Une Américaine retrouve la trace de son oncle, un soldat tué dans l'Aisne en 1944, grâce au roman d'un écrivain local

Depuis près de 20 ans, une citoyenne américaine cherchait à connaître le lieu et les circonstances de la mort en 1944 en France de son oncle, un GI. Elle a découvert en novembre les détails qui lui manquaient dans le roman Chemins d'absence de Pierre Commeine, un romancier local.

C'est grâce au livre de Pierre Commeine, un écrivain local, qu'une Américaine a pu connaître les circonstances de la mort de son oncle, un GI mort le 29 août 1944 dans l'Aisne.
C'est grâce au livre de Pierre Commeine, un écrivain local, qu'une Américaine a pu connaître les circonstances de la mort de son oncle, un GI mort le 29 août 1944 dans l'Aisne. © G.Giraudeau/FTV

C'est une histoire que le père de Pierre Commeine lui racontait lorsqu'il évoquait la Seconde Guerre mondiale. Celle de ce soldat américain, Robert Whalen, tué le 29 août 1944 à Vailly-sur-Aisne lors de la libération du village. "Il était au-dessus du pont de Vailly. Un char allemand l'a repéré et a tiré. Il est mort au volant de sa jeep", raconte celui qui vit non loin de cette commune de 2 000 habitants située au nord-est de Soissons, dans l'Aisne.

L'histoire aurait pu s'arrêter là et rester un banal souvenir de la Seconde Guerre mondiale. Mais Pierre Commeine est romancier et passionné d'histoire locale. Et l'une de ses fictions, parue en 2018, va être rattrapée par la réalité. "Chemins d'absence, c'est l'histoire de la rencontre d'un soldat américain et d'une jeune infirmière, Peter et Sarah," raconte-t-il.

Il fallait que je relie ma fiction à un fait réel. Et cette histoire de Robert Whalen (...) m'a marquée

Pierre Commeine, auteur de Chemin d'absence

Dans ce roman paru en 2018, Peter est assis dans la jeep de Rober Whalen quand le tank allemand tire sur le véhicule. 

Un message sur Facebook

"Pourquoi j'ai choisi ce personnage de Robert Whalen ? Parce qu'il fallait que je relie ma fiction à un fait réel. Et cette histoire de Robert Whalen, je la tiens depuis mon enfance. Elle m'a marquée, explique Pierre Commeine. La seule chose que je connaisse de Robert Whalen, c'est le monument dans la commune qui dit qu'il a été tué ici le 29 août 1944. Mais je n'avais aucune autre information. Avant d'écrire le roman, j'ai essayé d'avoir des renseignements auprès de l'ambassade des États-Unis et de l'armée américaine, mais sans suite."

C'est là que l'imaginaire de l'écrivain prend le relais de la réalité historique. Le livre est écrit et publié par les éditions À contresens, une maison d'édition de l'Aisne. "Il vit sa vie !" sourit l'auteur à propos de son ouvrage.

Mais deux ans plus tard, la fiction prend vie sous les yeux de Pierre Commeine. "Un soir devant mon ordinateur, je consulte mon compte Facebook et j'ai la surprise de tomber sur un message".

De l'autre côté de l'écran - et même de l'Atlantique - c'est Catherine Whalen Purdy, descendante du GI, qui le contacte en anglais. "Bonjour. Veuillez m'excuser de ce message sur votre page Facebook. Je suis à la recherche d'informations sur mon oncle, Robert J. Whalen et mes investigations m'ont conduite jusqu'à vous et à votre roman, Chemin d'absence. Je suis certaine à 99,999 % que le Robert que vous mentionnez dans votre livre est mon oncle."

Depuis que je suis toute petite, il y a toujours eu une place dans mon cœur pour Robert car mon père me parlait du merveilleux frère qu'il idolâtrait et qu'il avait perdu.

Catherine Whalen Purdy, nièce de Robert Whalen

Une date de décès et une tombe pour seules informations

Depuis 2009, cette Américaine cherche à savoir comment Robert Whalen, le frère de son père, est mort en France trois mois après avoir débarqué sur une plage de Normandie. "Même si je ne l'ai jamais rencontré, il était tellement aimé de mon père et de ses sœurs que j'ai essayé de garder vivante sa mémoire d'une manière ou d'une autre, explique-t-elle dans son message à Pierre Commeine. Depuis que je suis toute petite, il y a toujours eu une place dans mon cœur pour Robert car mon père me parlait du merveilleux frère qu'il idolâtrait et qu'il avait perdu."

Je ne voulais pas que sa mémoire meure avec moi et mes cousins, je voulais laisser quelque chose de lui à mon fils.

Catherine Whalen Purdy, nièce de Robert Whalen

Catherine cherche à savoir ce qui est arrivé à son oncle pendant plus de 6 ans, avec comme seules indications la date de sa mort et la localisation de sa sépulture au cimetière américain d'Épinal.

Un monument au nom de Robert Whalen

"Le nom de Vailly-sur-Aisne est apparu dans mes recherches mais il n'était pas associé au nom de Robert Whalen. J'ai fini par abandonner, raconte cette quincagénaire que nous avons contactée par messagerie vidéo. Et je ne sais pas pourquoi, le 8 novembre dernier, j'ai décidé de chercher à nouveau sur internet sauf que cette fois, j'ai immédiatement trouvé une connexion entre Robert et Vailly-sur-Aisne : le monument à son nom, le fait que les habitants se souviennent de lui chaque année puis le nom de Pierre est sorti. J'ai vu qu'il avait écrit un livre avec le nom de Robert Whalen. J'ai pleuré quand j'ai eu cette information. Mais je voulais la vérifier parce qu'il y avait d'autres Robert Whalen dans l'armée américaine à cette époque. Je ne me suis pas enthousiasmée tout de suite parce que ce n'était peut-être pas lui. Mais un ami m'a confirmé à partir de ce que mon père m'avait dit de lui que c'était bien le Robert Whalen que je recherchais. (...) Je ne voulais pas que sa mémoire meure avec moi et mes cousins, je voulais laisser quelque chose de lui à mon fils. Et maintenant, c'est possible. Je n'aurais jamais imaginé ce que représente Robert pour ce village : il y a un monument à son nom !"

Un voyage à Vailly-sur-Aisne en août 2021

Car chaque année, le 29 août, une cérémonie est organisée à Vailly-sur-Aisne pour honorer la mémoire de ce héros de la Libération. "Toute sa famille a ignoré ça pendant 76 ans. Pour moi, romancier français, savoir qu'une famille américaine découvre subitement, grâce à une fiction, l'existence d'une ville, d'un monument et de l'honneur qu'on porte à l'un de ses membres, c’est l'un des plus beaux évènement de ma vie", avoue, ému, Pierre Commeine.

Catherine a commandé 28 exemplaires du livre de Pierre Commeine dont son oncle est l'un des personnages. "Pour que chaque membre de la famille en ait un ! Je ne parle pas français même si ma mère était professeur de français mais je vais essayer quand même de le lire. (...) Je prends des cours de français en ce moment parce que si j'ai la chance de pouvoir venir à Vailly-sur-Aisne en août prochain, je veux comprendre ce que les gens me disent".

Et de demander à notre journaliste : "comment prononcez-vous Vailly-sur-Aisne en français ?"

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