Grande-Synthe : quatre bénévoles de l'association d'aide aux exilés Utopia 56 arrêtés lors de l'évacuation d'un camp

Ce vendredi 24 avril, quatre bénévoles de l'association Utopia 56 ont été arrêtés lors d'une opération de démantèlement et de mise à l'abri à Grande-Synthe. Ils ont finalement été relâchés. Une des avocates dénonce une volonté d'intimider ces bénévoles.

Lors du démantèlement du camp de la Linière à Grande Synthe, quatre bénévoles ont été arrêtés puis placés en garde à vue avant d'être relâchés.
Lors du démantèlement du camp de la Linière à Grande Synthe, quatre bénévoles ont été arrêtés puis placés en garde à vue avant d'être relâchés. © YOAN VALAT/EPA/Newscom/MaxPPP
Venus pour "faire un point sur les besoins des personnes sans abri présentes au camp de la Linière à Grande-Synthe", quatre bénévoles dont la coordinatrice locale Laure Pichot, ont été interpellés par les forces de l'ordre présentes pour une opération de mise à l'abri. Après "9 heures de garde à vue", ils ont été relâchés sans que des poursuites ne soient engagées contre eux.

Deux motifs ont été retenus contre les bénévoles pour justifier de l'interpellation : l'atteinte à l'autorité de la justice par discrédit d'une décision de justice et la complicité de la mise en danger de la vie d'autrui. Des motifs non recevables pour Me Noémie Saidi Cottier, membre de l'Alliance des avocats pour les droits de l'homme, qui a défendu deux des bénévoles : "Les garde à vues ont été levées à la fin de journée sans qu'une suite ne leur soit donnée. J'ai eu l'impression qu'on avait cherché, après coup, des infractions à caractériser car on les avait embarqué pour rien."
 


Des motifs d'interpellation "incohérents"


Le communiqué de presse en soutien à ces bénévoles signé par de nombreuses associations d'aide aux migrants, revient sur ces motifs d'interpellation jugés "incohérents".
 
"Il nous est reproché d'avoir critiqué la décision d'expulsion dont nous avions pourtant pas connaissance", est-il écrit. Laure Pichot, présente et interpellée elle aussi ce vendredi 24 avril explique que la délocalisation d'Utopia 56 à Grande-Synthe est très récente. "On a contesté simplement ce motif en expliquant que l'association était présente sur Grande-Synthe depuis seulement une semaine. D'autant que, lorsqu'on s'est présenté au camp et qu'on a salué les forces de l'ordre, personne ne nous a notifié qu'une décision de justice d'expulsion des occupants avait été prise."
 
Concernant la "complicité de mise en danger de la vie d'autrui, en ayant incité les exilés à se rendre sur l'autoroute", l'indignation domine pour la bénévole d'Utopia 56 : "Je venais pour évaluer les besoins des personnes vulnérables. Je suis éducatrice spécialisée. Je n'ai donc aucune intention de créer une situation de danger et de pousser les personnes sur l'autoroute."
 

Cette garde à vue "est un moyen de pression"


Après neuf heures de garde à vue, les quatre bénévoles sont finalement relâchés. Mais la consternation persiste : "C'est une première depuis très longtemps cette garde à vue de bénévoles. Quand j'ai commencé à Utopia 56 en février 2018, pour me rassurer, on me disait qu'aucun bénévole n'avait été placé en garde à vue."
 
Pour Me Noémie Saidi Cottier, cette garde à vue "est un moyen de pression. Il n'y avait aucune raison à leur interpellation : il n'y a pas eu d'outrage, ils ne sont pas rentrés de manière cachée sur le terrain, ils se sont présentés. On les a arrêté pour leur transmettre un message, pour leur faire renoncer à leur mission d'observation. Ils n'ont pas été notifiés de leurs droits ni placés en garde à vue dans les formes."
 
Les bénévoles interpellés hésitent désormais à porter plainte : "J'étais auparavant bénévole à Calais depuis plus d'un an", rappelle Laure Pichot. "J'ai vu au moins une centaine d'opérations de mise à l'abri - démantèlements, mais c'est ma première garde à vue, comme pour les autres membres de l'équipe présente à Grande-Synthe. Les autorités ne souhaitent pas qu'on prennent des images de cette évacuation d'un camp de réfugiés qui intervient dans un contexte de crise sanitaire, elles ne souhaitaient pas qu'on puisse voir la police utiliser du gaz à bout portant contre ces personnes."

Contactée, la préfecture n'a pas répondu pour le moment à nos questions.

 
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