Vers une interdiction totale du pernambouc : pourquoi la lutherie de Mirecourt craint de perdre son activité de fabrication d’archets

Selon une enquête publiée par nos confrères du Figaro vendredi 30 septembre 2022, la production d’archets pour les instruments à corde est en sursis, en raison du bois qui est utilisé pour leur fabrication : le pernambouc. A Mirecourt dans les Vosges, où ont été formés les plus grands archetiers du monde, l’inquiétude grandit. On vous explique pourquoi.

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Il ne reste aujourd’hui qu’une seule archetière à Mirecourt. Sur les épaules de Yukari Katayama reposent plusieurs siècles de tradition. L’artisan japonaise a complété sa formation auprès de Catherine Baroin, qui est aujourd’hui retraitée. "La capitale de la lutherie française a formé les plus grands archetiers du monde, les Peccatte, les Houchard, les Bazin" confirme Roch Petitdemange, lui aussi retiré du métier.

Nous ne sommes pas les prédateurs de la forêt amazonienne

Catherine Baroin, archetière retraitée à Mirecourt

La grande inquiétude du moment a été remise en lumière aujourd’hui vendredi 30 septembre 2022 par nos confrères du Figaro : le pernambouc, ce bois d’Amérique du Sud, qui sert à fabriquer les archets depuis plusieurs siècles, pourrait ne plus être disponible à la vente. Le gouvernement brésilien envisagerait selon le quotidien de demander le transfert du Paubrasilia echinata de l’annexe II de la prochaine convention sur le commerce international des espèces de faune et de flores sauvages menacées d’extinction (CITES), à l’annexe I. En clair : l’interdiction totale ou presque de toute exploitation nouvelle. Depuis 2007, le commerce est sévèrement réglementé : il n’est possible de commercialiser que sous fortes contraintes. Si la Brésil obtient gain de cause lors de la prochaine convention qui se tient au Panama en novembre prochain, il faudrait même un permis de circuler pour les détenteurs d’archets en pernambouc !

Malheur à ceux qui n’ont pas mis leur stock en conformité : Roch Petitdemange explique qu’il s’était constitué un stock depuis sa formation au début des années 90 : "mais je l’ai pas mis en conformité en 2007, et depuis je ne peux rien en faire, ni l’utiliser, ni le vendre, ni même le détruire !". Il n’a jamais eu les moyens de se constituer des stocks conséquents, "je me fournissais au fur et à mesure, là il me reste vingt baguettes, je pourrais fabriquer vingt archets" raconte celui qui a cessé son activité à l’été 2022.

L'avenir de l'activité en question

Dans les Vosges, la question est sensible. Nathalie Babouhot, adjointe au maire chargée de la culture, compte bien remettre sur la table la problématique pour les artisans de sa ville : "lors du prochain salon de la lutherie et de l’archèterie nous sensibiliserons tout le monde à la question". L’élue déplore qu’il ne reste plus rien ou presque de la tradition archetière de la ville. La formation au métier a disparu, et les artisans cessent leur activité, "alors qu’ils ont des clients dans le monde entier !".

La tradition vosgienne constituait le haut de gamme de la production française, qui compterait aujourd’hui encore une centaine d’artisans dans l'hexagone : "un archet chinois bas de gamme se vend 50 euros, moi je proposais des modèles faits main à partir de 3000 euros, et il n’est pas rare d’en voir à 5000-6000 euros" détaille Roch Petitdemange.

L’artisan évoque même un modèle pour violoncelle, fabriqué à Mirecourt, qui est parti aux enchères pour 256.000 euros. Car un archet peut durer des siècles, "s’il est bien entretenu,  une partie de mon activité consistait d’ailleurs à les rénover". Mais comment faire sans permanbouc ? "Les stocks vont s’épuiser, c’est certain, même s’il en existe encore qui sont importants" constate Catherine Baroin : "je me suis installé en 1998, j’en ai acheté en 2000, j’ai tout déclaré en 2007, et en 2008 j’ai eu un contrôle qui n’a révélé aucune irrégularité, nous ne sommes pas les prédateurs de la forêt amazonienne". Elle demande, comme une partie de la profession française, à ce que leur activité puisse bénéficier d’une exception, "comme l’ivoire, qui peut être utilisée aujourd’hui dans certains cas de restauration".

Une alternative est proposée depuis quelques années : la fibre de verre et le carbone. Mais ce dernier "est réservé aux instruments d’étude, il ne sonne pas comme le pernambouc qui est unique, c’est pour ça que les musiciens le réclament et ne pourront jamais s’en passer" conclue Catherine Baroin.