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Centenaire 14-18 : les fusillés “pour l'exemple” aux abonnés absents des commémorations d'Emmanuel Macron

Les déserteurs étaient souvent fusillés pour exercer "un effet dissuasif sur les troupes". / © Mémoire des hommes
Les déserteurs étaient souvent fusillés pour exercer "un effet dissuasif sur les troupes". / © Mémoire des hommes

Cent ans après l'armistice, la question des fusillés "pour l'exemple" reste délicate pour la sphère politique. Qui sont ces soldats qui ont déserté le champ de bataille ? Acte antipatriotique ou courageux ? Emmanuel Macron, comme ces prédécesseurs, estime que cette question n'est pas de son ressort.

Par Margot Desmas

C'est un dossier qui refait surface chaque année lors des commémorations de la Grande Guerre : faut-il réhabiliter les fusillés "pour l'exemple" du conflit 1914-1918 ? Ces soldats qui ont refusé, un jour, d'aller au front malgré les ordres, ceux qui ont craqué devant l'horreur et les autres qui se sont mutinés.

Emmanuel Macron est actuellement dans les Hauts-de-France pour son "itinérance mémorielle". Il s'est rendu dans les principaux lieux commémoratifs de la région : l'Anneau de la Mémoire de Notre-Dame-de-Lorette, la nécropole franco-britannique de Thiepval, la clairière de l'Armistice à Rethondes... Mais le chef de l'Etat fait l'impasse sur la mémoire des fusillés "pour l'exemple".

 

Des questions, jamais d'intervention


Exécutés pendant la Grande Guerre, ils n'ont jamais été réhabilités. A leur nom n'est pas associée la mention "mort pour la France". Et jusqu'ici, aucun président de la République n'a fait exception à la règle. Aucun n'a honoré la mémoire de ces combattants, souvent fusillés pour créer un "effet dissuasif" sur les troupes, explique un rapport d'historiens.

Le document a été remis en 2013 au ministre délégué aux anciens combattants de l'époque, Kader Arif. François Hollande était alors chef de l'Etat et le gouvernement se montre plutôt favorable à la réhabilitation de ces combattants. Mais rien n'est fait pour y parvenir.
 

Au fil des quinquennats, le pouvoir politique n'ose pas prendre partie dans ce dossier délicat. Seul Lionel Jospin avait affirmé, en 1998, qu'il fallait honorer la mémoire de ces soldats. "Que ces soldats, « fusillés pour l'exemple », au nom d'une discipline dont la rigueur n'avait d'égale que la dureté des combats, réintègrent aujourd'hui, pleinement, notre mémoire collective nationale", déclarait alors le Premier ministre. Mais la déclaration est rapidement critiquée par le président Chirac qui rétropédale.

"La plupart étaient de bons soldats qui ne méritaient pas la mort", pointe cependant le rapport des historiens.

 

Peu de preuves


Mais si le pouvoir politique ne s'interpose pas, c'est qu'il est aujourd'hui difficile de se prononcer. Cent ans après le début du conflit mondial, peu de preuves restent sur les motifs qui ont poussé les officiers à fusiller ces soldats. De 20 à 25% des dossiers ont été perdus, principalement pendant la Seconde Guerre Mondiale, explique TV 5 Monde. Le risque : honorer la mémoire de soldats antipatriotiques.
 

Et il n'existe aucun cadre légal pour y procéder. De nombreuses questions se posent alors : faut-il réhabiliter tous les "fusillés pour l'exemple" ? Procéder au cas par cas ? Ou encore ne rien faire du tout ?

La première option est systématiquement rejetée par les présidents successifs. "On ne peut déclarer que Mata Hari, fusillée en exécution d'un jugement de conseil de guerre, soit morte pour la France", justifie-t-on.

Le cas par cas s'apparente, lui, a une démarche très lourde "d'un coût hors de proportion avec ses résultats probables. Refaire des procès cent ans après les faits n'a guère de sens", analyse encore le rapport des historiens.


 

"Pas un dossier politique"


Jusqu'ici, la dernière option est donc restée de mise. Et si l'élection d'Emmanuel Macron, qui a fait souffler un vent de renouveau, s'annonçait prometteuse pour faire avancer ce dossier délicat, une nouvelle fois, il n'en a rien été.
 

"Vous soulevez à nouveau une demande ancienne, plusieurs fois exprimée sous différentes formes, d'une réhabilitation collective des fusillés. Pour autant, il ne peut, aujourd'hui pas plus qu'hier, y être répondu favorablement. Il ne s'agit en effet pas d'un sujet politique, qui donnerait lieu à des réponses différentes selon les gouvernements et les chefs de L’État", réaffirme le chef de cabinet du président dans un courrier à d'Eric Viot, historien auteur du livre Fusillés non réhabilitésque s'est procuré TV 5 Monde.

Le centenaire de la Grande Guerre ne permettra donc pas de mettre fin à la question de la réhabilitation des fusillés "pour l'exemple". Pourtant, le rapport des historiens ajoute encore que "un large consensus existe dans notre société pour estimer que la plupart n'étaient pas des lâches" mais de "bons soldats, qui avaient fait leur devoir et ne méritaient pas la mort".

 

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