Entretien avec Jacky Kulik : “Je veux que Willy Bardon soit puni à la mesure de l’horreur qui a été commise”

A presque 70 ans, Jacky Kulik vit désormais à Violaines, dans le Pas-de-Calais. / © A. Barège / FTV
A presque 70 ans, Jacky Kulik vit désormais à Violaines, dans le Pas-de-Calais. / © A. Barège / FTV

Un mois avant l’ouverture du procès de Willy Bardon, meurtrier présumé d’Elodie Kulik, nous avons pu nous entretenir avec le père de la victime. 17 ans après le drame, Jacky Kulik se dit soulagé et prêt à affronter les Assises. 
 

Par MCP avec PG.C

Chaque matin, Jacky Kulik publie un décompte sur sa page facebook. "J-33, J-32". Patiemment, il égrène les jours qui le séparent de l’évènement qu’il attend depuis 17 ans : le procès aux assises de Willy Bardon, l’homme soupçonné d’avoir tué sa fille Elodie en 2002. 

Dans sa maison située à Violaines, dans le Pas-de-Calais,  le père de famille qui fêtera ses 70 ans en janvier prochain a accepté de nous donner sa dernière interview avant le procès.

France 3 Picardie: Comment vous sentez-vous avant le procès qui débutera le 21 novembre à Amiens ?

Jacky Kulik : "Je me prépare, je me concentre pour arriver en pleine forme au procès. Je sais que ça va être difficile mais je sais à quoi m’attendre car cela fait 17 ans que je vis avec. Quelque part, cela va me soulager. J’avais promis à ma fille et à mon épouse que je traduirais les coupables devant une cour d’assise. Cela va se réaliser donc j’ai fait mon travail".


Comment vous êtes-vous préparé pour ce procès ?

"J’ai assisté à plusieurs procès aux assises pour prendre la température d’une salle d’audience. Je suis allé à Lille et à Douai pour voir comment cela pouvait se passer. J’ai aussi été repérer les lieux à Amiens et je suis allé voir comment plaidait l’avocat de Willy Bardon. Aujourd’hui, je suis prêt"
 

Est-ce que vous redoutez un moment particulier ?

"Je sais qu’il y aura des moments pénibles, notamment lorsqu’on entendra l’appel au secours d’Elodie. On entend beaucoup les cris d’Elodie, c’est épouvantable. A l’écoute, on se rend compte qu’elle sait ce qui va lui arriver. Cela va être difficilement soutenable et je redoute que mon fils entende cette bande, je voudrais lui épargner cela. Autant qu’il parte avec sa sœur qui chante en tête, elle qui chantait tellement bien. Mais du reste je veux que ce soit entendu par les jurés parce qu’ils auront une idée plus précise de ce qu’a pu subir Elodie. Cet enregistrement est un élément essentiel du dossier car notre accusation repose sur la reconnaissance vocale de Willy Bardon."

Qu’attendez-vous de ce procès ?

"Je veux que Willy Bardon soit puni à la mesure de l'horreur qui a été commise. Cela fait 17 ans que je souffre. Lui, il a eu au moins 10 ans de tranquillité, de calme. Maintenant je voudrais qu’on le laisse moisir au fond d’une cellule."

Qu’attendez-vous de Willy Bardon ?

"J’aimerais bien qu’il explique comment ça s’est passé. Le scénario que j’ai en tête n’est pas forcément le bon. Mais je n’attends rien de sa parole. Je l’ai eu devant moi, à trois mètres, quand on est allé sur les lieux du crime en 2013. Ça aurait été l’occasion pour lui, qui se dit innocent, de se tourner vers moi et de me dire qu’il n’était pas là le jour du crime. Il n’a jamais osé affronter mon regard ni me parler." 
 


Willy Bardon a un casier judiciaire vierge et sa présence sur les lieux ne tient qu’à une voix dans l’enregistrement de l’appel au secours d’Elodie. Etes-vous convaincu de sa culpabilité ?

"Pour moi, c’est la voix de Willy Bardon. Si on l’entend, c’est qu’il y était. Les enquêteurs sont unanimes : il y a deux voix. Lorsque la petite amie de Grégory Wiart [ndlr : le violeur de la victime] est interrogée et qu’on lui fait écouter la bande son, elle dit bien que là c’est Bardon et là c’est Wiart. Pour reconnaître une voix, rien n’est plus parlant que de la soumettre à des connaissances. Et en garde à vue, 7 personnes sur 5 reconnaissent la voix. En plus, Bardon était un grand ami de Grégory Wiart même s’il s’en défend actuellement. Ils faisaient des virées nocturnes et du 4x4 ensemble. Et puis, pourquoi brûler un corps si ce n’est pour faire disparaître toutes les preuves ? Bardon était assez malin pour le faire."

Que voulez-vous que l’on retienne lors de ce procès ?

"Je voudrais qu’on retienne les vides que cela a créé dans ma vie. Quand c’est arrivé, mon épouse a attenté à ses jours et elle a été hospitalisée pendant 9 ans et demi dans un coma. Quand j’ai perdu ma fille, j’ai aussi perdu ma femme. J’ai tout perdu. Heureusement qu’il me reste un fils et qu’il m’a donné une petite fille. Il faut s’accrocher."


Quels souvenirs gardez-vous de votre fille Elodie ?

"C’est une fille qui avait tout pour elle avec une carrière magnifique qui s’annonçait. A 24 ans, elle était la plus jeune directrice d’agence bancaire en France. Elle était jolie, souriante. Je ne lui trouvais aucun défaut, même en cherchant bien. Pour moi elle n’avait que des qualités."

Qu’allez-vous faire après les Assises ?

"Après le procès je vais souffler un peu, je ferais un voyage à l’étranger. Je serai soulagé même s'il y aura certainement un procès en appel. Ce sera l'occasion pour Bardon de sortir 15 jours de sa maison d'arrêt mais je suis préparé à ça". 


Ces propos ont été recueillis par Pierre-Guillaume Creignou et Aurélien Barège. Retrouvez-ci dessous notre reportage complet sur l'affaire Elodie Kulik avec le témoignage de son père : 
 
Entretien avec Jacky Kulik : « je veux que Willy Bardon soit puni à la mesure de l’horreur qui a été commise »
Un reportage de Pierre-Guillaume Creignou, Aurélien Barège, Maxime Milluy et Nicolas Duchet. Avec Jacky Kulik, père d'Elodie ; Didier Robiquet, avocat de Jacky Kulik ; Georges Charrières, journaliste au Courrier Picard ; Fabrice Debard, gendarmerie de la Somme groupe enquête 'Elodie Kulik' ; Stéphane Dacquo, avocat de Willy Bardon.




 

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