Interdiction des néonicotinoïdes : des cultivateurs de betteraves passent au bio

Depuis fin janvier, les agriculteurs n'ont plus le droit d'utiliser des néonicotinoïdes pour protéger les betteraves de la jaunisse. Une décision qui a fait grand bruit chez les cultivateurs qui ont du mal à s'en passer. D'autres, ont réussi à franchir le cap pour se lancer dans l'agriculture biologique.

Pour les Hauts-de-France, la plantation du légume racinaire violet est emblématique et historique. 200 000 hectares sont consacrés à la culture de la betterave dans la région, première productrice de France. Les planteurs eux, sont au nombre de 11 000. Pourtant, seul une poignée d'entre eux pratiquent l'agriculture biologique.

Un modèle qui pourrait bien s'accélérer dans la région dans les prochaines années puisque les agriculteurs n'ont plus le droit d'utiliser des néonicotinoïdes depuis janvier dernier. Ce sont des pesticides très puissants, aussi plus communément appelés " tueurs d'abeilles", qui permettaient de protéger les cultures de la jaunisse. 

La coccinelle, une alliée de taille 

À Erchin, dans le Nord, Jean-Louis Proust a passé le cap depuis 2019 et s'est converti à l'agriculture biologique de betteraves sur 11 Ha. En cette fin de mois de mai, contrairement à des champs conventionnels bien avancés, il n'y a que des petites pousses de betteraves. Les semis sont en fait réalisés 4 à 6 semaines plus tard. 

La principale raison, c'est la préparation du terrain qui demande du temps. "Il faut qu'on fasse pousser des bandes en herbe juste à côté de la culture et seulement après, lorsqu'elles sont suffisamment hautes, on peut planter", explique l'agriculteur. 

Ces bandes enherbées sont en fait des corridors écologiques, qui regroupent tout un écosystème bien nécessaire à la pousse des betteraves. Cette végétation accueille par exemple des sauterelles, petites mouches, mais aussi des coccinelles. Ces alliées rouge et noire sont redoutables pour les pucerons qui transmettent la jaunisse aux tubercules.

Les coccinelles adultes consomment 20 à 50 pucerons par jour tandis qu'une larve de coccinelle, c'est 200 ! L'agriculteur l'assure, il n'y a pas de moyen plus efficace, "en cas d'infestation cela suffit, comme les bandes sont juste à côté du champ, les insectes peuvent intervenir directement, en stoppant le puceron."

Une conversion au bio encouragée 

Si Jean-Louis Proust a décidé de prendre cette voie, c'est par conviction et parce qu'il sait aussi que ses enfants reprendront ses terres pour poursuivre. "Je ne veux pas leur laisser les terres dans un état pourri", ajoute-t-il. Pour y parvenir, il a pu compter sur le soutien politique, financier, technique et humain de la communauté d'agglomération.

Cette dernière a par exemple aidé à l'achat de machines de désherbage qui sont partagées entre plusieurs agriculteurs. Ce qui a largement contribué en 8 ans à multiplier par 10 les surfaces agricoles cultivées en bio dans le Douaisis. Et avec pour futur objectif d'atteindre les 1000 Ha d'agriculture écologique. 

Un pari qui n'est pas simple et risqué, comme l'explique Jean-Luc Hallé, vice président de Douaisis Agglo en charge de la transition agricole, au micro de France 3 Picardie. "Depuis la guerre, on est sur une agriculture très intensive et productiviste, dès qu'il y a un problème, on a l'armoire à pharmacie, le produit chimique qui va bien pour résoudre le problème, mais qui en créait d'autres".

"Un rendement divisé par deux en bio"

Ses betteraves, l'agriculteur Jean-Louis Proust parvient à les vendre à 75€ la tonne à Tereos. Un chiffre supérieur de 35 euros par rapport à la culture conventionnelle. Un prix certes plus avantageux, qui couvre une culture beaucoup plus aléatoire. "Les rendements sont divisés par deux et le temps de travail est beaucoup plus important. Le désherbage nous demande beaucoup de temps, c'est 3,4,5 fois plus que l'agriculture conventionnelle au chimique.

Pour Jean-Louis Proust, la monoculture n'est pas viable. Avec ses associés, ils produisent quatorze variétés différentes de légumes et de céréales et élèvent aussi des vaches allaitantes. Une diversité de cultures qui est aussi un avantage et qui garantit une certaine autonomie : "on a par exemple un troupeau de vaches sur place qui va nous permettre de fournir du fumier. On réduit drastiquement les charges et le résultat final est à peu près équivalent", complète l'agriculteur.  

Un projet de micro-sucrerie à venir 

De grands groupes de sucrerie ont, eux aussi, passé le pas face à la demande des consommateurs, comme Cristal Union en 2017, précurseur dans la production du sucre bio. Suivi quelques années plus tard, en 2019, par Tereos.

À une plus petite échelle, une micro-sucrerie bio est en train de voir le jour du côté de Cambrai. Une idée de Sébastien Lemaire, qui a eu envie après sa conversion en bio de produire un sucre de betterave intégral. Une variante du sucre de canne, mais produit localement.

L'idée séduit puisque plusieurs groupes comme Biocoop ont déjà montré leur intérêt. Le procédé est actuellement en cours de brevetage. Et si tout se passe bien, la fABrique à sucres devrait sortir de terre cet automne et effectuer ses premières productions en octobre 2024. 

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