Pollution par des armes toxiques : "aucune étude n'existe sur le danger des munitions immergées en mer ou dans les lacs"

Le documentaire "Armes, l'héritage toxique" diffusé lundi 27 mai 2024 sur France 5, révèle la pollution due à l'immersion de stocks de munitions toxiques de la Grande Guerre dans les mers et les plans d'eau. C'est le cas du lac touristique de Gérardmer (Vosges), transformé par l'armée en dépotoir, au mépris de la santé et de la sécurité de la population.

Mercredi 13 décembre 2023, les réalisateurs du documentaire : "Armes, l'héritage toxique" tourné pour le magazine Vert de rage de France 5, sont allés présenter les résultats des analyses de l'eau du lac de Gérardmer (Vosges) au maire de la commune. Stessy Speissmann-Mozas (PS) découvre avec inquiétude l'ampleur de la pollution. Gênant, car ce lac sert d'appoint pour l'alimentation de la localité en eau potable.

Le célèbre lac touristique surnommé "la perle des Vosges" est en réalité un dépotoir à munitions de la Première Guerre mondiale. Il était courant pour l'armée française de se débarrasser en catimini des stocks de munitions dans les mers et les lacs. Dans ce documentaire, la préfecture du département minimise les risques pour l'environnement et la population. La France n'est pas la seule à avoir eu recours à cette pratique désastreuse pour l'environnement.

Eau potable au TNT  ?

Certaines informations transmises par la préfecture des Vosges aux journalistes d'investigation sont même erronées, ainsi, les grenades et obus sont beaucoup plus proches des rives qu'annoncé, de même que la profondeur où ils reposent. Immergées depuis une centaine d'années, ces munitions se dégradent et libèrent des produits toxiques. La journaliste Manon Le Couët explique : "Un échantillon d’eau du lac contenait 327 ng/L de TNT, le taux de TNT le plus élevé jamais observé dans un échantillon d’eau par l’équipe de chercheurs européens en charge des analyses, ainsi que 328 ng/L de ADNT, un dérivé provenant de la dégradation du TNT".

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Une enquête sur des armes datant de la guerre retrouvées au fond du lac de Gérardmer ©France 5

Ces résultats sont obtenus grâce à la collaboration de scientifiques venus prélever et analyser des échantillons d'eau du lac. C'est la méthode de l'équipe de Vert de rage : allier les techniques d'enquête pointues à la rigueur scientifique. 

Des munitions sont immergées ou enterrées à proximité de lieux accessibles à la population et les Français n'en sont absolument pas informés.

Mathilde Cusin, coréalisatrice du documentaire "Armes, l'héritage toxique"

N'insistez pas !

Les journalistes découvrent qu'aucune donnée, qu'aucun résultat d'analyse n'est accessible, si tant est qu'ils existent. Ils se heurtent au silence total des autorités civiles et militaires "ce qui nous a le plus surpris, c'est la difficulté à accéder aux archives concernant ces immersions et les sites d'enfouissement (...). On a essayé de contacter à plusieurs reprises le ministère des Armées, nous sommes allés directement interpeller un des hauts responsables pour présenter nos résultats d'analyse et cette personne a refusé d'y prêter attention et de répondre à nos questions". Il s'agit de l'amiral Nicolas Vaujour, le chef d'état-major de la Marine nationale. Les deux journalistes sont éconduits par un bref et définitif : "n'insistez pas !"

Secret-Défense

Il existe en Lorraine des précédents : "la place à gaz" à Spincourt (Meuse) où furent détruits dans les années vingt, 200.000 obus chimiques allemands sans précautions particulières. Cent ans plus tard, la terre est définitivement brûlée, plus rien ne pousse et les eaux sont contaminées.

Ou les dix-sept tonnes d'obus à gaz stockées dans le fort Déroulède, à proximité du village de Woippy (Moselle). Là encore, il aura fallu une révélation journalistique, en 2001, pour obliger l'État à déménager ces munitions très dangereuses. Difficile en effet de faire parler la "Grande Muette" bien qu'il s'agisse d'une question de sécurité pour les populations. Toute tentative d'interrogation des autorités compétentes se heurte au "secret-défense"

Il existe en Allemagne et en Belgique des instituts qui travaillent sur ces risques de pollution. Les cartes des zones de munitions immergées sont en Open Data, c'est-à-dire, consultables par le grand public.

Mathilde Cusin, coréalisatrice du documentaire "Armes, l'héritage toxique"

L'équipe de Vert de rage veut mettre les résultats de son enquête à la disposition des citoyens, des associations et des élus afin d'obliger les pouvoirs publics à informer sur les risques réels que font peser ces stocks de munitions abandonnés dans la nature. "Armes, l'héritage toxique" est diffusé lundi 27 mai 2024 à 21h05 sur France 5.

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