Soissons : la vente aux enchères exposant des objets nazis finalement annulée

Samedi 9 janvier devait avoir lieu à Soissons une vente aux enchères proposant de nombreux objets datant de la Seconde Guerre mondiale. Parmi eux... des objets nazis Suite à la polémique la vente a été annulée mercredi 6 janvier. 

Ventes aux enchères (illustration)
Ventes aux enchères (illustration) © FTV

C'est en parcourant le site interenchères.fr, qu'un passionné  d'art, est tombé sur une multitude d'objets nazis. Ils sont exposés dans le cadre d'une vente aux enchères, prévue samedi 9 janvier à l'hôtel des ventes de Soissons. "Je vois d'abord une vente dite "Militaria". Il y a un casque français de la Seconde Guerre Mondiale, des uniformes français, jusque là tout va bien. Jusqu'à ce que je tombe sur des objets nazis. Des drapeaux, des bustes d'Hitler, des brassards nazis...", explique l'homme qui préfère rester anonyme. 

Parmi les objets proposés à la vente, des casquettes et  boucles de ceintures de Waffen SS, des dagues a l'effigie du IIIe Reich, des bustes en bronze de soldats allemands ou encore des journaux de propagande nazie. 

La vente et la possession d'objets nazis est encadrée par la loi

En France, la possession et la vente d'objets du IIIe Reich est soumise à l'article R645-1 du code pénal : "est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la 5e classe le fait, sauf pour les besoins d'un film, d'un spectacle ou d'une exposition comportant une évocation historique, de porter ou d'exhiber en public un uniforme, un insigne ou un emblème rappelant les uniformes, les insignes ou les emblèmes qui ont été portés ou exhibés soit par les membres d'une organisation déclarée criminelle en application de l'article 9 du statut du tribunal militaire international annexé à l'accord de Londres du 8 août 1945, soit par une personne reconnue coupable par une juridiction française ou internationale d'un ou plusieurs crimes contre l'humanité prévus par les articles 211-1 à 212-3 ou mentionnés par la loi n° 64-1326 du 26 décembre 1964".

S'il est autorisé d'être en possession et de vendre des objets nazi, il est cependant interdit de les exposer, même en photo. 

"Une fausse polémique"

Pourtant, pour Me Bruce Roellens, le commissaire-priseur qui organise la vente, "c'est une fausse polémique ! Il n'y a pas d'interdictions légales, on a fait attention à rester dans le cadre de la loi". Sur les photos, les croix gammées sont bien cachées. Les autres symboles du IIIe Reich comme l'aigle, ou encore le Totenkopf  (symbole des Waffen SS), sont eux, bien visibles. 

La plateforme Interenchères.fr a de son côté rappelé sa position : "La vente d'objets nazis est autorisée mais soumise à certaines restrictions. Leur exposition au public est prohibée et les insignes nazis doivent être masqués lors de leur publication sur notre site dans le cadre de la promotion de la vente". Suite au signalement, elle a demandé à Me Roellens de retirer les objets litigieux de la vente. 

"Ca reste des souvenirs historiques. On ne peut pas nier l'histoire, ajoute Me Bruce Roellens. D'autant plus que les acheteurs sont soit des musées, soit des collectionneurs. Il ne s'agit pas de nostagliques du IIIe Reich", assure-t-il. 

Une affirmation que contredit le passionné d'art qui a dénoncé cette vente. "Si cette vente était destinée aux musées, ils auraient organisé une vente de gré à gré". 

18 lots supprimés

Sentant la polémique monter, Me Bruce Roellens, habituellement spécialisé dans la vente d'objet de la Première Guerre mondiale, a tout de même supprimé "18 lots sur 400", admet-il. "J'ai l'impression d'être censuré et je pense que c'est un danger pour la mémoire. Que l'histoire soit bonne ou mauvaise, elle a existé". Les lots en question ne seront donc pas vendus et seront restitués à leur propriétaire. 

Pourtant, sur le site de la vente aux enchères, subsistent encore plusieurs objets. "On va tout faire pour annuler cette vente. Le CRIF ( Conseil représentatif des institutions juives de France) est sur le coup tout comme le célèbre historien, chasseur de nazis Serge Klarsfeld", affirme le passionné d'art qui a alerté.

Indignation du côté des associations juives

Mardi après-midi, le Bureau National de Vigilance contre l'Antisémitisme (BNVCA) a également publié un communiqué dénonçant cette vente."Des commissaires-priseurs peu scrupuleux n’hésitent pas à proposer des objets, bustes et autres « souvenirs » des nazis. Pour ce début d’année, déjà trois ventes annonçaient de tels objets : à Albi, Pamiers et Soissons".

Le BNVCA a assuré qu'il allait saisir le Préfet et le Procureur "pour que cesse non seulement le trouble à l’ordre public, non seulement l’apologie du nazisme mais surtout l’encouragement des minables qui voient dans les croix gammées un moyen de dissimuler leur immonde lâcheté". 

La vente finalement annulée

Et ils ont obtenu gain de cause. Mercredi 6 janvier, la vente a été annulée et n'est plus visible sur la plateforme Interenchères.fr. 

Ce n'est pas la première fois qu'une telle polémique éclate au sujet de la vente d'objets nazis. En 2018, des étoiles jaunes et un brassard nazi avaient été proposés à la vente sur le site Leboncoin.fr. Après une plainte du BNCVA, les annonces avaient été suuprimées. 

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