Covid-19 : il n'y a jamais eu autant de patients en réanimation depuis le début de l’épidémie dans les Hauts-de-France

Au 23 mars 2021, 600 patients Covid occupent des lits de réanimation dans les Hauts-de-France, un record depuis le début de la pandémie. Les nouvelles restrictions pourraient produire des effets dans une quinzaine de jours sur les contaminations, et dans un mois sur les hospitalisations.

Des soignants s'apprêtent à retourner un patient Covid dans le service de réanimation de l'hôpital Avicenne, à Bobigny.
Des soignants s'apprêtent à retourner un patient Covid dans le service de réanimation de l'hôpital Avicenne, à Bobigny. © BERTRAND GUAY / AFP

Triste record. Il n’y a jamais eu autant de patients hospitalisés pour la Covid-19 dans les hôpitaux des Hauts-de-France. Même constat dans les services de réanimation de la région, où le nombre de patients occupant un lit n’a jamais été aussi élevé depuis le début de la crise sanitaire, il y a un an. 

Parallèlement, le virus circule toujours activement dans la région, notamment dans le département du Pas-de-Calais où l’épidémie semble hors de contrôle. "Nous allons devoir faire face à cette vague pendant deux à trois semaines encore", prévient l’épidémiologiste au CHU de Lille Philippe Amouyel, si et seulement si les mesures restrictives mises en place dans le cadre du troisième confinement portent leurs fruits.

600 patients en réanimation dans les hôpitaux des Hauts-de-France

Au 23 mars 2021, 600 patients sont accueillis simultanément dans les services de réanimation des hôpitaux de la région. Avant l’épidémie, on dénombrait 440 lits dans les hôpitaux des Hauts-de-France. Pour faire face à l'afflux de patients, l’Agence Régionale de Santé adapte depuis un an la capacité des hôpitaux au jour le jour en demandant l’ouverture de lits supplémentaires, nécessitant de déprogrammer de nombreuses opérations pour réorienter le personnel soignant vers les services de réanimation. 

Aujourd’hui dans la région, 900 lits de réanimation sont armés, soit un niveau inégalé depuis le début de la crise. Tous sont quasiment occupés, par des patients Covid mais également des patients présentant d’autres pathologies. À cela s’ajoute la fatigue des soignants. "On ne peut plus dire qu’on va ouvrir des lits mais il faut trouver du personnel, des infirmiers, des aides-soignants, des médecins, explique Patrick Goldstein. Nous avons aujourd’hui un absentéisme majeur que nous n’avions jamais eu depuis le début de la crise".

Au centre hospitalier de Valenciennes par exemple, une de nos équipes a passé la journée du mardi 23 mars dans le service de réanimation. 18 des 19 lits du service Covid sont occupés, et la saturation dure depuis plusieurs semaines déjà, car les malades Covid restent en moyenne trois semaines dans le service, contre une pour les autres pathologies. 

"À chaque fois qu’on a une sortie de patient, on a une entrée qui suit dans les deux heures. Ça nous laisse juste le temps de pouvoir réaliser le bionettoyage de la chambre pour pouvoir accueillir un patient nécessitant une place de réanimation".

Marie-Dolores Clery, cadre de santé au CH de Valenciennes

Marie-Dolores Clery, cadre de santé, raconte. "À chaque fois qu’on a une sortie de patient, on a une entrée qui suit dans les deux heures. Ça nous laisse juste le temps de pouvoir réaliser le bionettoyage de la chambre pour pouvoir accueillir un patient nécessitant une place de réanimation"

Ici comme dans toute la région, les soignants affirment avoir vu l’âge des patients admis en réanimation baisser depuis le début de l’année. À Valenciennes, le plus jeune est âgé de 45 ans. Une tendance confirmée par le professeur Philippe Amouyel, épidémiologiste et professeur de santé publique au CHU de Lille, au micro de France Inter. "On s’est rendu compte d’un rajeunissement correspondant à une diminution de 5 à 6 ans en moyenne de l’âge d’entrée en réanimation". Lors de notre tournage, un patient du service de réanimation atteint du Covid est décédé. 

Pour faire face, les professionnels de santé tentent de trouver un équilibre fragile fait de transferts incessants d’un hôpital à l’autre en fonction de la gravité des cas à la fois dans la région, mais également au-delà des Hauts-de-France puisque la saturation est désormais généralisée à l’ensemble des établissements des cinq départements.

