Gérald Darmanin accusé de viol et d'abus de faiblesse : ce que l'on sait sur ces affaires

Gérald Darmanin, le 31 janvier 2018 / © LUDOVIC MARIN / AFP
Gérald Darmanin, le 31 janvier 2018 / © LUDOVIC MARIN / AFP

Le ministre et ancien maire de Tourcoing Gérarld Darmanin fait l'objet de deux plaintes déposées ces dernières semaines. Pourquoi ces plaintes ? Qui sont les plaignantes ? Où en sont les enquêtes ? Comment réagit M.Darmanin ? Quelles conséquences politiques ? On fait le point.

Par France 3 Nord Pas-de-Calais

Pourquoi deux femmes ont-elles porté plainte contre le ministre Gérald Darmanin ?


La première plainte date du 22 janvier et elle a immédiatement entraîné l'ouverture d'une enquête par le Parquet de Paris. Une enquête sur une accusation de viol visant Gérald Darmanin pour des faits présumés remontant à 2009. Une plainte avait été déposée pour les mêmes faits en juin 2017. Classée sans suite en juillet.


La deuxième plainte a été déposée au 1er district de la police judiciaire parisienne, pour abus de faiblesse. "La plaignante a expliqué qu'elle occupait un logement insalubre", selon Le Point. "Elle a demandé à être relogée et c'est à ce moment-là que Gérald Darmanin lui aurait fait des avances" à caractère sexuel au cours des années 2015 et 2016, selon les informations du journal, confirmées par une source proche du dossier.

Gérald Darmanin, visé par une enquête pour abus de faiblesse, dénonce une “nouvelle calomnie”

Qui sont les deux femmes qui ont porté plainte ? 


La première plainte a été déposée par Sophie Spatz. Cette femme de 46 ans, ancienne call-girl, s'était adressée en 2009 à M. Darmanin, alors jeune chargé de mission au service des affaires juridiques de l'UMP, pour tenter de faire annuler une condamnation prononcée à son encontre en 2004 pour des faits de chantage à l'égard d'un de ses anciens compagnons. Elle avait déjà été l'origine de l'ouverture d'une enquête préliminaire lorsqu'elle avait formellement déposé plainte contre M. Darmanin en juin 2017. Mais elle avait alors refusé de répondre aux convocations des enquêteurs, contraignant le parquet à ordonner un classement sans suite. "Elle ne voulait pas y aller toute seule et elle subissait une intimidation de la part de son entourage", avait expliqué fin janvier à franceinfo son avocate actuelle, Elodie Tuaillon-Hibon.

Au journal Le  Monde, la plaignante en a dit plus sur la plainte qu'elle a déposée.  : "Gérald Darmanin me dit qu’il va faire le maximum. Je suis aux anges. A un moment, il s’approche de moi, il met sa main sur la mienne : 'Il va falloir m’aider vous aussi' (...) Je ne suis pas une gamine, j’ai compris tout de suite." Elle raconte également avoir accompagné M.Darmanin dans un club libertin puis dans un hôtel, où elle affirme avoir eu un rapport sexuel non consenti. Selon son avocate, Sophie Spatz "aurait manifesté clairement et sans ambiguïté, même si c’était de manière courtoise et avec tact, qu’elle ne souhaitait pas se plier aux sollicitations sexuelles de monsieur".

La plaignante et Gérald Darmanin ont échangé des SMS, entre 2009 et 2012. Dans l'un des messages, Sophie Spatz écrit : "Quand on sait l'effort qu'il m'a fallu pour baiser avec toi ! Pour t'occuper de mon dossier." L'homme, dont le numéro correspond selon Le Monde à celui du ministre, répond : "Tu as raison je suis sans doute un sale con. Comment me faire pardonner ?

Gérald Darmanin visé par une accusation de viol

Une enquête préliminaire a été ouverte contre le ministre du budget après le dépôt d'une plainte pour viol par Sophie Spatz, pour des faits remontant à 2009. La confidence a surpris, mais a-t-elle vraiment été comprise ? L'entretien touchait à sa fin, lundi 15 janvier, sur France Info.



Selon une source proche de l'enquête, la seconde plaignante est une habitante de Tourcoing (Nord), ville dont le ministre était maire jusqu'à il y a quelques mois (il est désormais adjoint). Selon nos informations, elle a pris contact il y a quelques jours avec la même avocat que Sophie Spatz, Me Elodie Tuaillon-Hibon. Son dossier est finalement suivi par un autre avocat, qui ne souhaite pas communiquer pour l'instant.

Où en sont les enquêtes ? 


Dans la première affaire, la plaignante a été entendue courant janvier. Gérald Darmanin a, lui, a été entendu ce lundi 12 février par les enquêteurs dans le cadre d'une "audition libre". 

Dans la deuxième affaire, seule la plaignante a été entendue pour son dépôt de plainte. 

