Convention Région/SNCF : les collectifs d'usagers des TER pas totalement satisfaits

La nouvelle convention entre le Conseil Régional des Hauts-de-France et la SNCF sera appliquée jusqu'en 2024. / © FTV
La nouvelle convention entre le Conseil Régional des Hauts-de-France et la SNCF sera appliquée jusqu'en 2024. / © FTV

Après près de deux ans de négociations, le conseil régional des Hauts-de-France et la SNCF ont signé la nouvelle convention TER. Ce contrat fixe les conditions de transport sur les lignes régionales TER.

Par J.Alberts et G.Giraudeau

Les négociations auront duré pratiquement deux ans entre le conseil régional des Hauts-de-France et la SNCF. Au final, avec presque un an de retard, un document de plus de 200 pages qui fixe les modalités commerciales et les conditions de transport des 200 000 usagers quotidiens des TER dans notre région a enfin été signé.

Ce contrat entre le conseil régional, qui a la responsabilité des transports régionaux, et son prestataire la SNCF couvre la période 2019-2024. Pour la région, ce contrat représente un budget d’environ 500 millions d’euros par an, soit 3 milliards d’euros sur la durée du contrat. Le fait le plus marquant de cette nouvelle convention, c'est l'ouverture à la concurrence de 20% de l'offre régionale des TER à partir de 2023.
 

La bonne nouvelle, c'est que la convention ne prévoit aucune fermeture de ligne ou de gare. Les guichets aussi ne seront pas supprimés. Mais attention, dans une grande gare, à Amiens par exemple, où il y a plusieurs guichets, la SNCF peut n’en garder qu’un ou deux. Les Agents du Service Commercial Train, les contrôleurs, ne disparaîtront pas, comme c’est le cas dans d’autres régions. Excepté sur la ligne Paris/Beauvais : la SNCF n'entend pas revenir sur cette expérimentation.
 

Les grands axes 

L’ambition affiché du Conseil Régional, c'est l'amélioration du service public de transport. L’offre de transport va augmenter de 4% de km/train. Mais cette augmentation n’est pour l’heure validée que pour 2020. Rien dans la convention ne confirme qu’elle se poursuivra les années suivantes. La Région et la SNCF se sont donné également pour objectif une augmentation du nombre de voyageurs de près de 10% en six ans.

Enfin, cette convention étend le système de bonus-malus qui existait dans la convention Picardie/SNCF aux cinq départements des Hauts-de-France. La compagnie ferroviaire devra indemniser les usagers en cas de retards répétés à hauteur de 20%. Mais avec un bémol : seuls les abonnés seront indemnisés. Alors que jusqu’à maintenant, en Picardie, tous les usagers étaient remboursés.

Les fiches horaires dans les gares et les points d’arrêts sont définitivement supprimés. C’était déjà le cas, mais la convention semble entériner cette situation : le papier disparaît au profit de l’information sur smartphone… Aux dépends de ceux qui n’en ont pas.

Enfin, le vélo. La convention Nord-Pas-de-Calais/SNCF actait l’importance de laisser les usagers monter avec leur bicyclette. C’est fini. Mais le vélo pourrait faire partie des points qui seront traités dans des conventions spécifiques.
 


Les collectifs d'usagers pas complètement satisfaits

Les collectifs d'usagers ont été conviés il y a trois semaines à une réunion de présentation au conseil régional à Lille. Nora Muller, fondatrice du collectif SNCFVamtuer, y a assisté. "On sent que la région a envie que ça marche, que ça s'améliore. On sent qu'on est plus écoutés, note cette passagère quotidienne entre Creil et Amiens. On a un vice-président aux transports qui ne manie pas la langue de bois et ça, ça fait du bien. Ils n'ont pas les réponses mais ils ne font pas semblant de les avoir. Ils ont l'honnêteté de dire quand ils n'y arrivent pas. Et ça permet une meilleure communication."
 

On a le sentiment d'être respectés et l'impression qu'ils ont envie d'essayer. Nora Muller, collectif SNCFVamtuer

 


Pas d'amélioration sur les rames

Mais la nouvelle convention n'est pas parfaite à ses yeux. Nora Muller regrette qu'il n'y ait pas plus de place accordée aux vélos par exemple "alors que c'est un mode de transport complémentaire de plus en plus utilisé". Idem pour les usagers réguliers en situation de handicap : si un accueil spécifique peut être mis en place pour les voyages ponctuels à condition de l'avoir réservé 24 heures à l'avance, rien n'est vraiment prévu pour les trajets quotidiens.
 

Les rames qui circulent aujourd'hui ne sont pas adaptés aux voyageurs qui travaillent.


Très attachée au concept du triple A "Assis, À l’heure, Averti", inventé par le collectif et largement repris par le conseil régional, Nora Muller note la faille la plus importante de cette convention : "On aurait aimé que les associations soient impliquées notamment dans le choix du matériel roulant : les rames qui circulent aujourd'hui ne sont pas adaptés aux voyageurs qui travaillent. Il n'y a rien de prévu pour les ordinateurs, pas de porte-manteaux, pas de porte-bagage. Les sièges sont trop étroits parce qu'il faut gagner de la place. Et on aimerait aussi être avertis sur la composition du train. Ce qui n'est actuellement pas le cas. On aimerait que composition des trains et heures de pointe coïncide davantage."
 
 

Le service, variable d'ajustement

"On a besoin de services et donc de personnels en gare et dans les rames. Pour avoir des informations et qu'on sente qu'on n'est pas laissés à nous-mêmes. Mais c'est la variable d'ajustement de la SNCF."
 

Bernard Vincent, de l'association d'usagers Les indignés du rail 80, déplore également que les usagers n'aient pas été consultés : "c'est vrai que pendant deux ans, il y a eu de l'écoute, notamment de la part de la région. Mais on a demandé à participer aux discussions et on a reçu une fin de non-recevoir, explique-t-il. Avec la précédente présidence, on avait été impliqués dans la rédaction du document. On avait même réussi à faire changer des choses. Ça n'a pas été le cas cette fois-ci."
 

Les élus veulent privilégier les TGV parce que ça rapporte de l'argent. Bernard Vincent, Les indignés du rail 80


Pour lui, le gros point noir reste la composition des trains : "il y a encore trop de trains courts, avec peu de wagons pendant les heures de pointe. Résultat : on voyage debout", raconte Bernard Vincent.

Autre souci de taille pour lui : "les élus veulent privilégier les TGV parce que ça rapporte de l'argent. Mais on a besoin de trains réguliers." Et de conclure : "la région a fait des efforts. Elle a mis des moyens. Ça va dans le bon sens de ce côté là. Mais c'est avec la SNCF que nos rapports sont compliqués : on ne peut plus discuter directement avec eux sans qu'ils ne nous renvoient vers le conseil régional".

Sur les réseaux sociaux, les plaintes des usagers tournent essentiellement autour de la faible qualité de service : 
 
 
Avec plus de 2800 km et 32 lignes de trains régionaux, la région Hauts-de-France est l'une des régions au maillage le plus dense. Plus de 1200 TER s'arrêtent chaque jour dans l'une des 363 gares desservies. 
 

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