En Belgique, la justice décide de poursuivre les auteurs de propos racistes sur Facebook, après un sauvetage de migrants

© MAXPPP & Capture Facebook
© MAXPPP & Capture Facebook

Des commentaires, en-dessous de la publication Facebook du média Focus & WTV, tombent sous le coup de la législation antiraciste belge. 

Par Q.V avec AFP

Le parquet d'Ypres en Belgique a annoncé mercredi avoir ouvert une enquête sur un déferlement de commentaires racistes sur la page Facebook d'un média, à la suite d'une opération de recherches de migrants qui tentaient de rejoindre les côtes anglaises.

"Laissez-les nager, ce n'est pas très loin et on en sera débarrassé", "Le plus important est de trouver le bateau": voilà quelques-uns des commentaires apparus sur la page du média local Focus & WTV après l'opération de police menée mardi matin sur la plage de La Panne, juste à côté de Dunkerque (Nord). D'autres migrants ont également été secourus au large de la Côte d'Opale.
 

La rédaction atenté de modérer mais s'est retrouvée submergée par le flot de commentaires : "Vous pouvez comparer notre travail de modérateur à un château de sable que vous construisez avec votre seau sur la plage, a expliqué Bart Coopman, chef de l'information à Focus-WTV. Soudain, la mer arrive et vous ne pouvez plus rien faire vous êtes inondé".
 

Législation antiraciste


Selon le parquet d'Ypres, il y aurait eu au total "quelques dizaines" de messages susceptibles de tomber sous le coup de la législation antiraciste du pays. 

"On va voir s'il est possible d'identifier ces personnes le plus vite possible", a déclaré Johan Lescrauwaet, porte-parole du parquet. L'enquête a été confiée à la police fédérale de Bruxelles qui dispose d'une cellule spécialisée sur la surveillance des réseaux sociaux, a-t-il précisé.

"C'est un signal important de dire que ce ne sera pas toléré", a précisé Johan Lescrauwaet. "Si nous décidons de poursuivre ces personnes, elles risqueront des peines allant d'un mois à un an d'emprisonnement et à une amende de 8000 euros. C'est déjà arrivé par le passé avec des messages de négationnisme sur internet."

Hilde Crevits, la ministre flamande de l'Économie et de l'Emploi, a soutenu cette réaction : "C'est tellement méprisable et triste. Ce n’est pas ma Flandre. Une réponse commune dépassant les partis est plus que nécessaire".  Le président de la N-VA (droite nationaliste flamande), Bart De Wever, estime, lui que "le mécontentement justifié à l'égard de la politique européenne d'immigration ne devrait jamais se transformer en ressentiment à l'égard des gens. Dans la nation flamande que nous voulons former ensemble, il n'y a pas de place pour le racisme".

 

Arrestations de passeurs présumés


Mardi les autorités belges avaient annoncé l'arrestation de cinq Iraniens et d'un Afghan (ce dernier en état d'hypothermie), victimes du chavirage de l'embarcation sur laquelle ils tentaient la traversée depuis La Panne.

Des opérations de recherches menées en mer et sur le littoral n'ont pas permis de retrouver huit autres migrants qui se trouvaient à bord avec eux. Ils ont visiblement réussi aussi à rejoindre le rivage, d'après plusieurs témoignages.

Deux Afghans soupçonnés de trafic d'êtres humains ont de plus été placés en détention provisoire dans le cadre de cette enquête, a annoncé de son côté le parquet de Bruges, mercredi également.

 

Distinguer "qui organise ou alimente la haine"


Selon Patrick Charlier, codirecteur d'Unia, organisme public belge de lutte contre les discriminations, les messages racistes sur la page Facebook de la télévision régionale rappellent ceux qui avaient surgi après l'incendie criminel d'un futur centre pour demandeurs d'asile, en novembre à Bilzen, également dans le nord néerlandophone de la Belgique.
 

"La question est de distinguer parmi les expéditeurs de tels messages qui sont les suiveurs et qui sont ceux qui organisent ou alimentent la haine", a dit M. Charlier. "Y a-t-il des gens parmi eux déjà identifiés comme faisant partie de groupuscules d'extrême droite ?", a-t-il interrogé.



 

Et en France ?

En France aussi, la loi punit l'incitation à la haine raciale, y compris via des propos tenus sur Facebook. "Le fait de pousser des tiers à manifester de la haine, de la violence ou de la discrimination à l'encontre de certaines personnes, en raison de leur religion ou de leur origine nationale ou ethnique, constitue une incitation à la haine raciale. Il s'agit d'un délit puni par la loi."

En revanche, les parquets français prennent très rarement la décision d'engager des poursuites contre les auteurs de ces messages. Les pages Facebook de France 3 ont été parfois confrontés à des flots de commentaires racistes ou insultants. Nous supprimons le plus rapidement possible ces messages et bannissons de nos pages leurs auteurs. 

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