Belgique : deux journalistes jugées pour traite d'êtres humains après avoir aidé des migrants

En cause, un appel téléphonique sur écoute où l'une d'entre elle souhaitait faire passer un migrant mineur en Angleterre.

La journaliste Anouk Van Gestel a aidé des migrants qui logeaient au parc Maximilien de Bruxelles.
La journaliste Anouk Van Gestel a aidé des migrants qui logeaient au parc Maximilien de Bruxelles. © Youtube & MAXPPP
Deux journalistes belges sont jugées pour traite d'êtres humains en tant que membres d'une organisation criminelle, pour avoir hébergé des migrants, selon la RTBF. Le procès démarre ce lundi au tribunal correctoinnel de Termonde, près de Bruxelles

L'une d'entre elles, Anouk Van Gestel, est la rédactrice en chef de l'édition belge du journal Marie Claire. Membre de la plateforme citoyenne, elle accueillait des migrants. C'est en se renseignant pour faire passer l'un d'entre eux, un Soudanais de 17 ans, qu'elle dit avoir été repérée par la police.


"Mon erreur a été de téléphoner à mon amie Myriam qui, évidemment en tant que journaliste, connaissait plein de gens et a accueilli beaucoup de gens, dont probablement des passeurs" a-t-elle assuré à nos confrères. "Elle était sur écoute et je lui ai demandé si elle connaissait quelqu’un qui pourrait nous aider à faire passer Moha."

C’est véritablement un engagement personnel pour aider.


"Ils ont considéré que j'étais un passeur." Pourtant, la journaliste explique que non seulement le jeune homme n'est jamais parti, mais surtout qu'elle n'a pas gagné d'argent et n'avait pas l'intention d'en demander. "Au contraire ça me coûte de l’argent d’héberger, de donner à manger, d’aider, de donner des tickets de métro... C’est véritablement un engagement personnel pour aider."

Son domicile avait fait l'objet d'une perquisition en octobre 2017.  La police la suspecte également d'avoir hébergé des passeurs.


Que dit la loi belge ?


En France, on parle souvent de "délit de solidarité", un délit qui n'a pas d'existence juridique mais qui renvoie à "l'aide à l'entrée, au transit et au séjour irréguliers". Ce délit a été assoupli en avril (mais pas aboli pour autant) en exemptant ceux qui fournissent "des conseils et de l'accompagnement, notamment juridiques, linguistiques, ou sociaux, ou des prestations de restauration, d'hébergement, ou de soins médicaux destinées à assurer des conditions de vie dignes et décentes à l'étranger".

Les condamnations pour de tels délits sont plus rares en Belgique qu'en France. Un citoyen qui hébergerait des migrants sans volonté de les faire passer en Angleterre ne risque rien, même si un projet de loi devrait bientôt être examiné au Parlement belge pour autoriser les visites de domicile par la police, ce qui pourrait dissuader certains Belges d'offrir le gîte aux migrants.


Une "maladresse"


En revanche, les deux journalistes sont jugées pour traite d'êtres humains, en raison de l'appel au cours duquel Anouk Van Gestel a évoqué le passage du jeune migrant en Angleterre. Une "maladresse" avait-elle confié à nos confrères.

Le droit pénal belge définit la traite des êtres humains comme  "le fait de recruter, de transporter, de transférer, d’héberger, d’accueillir, de prendre ou transférer le contrôle exercé sur une personne" (article 433).

Toutes les deux risquent en tout cas jusqu'à 10 ans de prison, selon la RTBF.

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