Depuis le début de l’année, une quarantaine de patients ont été transférés depuis Lille, Dunkerque, Amiens, Lens ou encore Beauvais en dehors de la région, majoritairement vers la Bretagne. L’objectif est d’assurer une marge de sécurité dans les différents établissements en laissant au moins un lit vide afin de pouvoir accueillir des malades en urgence.

Une hausse des hospitalisations qui entraine des déprogrammations 

Même constat pour les hospitalisations. Au 23 mars 2021, 3 271 patients sont pris en charge dans les établissements de la région pour la Covid-19. C’est 800 de plus que lors de la première vague au printemps dernier. 

Lorsqu’on zoome et qu’on analyse ces données à l’échelle départementale, il existe des disparités au sein même de notre région. Bien que le nombre de patients hospitalisés pour la Covid-19 soit très important dans le Nord (1 366 au 23 mars 2021), il n’atteint pas encore le pic enregistré à l’automne dernier, lors de la deuxième vague (1 692 au 17 novembre 2020). Pourtant, au CHU de Lille, on déprogramme en masse depuis une quinzaine de jours "de l’ordre de 30 à 40 %", explique le professeur Amouyel.

Dans le Pas-de-Calais voisin, la situation n'a jamais été aussi critique avec 850 patients actuellement hospitalisés pour Covid-19, soit quasiment le double du printemps dernier. Les hôpitaux débordent et tentent de s’adapter au jour le jour pour accueillir tous les malades. Au centre hospitalier de Lens par exemple, tous les lits de réanimation sont occupés et le nombre de patients hospitalisés pour la Covid a atteint un record cette semaine, entraînant l'ouverture de lits supplémentaires et la déprogrammation d’environ 50 % des opérations.

Même constat à l'hôpital de Calais, submergé par la troisième vague. Florence Blanckeman, cadre de santé, déplore "beaucoup plus de décès qu'à la première vague". Pour preuve, il n'y avait eu qu'un mort du Covid dans l'établissement au printemps dernier, contre 36 déjà depuis début janvier.

Au CHU d’Amiens, 30 % de l’activité programmée au mois de mars a du être décalée pour disposer de moyens matériels et humains nécessaires afin d’augmenter la capacité de prise en charge des patients. La quasi-totalité des 74 lits réservés aux patients Covid sont occupés et la situation devient critique.

Un virus qui circule activement

Au regard de la saturation des hôpitaux, les cinq départements des Hauts-de-France sont de nouveau soumis à un confinement depuis le week-end dernier, et pour quatre semaines minimum. Avec un taux d’incidence de 440 cas positifs pour 100 000 habitants, la région dépasse très largement le seuil d’alerte maximale fixé par les autorités. 

Dans le département de l’Oise, il est passé de 300 à 440 en moins de trois semaines. Même constat dans le Pas-de-Calais, où le taux d’incidence frôle désormais les 500 cas pour 100 000 habitants, malgré les restrictions le week-end instaurées au début du mois de mars.

Sur la semaine du 13 au 19 mars 2021, seules 7 des 93 intercommunalités des Hauts-de-France enregistrent un taux d’incidence inférieur au seuil d’alerte maximal fixé à 250. Cependant, des disparités existent entre les territoires. Autour de Dunkerque par exemple – épicentre de la propagation du variant anglais, considéré comme plus contagieux – les contaminations explosent et gagnent petit à petit du terrain partout dans la région, où le variant a remplacé la souche originelle et représente plus de 75% des cas positifs détectés.

Dans l’Oise, les villes de Creil et de Senlis sont particulièrement exposées, alors qu’elles se situent à la frontière avec le département voisin du Val-d’Oise qui enregistre un taux d’incidence supérieur à 600.

Quand les restrictions vont-elles avoir un effet ? 

Il est beaucoup trop tôt pour déceler les premiers effets des nouvelles mesures mises en place le week-end dernier. "Si les gens les respectent, elles auront un effet sur taux d’incidence dans 15 jours", précise Patrick Goldstein. Une baisse des cas positifs qui aura un impact sur les hospitalisations 15 jours plus tard. "Quoi qu’il advienne, le mois d’avril va être d’une véritable complexité. Et pour que ce ne soit pas comme ça au mois de mai, il faut être très prudent".

Cependant, il faut garder espoir, dit-il, car "on va s'en sortir grâce à la vaccination". Dans les Hauts-de-France, 798 359 injections ont été réalisées au 23 mars 2021 et 173 764 personnes ont bénéficié de 2 doses du vaccin depuis le début de la campagne de vaccination. Soit 2,73% des habitants de la région.

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