Vosges : un festival néonazi de black metal interdit par Gérald Darmanin

Un festival de black metal à la gloire des nazis, prévu ce samedi 25 février aux alentours de Saint-Dié-des-Vosges, vient d’être interdit par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. Que peut-on légalement reprocher à cet événement?

Le festival, dénommé Night for the blood (Nuit pour le sang, en français), est annoncé le 25 février 2023 dans l’Est de la France, sans plus de précision. Depuis lundi, la campagne vosgienne est scrutée par les forces de l’ordre. À la recherche des organisateurs d’un rassemblement musical à tendance néonazie, les gendarmes interrogent notamment les mairies, pour savoir si une salle des fêtes ou un terrain a été loué à des inconnus. Mais le festival, pour lequel l’inscription se fait par mail, pourrait également se situer sur un terrain privé.

Le ministre a demandé aux six préfets des départements concernés par le rayon de 50 km autour de Saint-Dié-des-Vosges de procéder à l’interdiction de cette manifestation

Ministère de l’Intérieur

Pour annoncer cet événement non déclaré, un visuel connoté, publié sur les réseaux sociaux. Au programme, quatre groupes internationaux de black metal national-socialiste (NSBM). Face aux différents risques suscités par ce festival, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé ce mercredi 22 février l’interdiction de l’événement. Les préfectures des Vosges, du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, de Haute-Saône, de Moselle et de Meurthe-et-Moselle sont concernées. “Le ministre a demandé aux six préfets des départements concernés par le rayon de 50 km autour de Saint-Dié-des-Vosges, au sein duquel le concert est annoncé, de procéder à l’interdiction de cette manifestation”, nous communique le ministère de l’Intérieur.

Si l'événement a bien lieu, malgré son interdiction, les organisateurs pourront également être poursuivis pour incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination dans un lieu public

Maître Annie Levi-Cyferman, avocate spécialiste des droits de l’Homme

Maître Annie Levi-Cyferman, avocate du barreau de Nancy (Meurthe-et-Moselle), est spécialisée dans les droits de l’Homme. Elle nous explique les subtilités de ce genre de dossier. “Pour l’instant, en amont du festival, l’interdiction a certainement pour motif le risque de trouble à l’ordre public. Mais le visuel de l'évènement, très connoté, peut déjà constituer un problème. Ensuite, si l'événement a bien lieu, malgré son interdiction, les organisateurs pourront également être poursuivis pour incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination dans un lieu public. S’il s’agit d’un lieu privé, il faudra prouver qu’il s’agit là d’un événement public, puisque des personnes non invitées peuvent s'inscrire par mail”, explique l’avocate.

Le groupe de black metal allemand Stahlfront, la tête d’affiche du festival, a fait des concerts en Ukraine durant lesquels le public faisait des saluts néonazis toutes les cinq minutes

Léonard, militant du bloc antifasciste de Nancy

Il se fait appeler Léonard. Ce militant du bloc antifasciste de Nancy souligne les différents problèmes que soulève un tel événement, où de nombreux sympathisants néonazis sont attendus. “Le soleil noir ou la rune Tiwaz (ou rune de Tyr), entre autres, que l’on voit sur le flyer de l’événement, sont des références et des insignes récupérés pas les nazis à l’époque, puis par les néonazis aujourd’hui. Pour nous, le visuel ne laisse pas de doute. Ensuite, le groupe de black metal allemand Stahlfront, la tête d’affiche du festival, a fait des concerts en Ukraine durant lesquels le public faisait des saluts néonazis toutes les cinq minutes. Quatre groupes internationaux, venus d’Allemagne, de France et de Suisse sont conviés, ça n’est pas prévu pour être un petit événement", insiste ce militant antifasciste.

Plusieurs événements semblables ont déjà eu lieu dans le Grand Est. L’année dernière déjà, une soixantaine de nostalgiques du Troisième Reich s’étaient donné rendez-vous à Sainte-Croix-aux-Mines (Haut-Rhin), pour rendre hommage à la Waffen SS. En 2019, des néonazis avaient célébré l’anniversaire de la naissance d’Adolf Hitler, à Sexey-aux-Forges, en Meurthe-et-Moselle.

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