Déconfinement : c'est la ruée chez les chausseurs pour enfants

Chaque secteur économique tente de limiter les pertes comme il peut. Les marchands de chaussures réussissent à tirer leur épingle du jeu grâce aux enfants. Pendant le confinement, les pieds des petits ont grandi. Mais pour les adultes, la reprise n'est pas aussi bonne.
Acheter des chaussures pour les enfants a été l'un des premiers achats du déconfinement.
Acheter des chaussures pour les enfants a été l'un des premiers achats du déconfinement. © E.Henry/FTV

Sandales roses brillantes aux pieds, Justine, 5 ans, dévale le petit toboggan installé dans cette boutique de Soissons avec ses chaussures neuves. "Elles sont sympas celles-là ! En plus, elles vont aller avec toutes tes tenues !" Blandine, sa maman, lui achète sa première paire depuis le début du confinement. "Il lui fallait une paire pour l'été. Elle en avait vraiment besoin, avoue-t-elle. On passe directement de la chaussure hiver à la chaussure été. Elle n'a pas changé de pointure mais comme on change de saison, ça devenait urgent. D'habitude, je fais ce genre d'achat plus tôt dans l'année mais avec le confinement, on a dû attendre".

Dès les premiers jours du déconfinement

Les pieds des enfants grandissent, même en période d'épidémie. Et se retrouvent confinés…dans leurs chaussures. Dès le déconfinement, Philippe Daquai, chausseur soissonnais, a assisté à une véritable ruée vers son rayon enfants. Sur la période, le magasin a doublé ses ventes habituelles. Ce qui lui a permis de rattraper la moitié des pertes engendrées par la fermeture de son magasin : "Ça a été comme les coiffeurs ! A l'heure actuelle, au bout d'un mois, on retrouve des chiffres logiques mais on a encore une belle activité. Mais au début, c'était vraiment impressionnant ! Et on était contents de revoir nos clients eux-mêmes contents de nous revoir !" 

Une priorité pour les parents

Philippe Daquai ne commence en général sa semaine qu'à partir du lundi après-midi. Mais devant la forte demande, il a décidé d'ouvrir dès le matin avec d'abord une vendeuse puis une deuxième. Le nombre de personnes est limité à deux dans la partie enfant du magasin mais les clients peuvent attendre et être servis dans la partie adulte : "Les gens nous avaient appelés deux jours avant le déconfinement pour nous dire que leurs enfants avaient mal aux pieds avec des chaussures d'hiver devenues trop petites ! On a d'ailleurs constaté que certains avaient le bout des pieds un peu rouges parce qu'ils avaient pris largement une à deux pointures. Donc, il y avait un gros, gros besoin. Les enfants, c'est une pointure en plus tous les trois mois. Pour les mamans, c'était la priorité sur beaucoup d'autres achats."

Une moindre reprise chez les adultes 

Pour autant, le marché de la chaussure adulte semble plus compliqué. Marie-Christine Veys tient un magasin de chaussures pour adultes également à Soissons. Et la reprise semble moins évidente : "Dans les trois premières semaines du déconfinement, on a bien travaillé. Il y a un petit ralentissement parce que c'est difficile de vendre des sandales quand il pleut et qu'il fait froid. Mais ça ne compensera pas mes pertes : je fais beaucoup de chaussures habillées, pour les cérémonies et des cérémonies, il n'y en a pas. Je vais perdre 40% de mon chiffre d'affaires. Et ce n'est pas rattrapable : on va tomber dans la période des soldes et après, ce sera la nouvelle collection. Je suis plutôt confiante. On a eu des aides de l'Etat qui nous permettent de continuer. Mais il ne faudrait pas qu'il y ait un nouveau confinement. Sinon, je ne sais pas si je pourrai tenir."

Le stock de printemps invendu

Egalement représentant de sa profession, Philippe Daquay sait que globalement l'année restera mauvaise : "En enfant, on a rattrapé un des deux mois perdus par le confinement. On ne va pas tout rattraper. Au niveau de la fabrication, c'est très difficile : j'ai quand même quatre fournisseurs qui ont disparu." Parmi eux, les Français JB Martin et Pellet : 

"La reprise se fait gentiment. Mais la vente de produits de printemps est perdue, explique Philippe Daquai. On fait actuellement la vente d'été qu'on aurait dû faire et elle se passe normalement. Mais pour la vente de produits de printemps, tout est resté en magasin et on ne l'a pas vendue. Il y aura sûrement de la casse parmi les vendeurs de chaussures : deux mois de chiffres d'affaires en moins, c'est deux mois de marge en moins. Et le domaine de la chaussure, ce n'est pas un secteur où on fait énormément de marge. Et on ne rattrapera pas."

Pour limiter les pertes, certains espèrent écouler leur collection du printemps l'année prochaine. Il reste par ailleurs les soldes retardés cette année au 15 juillet. 

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