Dans les deux cas, les investigations policières n'en sont qu'au début. C'est au terme de ces enquêtes que le parquet décidera d'entamer des poursuites ou de classer les affaires.

Que dit Gérald Darmanin de ces deux plaintes ? 


Avant même que la première plainte soit rendue publique, Gérald Darmanin avait révélé avoir fait l'objet d'une dénonciation. Un courrier envoyé par Pierre Spatz, le mari de la plaignante : « C’était un homme qui écrivait, qui m’accusait d’abus de faiblesse, d’abus de pouvoir, voire de viol."
Gérald Darmanin révèle avoir été accusé d'abus de faiblesse, "voire de viol", après sa nomination à Bercy, une enquête classée sans suite


Après la publication par Le Monde d'un article sur la plainte, l'avocat de Gérald Darmanin, avait évoqué des "intentions de nuire". "Mme Spatz et moi-même nous élevons avec la plus grande véhémence contre les supposées intentions qui lui sont prêtées a posteriori. Ces allégations sont dénuées de fondement matériel et elles violent également la logique chronologique du dossier", avait réagi immédiatement Me Elodie Tuaillon-Hibon, l'avocate de la plaignante. "Mme Spatz souhaite que les services enquêteurs puissent faire leur travail sereinement, que tous les témoins présents dès 2009 soient entendus, ce afin que justice soit rendue", a-t-elle simplement ajouté.

Dans une autre interview au magazine "Charles". Il avait répondu à question sur le portrait que dressait de lui des femmes qui le cotoyent ("Un dragueur, un dragueur lourd, même.." : "Est-ce que j'ai pu être léger, est-ce que j'ai pu envoyer des SMS un peu lourds, est-ce que j'ai déjà pris des vents ? La réponse est oui. La libération de la parole, c'est très important, ça mène à l'introspection. J'ai sans doute dû ne pas être très fin. Mais [ce genre d'attaque personnelle], ça vous touche très personnellement. C'est sans doute ce qu'il faut vivre quand on est un homme politique. Avoir le cuir épais."

A la suite de la deuxième plainte, le ministre a cette fois parlé de calomnie : "J'ai pris connaissance de cette nouvelle calomnie contre moi sur le site du Point comme tout un chacun. Je ne sais pas qui et de quoi on m'accuse! Je n'ai rien à me reprocher", déclare M. Darmanin à La Voix du Nord. "Le Point indique qu'il s'agirait d'une habitante cherchant un logement, mais des centaines de personnes font des demandes de logement chaque année dans les permanences du maire et actuellement, à Tourcoing, 5.000 personnes sont en attente d'un logement social. Notez que, par ailleurs, je n'ai jamais été membre d'une commission d'attribution !".

Quelles conséquences politiques ? 


Ces affaires intervient en pleine vague de dénonciations de comportements passés ou actuels d'hommes puissants, dans le sillage de la chute d'Harvey Weinstein. Nicolas Hulot, ministre de l'Ecologie, a également été visé la semaine dernière. Les questions politiques posées par ces plaintes sont nombreuses. 

A la suite de la première plainte, le gouvernement avait fait bloc derrière Gérald Darmanin. Matignon avait fait savoir que M. Darmanin, ancien membre de LR passé à LREM, conservait "toute la confiance" d'Edouard Philippe. L'entourage du Premier ministre avait même précisé que "M. Darmanin a été d'une totale transparence vis-à-vis des faits". Une pétition lancée par des féministes et quelques personnalités LR demandaient alors la démission du ministre. Dans l'opposition, l'ancienne ministre PS de la Famille et actuelle sénatrice, Laurence Rossignol, s'était montrée critique, jugeant l'affaire "embarrassante" pour le ministre mais aussi pour le gouvernement, qui a mis l'égalité hommes/femmes au "premier plan".

La deuxième plainte n'a pas changé la donne mais les messages de soutien semblent désormais plus nuancés. Le Premier ministre Édouard Philippe a par exemple appelé à respecter "la parole du plaignant" comme "la présomption d'innocence". Il a également rappelé la règle : "Un ministre peut rester au gouvernement tant qu'il n'est pas mis en examen".

Le délégué général de LREM Christophe Castaner a appelé à laisser le ministre "faire son travail". Sur RTL, jeudi 16, il a déclaré que "c'est agréable pour personne, à commencer par Gérald Darmanin, qu'on jette en pâture parce qu'il a fait l'objet d'une dénonciation."

La secrétaire d'État à l'Égalité des femmes et des hommes Marlène Schiappa a également appelé jeudi soir à "laisser la justice travailler".


"Je suis concentré sur mon travail de ministre et rien ne me fera dévier", a assuré ce jeudi M. Darmanin, en marge d'une conférence sur la dépense publique organisée par la Fondation Concorde.

A lire aussi

Sur le même sujet

Coupe Davis : comment l'équipe de France se prépare-t-elle au Stade Pierre-Mauroy ?

Les + Lus