Dans l'Aisne, quatre communes concernées par des mesures de restriction d'usage d'eau suite à la découverte de pesticides

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Écrit par Anas Daif avec Paul-Guillaume Ipo

La présence de métabolites de chloridazone dans l'eau de plusieurs communes de l'Aisne n'est, pour le moment, pas jugée dangereuse pour la santé. Néanmoins, des études complémentaires sont faites pour s'assurer de la pertinence des "protocoles toxicologiques disponibles".

Quatre communes de l'Aisne font face à des mesures de restriction de la consommation d'eau. En cause, la présence de métabolites de chloridazone, un pesticide qui a été utilisé dans la culture des betteraves. 

Il a vu sa commercialisation interdite le 1er janvier 2020 et son utilisation arrêtée un an plus tard, mais des traces perdurent dans les eaux.

Des doutes sur sa dangerosité pour la santé

"C’est un pesticide utilisé jusque fin 2020 pour désherber les champs de betteraves", explique Thomas Campeaux, préfet de l'Aisne. Ne sachant pas pour l’instant si ces métabolites présentent un danger pour la population, "les autorités sanitaires ont choisi d’entraîner des restrictions d’usage d’eau dès lors qu’on dépassait cette mesure de 3 microgrammes par litre". 

Pour rappel, en 2007, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait écarté un risque pour la santé humaine associé à ces deux métabolites, la chloridazone desphényl et la chloridazone méthyl desphényl. Néanmoins, en avril 2020, "l’ANSES a classé les métabolites de la chloridazone comme pertinents" non pas à cause de risques pour la santé, mais en raison "de faiblesses identifiées dans les protocoles toxicologiques disponibles", souligne la préfecture. En d'autres termes, des recherches complémentaires doivent encore être menées pour avoir un panorama complet de cette molécule. 

Les communes de Merlieux-et-Fouquerolles, Le Thuel, Versigny et Rogécourt sont toutes concernées. Elles présentent un taux de chloridazone supérieur à 3 μ g/L (microgramme par litre), le seuil à ne pas dépasser pour la consommation d'eau. 

"Quand on se lave les dents, on est obligés de la boire d'office"

Pour David Poulet, conseiller communal de Rogécourt, ces problèmes "ne datent pas d’hier". Cela fait "des décennies qu'il y a des problèmes d'eau" qui viennent "de se révéler il y a quelque temps".

Aujourd’hui, les habitants des communes concernées par les restrictions d’usages de l’eau ne vont pas pouvoir "la boire, préparer des aliments avec, se laver avec", mais ils pourront "continuer à l'utiliser pour l'hygiène : la lessive, la vaisselle, mais pas par ingestion directe", explique Thomas Campeaux, préfet de l'Aisne. 

David Poulet s’inquiète, de son côté, de boire cette eau malgré lui. En effet, "quand on se lave les dents, on est obligés de la boire d’office. On fait cuire des pâtes, on fait cuire des pommes de terre... Même tout ce qui est légumes qui ont été arrosés dans le coin". Finalement, "on en arrive toujours au même point où on est."

Des prélèvements réguliers

En tout, 989 habitants sont concernés par les mesures de restriction qui ne sont néanmoins pas soumises à un arrêté préfectoral. "Le rôle du préfet est de demander aux personnes responsables de la distribution d'eau, c'est-à-dire les communes, les intercommunalités, les syndicats des eaux de demander aux usagers, à leurs abonnés de cesser de consommer l'eau", explique Thomas Campeaux, préfet de l'Aisne. Il fait donc appel au "bon vouloir des usagers" via " les personnes responsables de la distribution de l'eau" qui doivent trouver autrement une façon de s'approvisionner en eau. 

Les quatre communes de l'Aisne ne sont pas les seules à être concernées par les métabolites de chloridazone. Il y en a une quarantaine "dans lesquelles, ne serait-ce qu'une fois, le taux de 3 microgrammes par litre a été atteint ou dépassé" au cours des derniers mois. 

Tant que nous n’avons pas cette certitude posée sur des analyses scientifiques et toxicologiques qui sont toujours en cours, par précaution, nous demandons à la population de ne pas consommer cette eau.

