Lait : qu'attendent les producteurs de la visite du ministre de l'Agriculture à Épinal (Vosges) ?

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Écrit par Houari Ayadi .

Le ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, Marc Fesneau, sera à Épinal, ce jeudi 8 décembre 2022, où se déroulent actuellement les Assises du lait. Une visite dont les agriculteurs attendent écoute et actions politiques.

Du ministre de l’Agriculture, Cyrille Plongué attend "qu’il prenne un peu le compte des revendications. Qu’il nous écoute et qu’il se rende compte de la réalité du terrain. Entre le prix du litre de lait acheté aux éleveurs et celui que les consommateurs payent dans les magasins, la marge revient toujours aux mêmes : les distributeurs. Leclerc, par exemple, a augmenté le prix du lait dans ses rayons mais il ne nous l’achète pas plus cher parce qu’il est en contrat avec nous à l'année, avec un prix d'achat négocié et bloqué. Ils se font de grosses marges. Ça n’est pas ça lutter pour le pouvoir d’achat comme le dit son fondateur Édouard Leclerc", dénonce le producteur de lait à Gye, en Meurthe-et-Moselle.

Comme beaucoup de producteurs français, il est sociétaire de la Sodiaal, groupe dont les principales marques sont Yoplait, Candia, et Entremont. Cette coopérative laitière regroupe aussi des entreprises spécialisées dans la transformation de produits laitiers, comme les fromages Monts et Terroirs ou RichesMonts. En 2017, c’était le troisième groupe laitier français, derrière Danone et Lactalis, autres grands groupes industriels du secteur. 

Le prix du lait en France dépend des marchés internationaux des matières premières (comme le beurre ou la poudre de lait, nécessaires à la transformation de produits laitiers tel que le fromage) mais également des négociations entre ces groupes industriels et la grande distribution. 

Pour répercuter les hausses des coûts de production liées à la guerre en Ukraine, les tarifs du lait dans les rayons de la grande distribution ont été fixés lors des dernières négociations avec les supermarchés. Mais pour Cyrille Plongué, ces discussions ne sont pas adaptées à l’inflation actuelle et fluctuante : "Ce sont des discussions à sens unique. La loi est mal faite car les dernières négociations ont eu lieu au printemps, avant la hausse des prix du lait et des matières premières. Coincés durant 1 an, on est pris à la gorge. On subit l’inflation de plein fouet. On connait actuellement jusqu'à 80 % de hausses des prix en fonction des produits, sans répercussion sur notre prix de vente", explique l'agriculteur Meurthe-et-Mosellan. 

La rémunération, le nerf de la guerre 

Contributeur dans la revue l’Éleveur laitier, Cyrille Plongué y publie tous les trimestres un article pour réclamer à sa coopérative de mieux rémunérer ses producteurs : "On est à peu près 14.000 producteurs à la Sodiaal. On est les moins bien payés de tout le pays, de toute l’Europe même", regrette-t-il. "Nos collègues Belges, qui sont à 150 km, touchent 620 euros pour 1000 litres de lait vendus. Nous, on est payés ce mois-ci 420 euros les 1000 litres de lait de vache, donc 42 centimes le litre, contre 480 euros chez Lactalis". 

Il demande au ministre de faire respecter la loi Egalim 2. Promulgué le 18 octobre dernier, le texte doit garantir "une meilleure prise en compte des coûts de production des agriculteurs", "au profit d’une meilleure rémunération"."Elle n’est jamais respectée. Ça n’est pas logique que ce soit à nous, agriculteurs, d’être obligés de faire les gardes fous. Ça n’est pas notre boulot. Nous on est producteurs de laits et de viandes", fustige l'adhérent de la Sodiaal. 

La sécheresse historique, qui a frappé l'Europe cet été, a réduit la production d’herbe pour nourrir les vaches laitières, et fait grimper d’environ 25 % le prix de l’alimentation animale, étranglant encore un peu plus les éleveurs. "Si on refuse de payer le lait au prix de ses coûts de production, demain, on sera contraint d’en importer", redoutait le ministère de l’Agriculture fin août. Les syndicats agricoles et la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) demandent à ce titre que le litre vendu en rayon soit revalorisé au prix symbolique d'un euro. 

Politiques financières, environnement, changements climatiques… les Assises du lait sont l'occasion d'évoquer plusieurs problématiques, comme notamment le renouvellement des générations : "Le métier n’attire plus. Je pense qu'on va avoir un gros problème dans les 10 prochaines années car les départs en retraite risquent de ne pas être remplacés", affirme Cyrille Plongué. 

"On ne sait pas de quoi le futur sera fait" 

"Le problème est aussi et surtout moral quand on ne sait pas de quoi le futur sera fait", confie Cyrille Plongué. "Sans même savoir quel sera le prix de mon litre de lait demain, je suis obligé d'investir dans la construction d'un bâtiment pour stocker des céréales et du fourrage. Il faudrait que je vende mon lait entre 450 et 480 euros aux 1000 litres pour que je puisse rembourser jusqu’à 100.000 euros d’emprunts. On n’y est pas encore et personne ne peut me prédire qu’on y sera demain. Quoi qu'il en soit, il faudra quand même que je rembourse."

À Epinal (Vosges) ce jeudi 8 décembre 2022, le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, Marc Fesneau, devrait échanger avec le président de la FNPL, Thierry Roquefeuil et la présidente de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), Christine Lambert, au cours d’une table ronde sur le thème "Une production laitière française en danger et pourtant reconnue comme la plus durable du monde !"

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