Caly, 14 ans, retrouvée chez un trentenaire à Eecke : la famille d'une autre victime adolescente témoigne

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La famille de Manon (prénom d'emprunt), première victime de Jonathan J. qui était allé chercher l'adolescente dans le Loir-et-Cher en février 2018 pour la ramener avec lui à Arras dénonce la dangerosité de ce Nordiste de 29 ans, qui vient de récidiver avec une autre jeune fille de 14 ans. 

Par Thomas Millot

Jonathan J., 29 ans, a été mis en examen et placé en détention provisoire ce vendredi 1er février pour  "soustraction d'enfantatteintes sexuelles aggravées et proposition sexuelles faites par un majeur à un mineur de moins de 15 ans en utilisant un moyen de communication électronique, et suivies d'une rencontre", après que les gendarmes d'Hazebrouck ont découvert le 30 janvier une adolescente marseillaise de 14 ans cachée dans la maison où il logeait à Eecke (Nord).

La jeune fille, avec laquelle le prévenu entretenait une relation sur internet, était portée disparue depuis plus de 3 semaines. Caly a été retrouvée en bonne santé, et remise à sa mère, qui avait fait le déplacement depuis Marseille. Jonathan J. a eu des "relations sexuelles consenties" avec l'adolescente.
 
La jeune Caly a été retrouvée dans les combles de cette maison de la rue du Roy à Eecke, près d'Hazebrouck (Nord). / © Capture France 3
La jeune Caly a été retrouvée dans les combles de cette maison de la rue du Roy à Eecke, près d'Hazebrouck (Nord). / © Capture France 3


Une autre victime dans le Loir-et-Cher


Lorsque l'information de la découverte de Caly chez Jonathan J. est parue, la famille de Manon, une adolescente elle aussi âgée de 14 ans et originaire du Loir-et-Cher (41), a immédiatement fait le rapprochement avec ce qui était arrivé à cette jeune fille il y a un an, durant l'hiver 2018. "Je me suis dit -mon dieu il a recommencé-", dit Roberte. "Le 9 janvier 2018, elle est partie au collège le matin et elle n'est pas rentrée le soir. J'ai questionné ses copines, qui m'ont dit qu'elle voulait aller dans le Nord", se souvient sa grand-mère, qui en avait la garde. 

Quelques heures plus tard, Roberte recevait un coup de téléphone depuis la gare Montparnasse à Paris, où se trouvait sa petite fille, en compagnie de Jonathan J. L'homme avait été interpellé dans le train en sa compagnie, pour avoir proféré des insultes racistes à l'encontre d'une passagère. Il était allé chercher Manon à Vendôme, à la sortie de son établissement, pour la ramener dans le Nord. En vain. L'adolescente a été remise à sa famille, et lui est reparti sans être inquiété.


Il cachait l'adolescente chez sa mère


Mais Jonathan J., qui discutait sur Skype "jour et nuit" depuis fin octobre 2017 avec Manon, n'a pas été découragé. "Le 21 février, il est revenu chercher ma petite-fille. Ils ont pris le train le 24 pour Arras". Une plainte a tout de suite été déposée à la police, à Vendôme. Trois jours plus tard, l'adolescente et l'homme de 29 ans étaient localisés dans le Pas-de-Calais : "La police a débarqué chez la mère à Arras. Il l'avait cachée dans la salle de bain", raconte la grand-mère.

Jonathan J. et sa mère ont fait l'objet, le 21 juin 2018, d'une "mesure alternative aux poursuites" pour soustraction d'enfant. Ils ont tous les deux écopé d'heures de travail non-rémunéré et de 300 euros d'indemnités à verser à la famille de Manon. Il ne s'agit pas d'une condamnation, et cela ne figure pas au casier judiciaire.


Première plainte pour atteintes sexuelles en juin 2018


"Ma petite fille avait complètement changé... elle s'enfermait dans la salle de bain pour être tranquille pour lui parler. Jusqu'à ce qu'on rentre dans le bureau du juge, elle était encore avec lui dans sa tête. Elle a écrit au magistrat pour le défendre", rapporte Roberte.

"Il en a abusé sexuellement. Elle s’est laissé faire, dans la mesure où elle avait peur de ce qu’il pourrait lui faire. Elle était tellement sous son emprise, qu’elle l’a défendu jusqu’au bout", dit par ailleurs Amandine, la mère de Manon. "Quand j’ai lu la déposition de 17 pages de ma fille, de ce qui lui a fait pendant des jours j’en ai eu envie de vomir. C’était horrible".

Amandine a porté plainte contre Jonathan J. le 8 juin 2018 à la gendarmerie de Mondoubleau (Loir-et-Cher) pour "atteintes sexuelles sur mineur de 15 ans par un majeur mis en contact avec la victime par réseaux de communication éléctroniques". "C’est parti pour le parquet de Blois le 8 juillet, et depuis silence radio" déplore la mère de la victime.


Manipulation sur internet


Comme avec l'adolescente marseillaise, Jonathan J. a tissé un lien avec Manon sur internet. "Il l’a happée sur un forum de jeux vidéos dont il était l’administrateur, et il a resserré son étau sur elle avec toutes les techniques de manipulation, comme du chantage affectif, du chantage au suicide", rapporte la mère de la jeune fille. Cette dernière s'est rapidement dite amoureuse de cet homme, alors âgé de 28 ans, et qui utilisait les pseudos de "Yoshines", puis de "Cahier Brouillon". "Les SMS relevaient de la pornographie, d’une crudité incroyable", ajoute-t-elle.

Amandine et sa mère se sentent aujourd'hui proches de la famille de Caly, retrouvée à Eecke : "Je voudrais contacter sa maman, que nous puissions unir nos forces face à la justice pour que ce malade, ce pédophile, aille derrière les barreaux. Qui sait s’il n’y pas eu d’autres victimes ?" s'interroge-t-elle. 

"Ce type ne lâche rien, il faut absolument qu’il soit incarcéré sinon il va essayer de reprendre contact avec la petite Caly". Ce vendredi soir, Jonathan J. est placé en détention provisoire, en attendant son procès qui se tiendra devant le tribunal correctionnel de Dunkerque. Il encourt 10 ans de prison.


 

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