauteuses, tous les fours sont utilisés, explique le chef François Baur. « Ça fait partie de nous la cuisine », poursuit-il. « C’est différent parce que d’habitude, on travaille à la carte, là on travaille sur une grande quantité. Ça nous fait du bien parce que ce n’est pas facile. Ça permet de maintenir la cohésion d’équipe. On se voit, ce n’est pas comme si on attendait à la maison que les choses se passent ».

Ce mardi, l’équipe mitonne un bœuf bourguignon (sans vin). La viande a été gracieusement offerte par Interbev. La structure fournit chaque semaine pas moins de 90 kilos de bœuf à l'association. Un produit de qualité très important pour nourrir les personnes à la rue.

Louis Kieffer a également pris part à la distribution : « On ne s’en rend pas forcément compte quand on cuisine les carottes, mais c’est toute une aventure humaine, c’est incroyable ! On n’a pas tous cette chance de se faire à manger, on y pense. Et puis nous, en plus, ça nous permet de ne pas rouiller, c’est bien ».

350 personnes nourries chaque soir

A 18 heures, c’est le moment de charger les repas dans les camionnettes. Chaque véhicule prend la direction d’un hôtel différent. Il y en a sept en ce moment aux alentours de Strasbourg. Là sont hébergées des centaines de personnes à la rue depuis la fin du mois d’octobre. Demandeurs d’asile, exilés politiques, familles sans abri. A l’arrivée de Valérie et des bénévoles, ils sont déjà une vingtaine à attendre la distribution. C’est souvent leur seul repas de la journée.

« C’est très bon » résume Gocha, venu d’Arménie. Les cuisiniers des Haras ont participé à la distribution : « Ça fait voir les choses autrement quand même. Moi quand j’y suis allé, je n’ai pas osé lever la tête. Parce que je ne sais pas ce que ces gens pensent : est-ce qu’ils ont honte ? Je me suis fait très discret » témoigne François Baur.

En une heure, tous les repas sont distribués. 350 personnes ont ainsi à manger grâce à ce partenariat entre l’association et les cuistos des Haras qui doit durer jusqu’à fin mars. Une collaboration permise par la fermeture imposée aux resto. « Mais je ne souhaite pas pour eux que la fermeture soit prolongée, il ne faut pas oublier qu’eux aussi ils souffrent » conclut Valérie.

 

Solidarité : des cuisiniers professionnels aux fourneaux pour les sans-abris

 

 

 

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