Affaire Élodie Kulik : le procès en appel délocalisé à Douai, "c'est trop près" selon l'avocat de Willy Bardon

Condamné aux Assises de la Somme à Amiens, Willy Bardon sera jugé en appel à Douai (Nord). "Aucun problème" pour Jacky Kulik. "On ne comprend pas", conteste la défense, qui demandait un dépaysement en dehors de la région.

La Cour d'assises du Nord a été retenue pour juger en appel Willy Bardon, meurtrier présumé d'Élodie Kulik.
La Cour d'assises du Nord a été retenue pour juger en appel Willy Bardon, meurtrier présumé d'Élodie Kulik. © Maxppp, V. Pasquier
Un dépaysement... à proximité. Condamné à Amiens par les Assises de la Somme pour la séquestration suivie de mort d'Élodie Kulik, Willy Bardon sera jugé en appel à Douai, dans le Nord.

Le père de la victime, Jacky Kulik, a été le premier à le révéler, jeudi 17 avril sur Facebook

Une information confirmée depuis par l'un des avocats de la défense - avec regret - et par la Cour d'appel d'Amiens - avec satisfaction -.
 

"On ne voit pas trop en quoi ça délocalise"


Suite à la condamnation de son client à 30 ans de réclusion criminelle, Me Stéphane Daquo avait regretté que "l'émotion [ait] pris le pas sur le reste et n'[ait] pas permis un jugement serein". Il avait fait appel et demandé que le nouveau procès de son client Willy Bardon se déroule loin de la Picardie, où depuis 20 ans, l'affaire est très médiatisée, ancrée dans les esprits et les coeurs.

Aujourd'hui, il rappelle que "l'une des statues qui représente la justice, c’est une femme avec un bandeau, justement pour éviter d’être influencé par tout ce qui se passe à l’extérieur." Alors il "ne comprend pas" le choix des Asssises du Nord.

"Ce n'est pas parce qu'on change de département qu'on peut parler d'éloignement géographique, Amiens et Douai sont à égale distance de Péronne !", réagit l'avocat, en référence à la ville où la jeune banquière Élodie Kulik travaillait et a été vue pour la dernière fois vivante, avant d'être séquestrée, violée, tuée et partiellement brûlée, sur un terrain vague.
 
"Je crois que le choix de Douai ne permet pas de garantir un procès [...] dégagé de toute émotion qui pourrait, à mon avis, influencer de manière inadaptée les gens", poursuit Me Daquo. Il envisage donc de contester cette désignation : "Nous sommes en train de voir comment... si tant est que ce soit juridiquement possible."

Justement, ça ne l'est pas, selon Jeanne-Marie Vermeulin, procureure générale près la Cour d'appel d'Amiens. "Ce n’est pas une décision juridictionnelle mais d’administration judiciaire, explique la magistrate. Elle n'est donc pas susceptible de recours."
 

"La justice répond à leurs provocations", analyse Jacky Kulik


Jacky Kulik, le papa d'Élodie, reste prêt au combat, quoi qu'il arrive. "Douai ou ailleurs, pour moi il n'y a aucun problème, confie-t-il. La justice continue son travail, je suis content que ça suive et je respecte leur choix."

Le mécontentement de la partie adverse ? "Rien de nouveau, ils ne manquent jamais une occasion de se plaindre, raille-t-il. Ils sont certainement les seuls à essayer encore de faire croire que Willy Bardon est innocent."

Le père endeuillé pense même que le choix de Douai a été pris délibérément comme "réponse aux provocations des avocats de Willy Bardon et de Willy Bardon lui-même" : "Faut pas se moquer de la justice. À force de les mener en bateau, ils en ont eu marre."

Me Stéphane Daquo n'est évidemment pas d'accord : "Je comprends la douleur de monsieur Kulik et je me garderai de mettre le débat sur le même thème que lui, mais il n'est pas question de provocation, mais de droit et de logique."
 

"Un bon compromis", selon la procureure générale près la Cour d'appel d'Amiens


Aux assises, les appels sont toujours jugés dans une autre cour qu'en première instance, mais normalement du même ressort. En l'occurrence, celles de l'Aisne (Laon) ou celles de l'Oise (Beauvais) auraient dû être désignées. 

Quand une partie veut délocaliser l'affaire, c'est à la chambre criminelle de la Cour de cassation d'intervenir, par un arrêt qu'elle n'a pas à motiver. La demande lui est transmise par la Cour d'appel du ressort, qui y adjoint ses propres observations.

"Nous avons appuyé cette demande, car elle nous arrangeait bien, confie Jeanne-Marie Vermeulin, la procureure générale près la Cour d'appel d'Amiens. On avait des difficultés à organiser le jugement dans le ressort, nous manquions de ressources humaines.

"Mais on a dit que faire juger cette affaire à l'autre bout de l'hexagone était peut-être excessif, poursuit la magistrate. Il faut que les témoins puissent venir, les parties civiles, la famille de monsieur Kulik. Et puis on estime que Douai ne connait pas plus l’histoire que Perpignan, Annecy, Brest… étant donné qu’il y a déjà eu plusieurs émissions nationales sur l’affaire et que les journaux nationaux l’ont largement relayée."

Au final, le choix opéré par la Cour de cassation, Douai, lui semble "un bon compromis" : "ça respecte un bon équilibre."
 

Rendez-vous en 2021 ?


Si le lieu est désormais connu, la date du procès ne l'est pas. "Ce ne sera pas en 2020", croit savoir Me Stéphane Daquo. "Je pense que ça sera début 2021", espère Jacky Kulik. Soit plus d'un an après le procès en première instance.

L'attente sera longue. Elle l'est déjà en ce moment, comme pour tout le monde, en confinement. "Ça ne se passe pas très bien pour Willy Bardon, c'est dur la détention, il pâtit de la situation", confie Me Daquo.

Jacky Kulik n'a pas changé ses habitudes. C'est depuis son grand jardin, "cette chance", qu'il nous répondait par téléphone ce matin : "Quand je suis là, ça me donne beaucoup d'occupation, c'est une détente... et je ne pense à rien."
 
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