Thomas Campeaux, préfet de l'Aisne

Une marge d'erreur existe toutefois et peut aller jusqu'à 60% "pour l'un des deux métabolites". La meilleure façon de la réduire, "c'est de faire plusieurs voire un aussi grand nombre que possible de mesures et de prendre la moyenne". C'est pourquoi une " surveillance dite renforcée" a été mise en place pour toutes les communes qui ont dépassé le taux autorisé. "À l'issue de trois mois de campagne et d'analyse tous les 15 jours, la moyenne est tombée en dessous de trois pour la plupart d'entre elles". C'est pourquoi il n'en reste que quatre, à ce stade, mais la situation peut évoluer. 

Le rôle du préfet consiste aussi à "recevoir le résultat de ces analyses, de commander de nouvelles analyses", chose faite avec l'ARS, "en choisissant de faire des campagnes de prélèvements et d'analyses tous les 15 jours au robinet", ce qui ne se fait pas habituellement. 

L'Aisne reste le département le plus touché. "Pourquoi ? Je ne saurais le dire, avoue Thomas Campeaux. Probablement à cause de l'importance de la culture de la betterave dans le département puisque la chloridazone était un désherbant pour la betterave". Mais cette culture se fait aussi dans d'autres départements des Hauts-de-France, notamment dans l'ex-Picardie. " Il a d'autres métabolites, d'autres pesticides ailleurs en France pour lesquelles on a des problématiques similaires", précise le préfet.

Les communes contraintes de trouver des solutions

Face à ces mesures de restriction d'usage d'eau, ce sont les personnes responsables de la production et de la distribution de l'eau, "c'est-à-dire la commune ou alors si elle a transféré sa compétence, l'intercommunalité" ou encore le syndicat des eaux, qui s'en occupent. Plusieurs solutions se sont présentées à elles : la distribution d'eau en bouteille, l'utilisation des citernes ou des châteaux d'eau. "Pour deux d'entre elles, la solution ce sera de remplir le château d'eau avec de l'eau achetée ailleurs, sans chloridazone", explique le préfet de l'Aisne. 

Dominique Ignaszak, le président de l'agglomération de Chauny-Tergnier-La Fère, a décidé "sur les trois communes (Merlieux-et-Fouquerolles, Le Thuel, Versigny) d'aller chercher de l'eau dans des camions-citernes et de ramener de l'eau trois fois par semaine au forage". Un mélange est fait " entre le forage et l'eau, ce qui permet aux gens de ne voir aucun changement : l'eau est potable au robinet". 

Bien qu'onéreuse, cette solution à 13  000 euros par mois est l'une des seules qui a été trouvée en attendant. "Il y avait d'autres solutions comme la bouteille, c'était 3 litres par personne par jour". Mais des problèmes logistiques se sont posés pour la mise en place d'un point de distribution, " tandis que là, c'est la solution la plus facile, les gens ne voient rien, c'est transparent". 

Quoi qu'il arrive dans les mois à venir, "on a déjà une solution de rechange parce que d'ici trois mois, on aura une intersection avec un autre réseau, celui de Sinceny-Autreville, qui a zéro pesticide, comme ça on résout le problème au 1er janvier 2023". Se pose la question financière pour les habitants : "on va sûrement le ressentir dans la facture d'eau, mais ce n'est pas certain", nuance David Poulet. 

Il y a des administrés qui ont eu un peu peur, qui se sont dit : comment on va faire, si on ne peut plus utiliser l’eau ? J'ai répondu : ne vous en faites pas, on va trouver un moyen. Et puis finalement oui, le moyen a été trouvé.

Nicole Allart, maire de Rogécourt.

"Le problème de l’eau pour moi, je le trouve presque résolu"

Même son de cloche du côté de Nicole Allart, maire de Rogécourt. "Le système de citerne qui va être pris sur la pompe de relevage au château de Danizy et qui va être transféré sur Versigny", permettra d'avoir, petit à petit, de l'eau potable.

"C'est la meilleure solution, c'est ce qui pouvait être fait". La solution de l'eau en bouteille, elle le voyait aussi " gros comme une maison parce que trois bouteilles par jour, c'est presque impossible", insiste-t-elle.

Malgré la difficulté de la situation, Nicole Allart estime que "le problème de l'eau" est résolu, notamment grâce à "toute la communauté d’agglomération qui a tout de suite su prendre une décision rapide", mais également " le président, le directeur technique et tout le monde qui a mis du sien pour pouvoir en arriver là", conclut-elle. 

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