REPLAY. "Notre part sauvage, la controverse du loup" : vers l'apaisement entre le loup et le berger

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Les gros titres de la presse dénombrant moutons et brebis tués ont fait leur temps. Le loup est bel et bien revenu et il faut apprendre à faire avec. Les polémiques s'apaisent et les solutions pour faire face aux attaques se diversifient. Le temps du loup est-il revenu ?

Le loup est revenu en France. D'abord par les Alpes. Puis dans tout le sud et tout l'est. Aujourd'hui selon l'Office français de la biodiversité, le loup occupe 145 "zones de présence permanente" (ZPP).

Les premières séries d'attaques de troupeaux de moutons ou de brebis ont pris les éleveurs et leurs bergers par surprise. L'émotion a submergé le milieu de l'élevage. Pourquoi ne pas se débarrasser à nouveau du loup, tout simplement ? 

Parce que le loup est une espèce protégée selon la convention de Berne (1979), ratifiée en 1990. Placée sur la liste rouge UICN, l'espèce est considérée "vulnérable" en France. Et bon nombre d'associations de protection de la nature la défendent bec et ongles.

Après une période de déchirements et de polémiques, les pros et les anti-loup ont fait des pas les uns vers les autres. Ce sont leurs efforts et leurs solutions que le réalisateur Jean-Pierre Valentin montre dans son documentaire "Notre part sauvage, la controverse du loup". Voici trois bonnes raisons de le regarder en replay, à trouver quelques lignes plus bas.

1. Parce qu'on ne vit pas dans les contes de fées

Et que le loup ne mange pas les petits chaperons rouges, ni les grand-mères. Il vit seul ou en meute et s'attaque au gibier et aux proies plus faciles, comme les moutons et les brebis. Les éleveurs d'aujourd'hui ont vécu une période où le loup était éradiqué de leurs espaces. Une époque révolue, considérée comme idyllique. Le bon vieux temps sans la menace du loup. "Vivre sans le loup, c'était pas mal" déclare l'un d'eux.

Dans cette danse complexe, un nouveau danseur est arrivé. Comment va-t-il être intégré à la ronde ?

Virginie Maris, philosophe de l'environnement, CNRS

Mais le loup est revenu et avec lui son cortège d'attaques mortelles ou non, mais toujours catastrophiques pour les éleveurs. " En 2014, on a pris le loup en pleine face, avec une approche de refus du loup" explique Franck Müller, éleveur à la Ferme de Palameix, en Meuse. Avec une seule réponse possible, l'indemnisation après certification de la responsabilité du loup. Un cauchemar à double titre pour les paysans qui voient mourir à la fois leurs bêtes, auxquelles ils sont attachés, ainsi que leur gagne-pain.

Une double peine qui les submerge et ne leur font entrevoir qu'une seule solution : l'abattage du loup. Virginie Maris, philosophe résume ainsi : "On n'a pas en nous les habitudes qui nous permettraient de vivre avec le prédateur. Dans cette danse complexe, un nouveau danseur est arrivé. Comment va-t-il être intégré à la ronde?"

En face d'eux se dressent des cohortes de défenseurs du loup et de la biodiversité. Des chevaliers servants de la nature, mobilisés pour la sauvegarde d'un animal mythique. Deux camps irréconciliables, aux intérêts opposés ?

2. Parce que si chacun fait un petit bout du chemin...

Il a fallu du temps d'abord. Et des bonnes volontés de part et d'autres. "Quel que soit le problème, on ne se demande pas si on est pour ou contre, on essaye de régler le problème du mieux possible, continue Franck Müller, éleveur en Meuse. Et le loup c'est un problème réel par rapport aux éleveurs. Comment on fait pour régler le problème ? Régler le problème, c'est pas buter tous les loups."

Côté défenseurs de la biodiversité, la position initiale consiste à tout faire pour préserver le retour du loup. "Quand le loup est revenu, j'étais favorable à cette présence qui avait disparue depuis longtemps." explique Eric Vissouze, responsable de Pastoraloup, une association de programme de soutien au pastoralisme en zone à loups. Mais devant la souffrance des éleveurs, confrontés à la perte de leurs bêtes, l'empathie intervient et les "pro-loups" font un pas de côté. "Par contre, moi, j'avais beaucoup changé par rapport à cette évolution que j'ai vue: je connaissais des éleveurs proches qui souffraient trop de cette situation. Je me suis dit, il y a quand même quelque chose qui ne va pas. Il faudrait au minimum le reconnaître", reconnaît Eric.

Des actions commencent à se mettre en place et Eric s'en félicite: "On est là pour améliorer les choses, les moyens de protection, les rapports entre les gens, c'est ça le plus important pour moi. C'est ce partage de gens qui n'ont rien à voir entre eux et qui se sont rencontrés. Rien que pour ça c'est très positif."

En Meuse, un rapprochement entre Meuse Nature Environnement et l'association Encore Eleveur Demain procède aux mêmes efforts. Sébastien Lartique, chargé de mission faune, prédation et ruralité à Meuse Nature Environnement formule les choses ainsi: "Quand on est seul de notre côté, on n'est pas forcément écouté et inversement quand un éleveur parle seul, les autres associations pensent que c'est un éleveur qui cause...Quand on est amené à discuter ensemble, à avoir un regard croisé, ça nuance le propos et les personnes présentes commencent à mieux cerner le contexte global. C'est plus enrichissant, ça permet d'avancer."

3. Parce ce que des solutions existent

Après le dialogue vient le temps des pistes de solutions. Les éco-bénévoles, formés par les associations d'aide au pastoralisme, qui viennent seconder les bergers en pâtures et les relayent. Ou encore, les pro-loup qui viennent installer des clôtures et expérimentent eux-mêmes la difficulté que cela représente. Un bon moyen de modérer les fameux "Yaka-Focons" qui assènent leurs points de vue et rompent toute tentative de compromis.

Sébastien l'avoue : "On s'est rendu compte que d'entretenir une clôture, c'est très compliqué. On s'en doutait déjà, mais là, on était face à ça. C'est pas une simple histoire de mettre des chiens de protection et des clôtures; il y a tout un travail qui va avec." Un travail complexe avec les chiens de protection, qu'il faut pouvoir maîtriser. Sans compter les nouveaux problèmes que ces chiens créent avec les randonneurs, et sur la faune sauvage. Alain Laurent, naturaliste et observateur des carnivores sauvages dans le Haut-Rhin, l'affirme : "Le seul moyen efficace, c'est les patous, les chiens de protection.(...) Pourtant le patou ne fait pas tout, mais ça aide à protéger les troupeaux."

Enfin, malgré le statut protégé de l'animal, il reste les dérogations quand le canidé sauvage se fait trop gourmand : tirs de protection et prélèvement sont les ultimes remparts face aux attaques.

Apprendre à partager la nature et montagne autrement, le loup redistribue les cartes aussi bien avec les éleveurs, les bergers, les associations de protection de la nature mais aussi avec les chasseurs et randonneurs. Sa présence sauvage repositionne l'homme, comme un prédateur parmi d'autres dans une nature pas toujours idyllique. Un retour progressif à un contact concret avec la nature sauvage.