Ski dans les Vosges : les stations face au réchauffement climatique

Le dérèglement du climat a et aura des conséquences sur l’activité des stations de sport d’hiver. Dans les Vosges, exploitants et élus réfléchissent déjà à l’après ski.

Comment attirer les touristes lors des hivers sans neige ? La question est loin d’être nouvelle dans le massif vosgien, en ce début février 2022.  Elle préoccupe d’ailleurs les acteurs de tous les massifs de moyenne montagne, déjà confrontés à une baisse d’enneigement avec des hivers très variables.

"Il n’y a plus de déni, tout le monde est bien conscient de la réalité du réchauffement climatique. Il faut maintenant travailler à des pistes concrètes pour dessiner l’avenir", explique Olivier Braud, commissaire du Massif des Vosges, un organisme dépendant du ministère de la Cohésion des territoires.

Cette saison, un beau manteau blanc a recouvert les Vosges dès la mi-décembre 2021, ce qui est plutôt rare. Une parenthèse enchantée interrompue par un brusque réchauffement, avant noël, avec de fortes précipitations pendant plusieurs jours.

"C’est comme ça que l’on observe le réchauffement climatique : on peut avoir de la belle neige et d’un coup on prend 10 degrés, de la pluie et tout est gâché. Par contre, des hivers sans neige, il y en a déjà eu dans le passé", précise Maxime Laurent, exploitant de la petite station Larcenaire à Bussang.

Des hivers sans neige, il y en a eu et il y en aura de plus en plus, avec un manteau neigeux de plus en plus faible, c’est en tout cas ce que prévoient les climatologues.

La durée d’enneigement sera de plus en plus courte et l’épaisseur du manteau neigeux baissera de 10 à 40 % entre 2031 et 2050, d'après une étude de Météo France de février 2020

Comment sortir du modèle tout ski

Aucune activité ne peut aujourd'hui compenser le ski à 100 %

Stessy Speissmann, maire de Gérardmer

Aujourd’hui, c’est le ski alpin qui fait tourner les deux plus grosses stations de sports d’hiver des Vosges, à savoir Gérardmer et La Bresse. Avec respectivement 21 et 33 pistes, d’où les investissements pour continuer à produire de la neige de culture (360 enneigeurs à la Bresse contre 181 canons à Gérardmer), mais jusqu’à quand ? Comment faire évoluer ce modèle du tout ski ?

"A Gérardmer, une bonne saison ,c’est quatre millions d’euros pour maintenir un équilibre. Il n’y aujourd’hui aucune autre activité qui peut compenser le ski à 100%. L’avenir c’est la diversification, avec un modèle quatre saisons et une offre d’activités hivernales qui fonctionnent sans neige", explique Stessy Speissmann, le maire de Gérardmer .

Des activités quatre saisons, c’est déjà ce que proposent les stations aux touristes, lors d’hiver peu enneigés comme ce fut le cas en 2019.
Patinoire et luge sur rail à la Bresse, par exemple, qui bénéficie du label Famille Plus et où le VTT se développe à grande vitesse. A Gérardmer, ce sont les activités électriques qui gagnent du terrain, avec le gyropod, la trottinette et le fat bike électrique ou encore le swincar, un engin tout terrain, lui aussi électriqueb qui permet de gravir la montagne en toute saison. Objectif : faire en sorte que les touristes ne s’ennuient pas et qu’ils continuent à profiter du massif, neige ou pas neige.

Maxime Laurent ne dit pas autre chose, même s’il avoue que rien ne remplacera la magie de l’or blanc : "on s’adaptera comme on l’a toujours fait. Notre chance c’est d’avoir des tarifs attractifs de petite station, une clientèle familiale, avec beaucoup de débutants qui n’ont pas besoin d’avoir énormément de neige pour se déplacer."  

Des hébergements à la hauteur

L’autre question qui se pose est celle de l’hébergement.
Le touriste qui viendra passer ses vacances lors d'un hiver avec peu ou pas de neige dans les Vosges, attendra du confort. Mais difficile d’investir si la vente de forfaits n’est plus là ! Sortir complètement du ski et se lancer dans de l’hébergement haut de gamme, c’est justement ce que souhaitait faire Thibaut Leduc, le patron de la station de ski et des hôtels du Ventron, décédé le 12 mai 2021. Une décision qui n’avait pas fait l’unanimité.

Aujourd’hui, la station est en liquidation judiciaire, mais un projet immobilier pourrait voir le jour, porté par l’ancien co-directeur du parc animalier de Sainte-Croix, Pierre Singer et le propriétaire du Domaine de la Klauss en Moselle, Alexandre Keff. Les deux mosellans attendent la décision du tribunal de commerce d’Epinal concernant leur projet de reprise, le 22 février. Au cœur du projet justement, le développement d’un site touristique quatre saisons, avec de l’hébergement haut de gamme au pied des pistes, avec Spa, sauna et micro-aventures entre autre.

"Un hébergement à la hauteur et un accompagnement des touristes, c’est ce qu’il faudra privilégier dans les années à avenir, en plus de la diversification des activités", confirme pour sa part Olivier Braud, dont l'organisme finance une partie des projets d'aménagement du territoire vosgien.

Un peu de résignation à l'idée de tourner progressivement la page ski mais pas de fatalisme, c'est ce qu'il ressort des propos de nos interlocuteurs. Qui devront adapter leur modèle pour survivre. Une note d'optimisme cependant, tous savent que la montagne n’a jamais été aussi attractive, été comme hiver, pour des Français en mal de grand air, qui cherchent à se reconnecter à la nature.