Procès en appel de W. Bardon à Douai - "Je sais ce que M. Kulik endure, j’ai des filles", livre la mère de Grégory Wiart

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Écrit par Marie Roussel

7e jour du procès en appel de Willy Bardon dans l'affaire Elodie Kulik, à Douai dans le Nord. Les parents de Grégory Wiart, auteur du viol d'Elodie, sont auditionnés pour dresser le portrait de leur fils, mort en 2003 et confondu par son ADN en 2012 après exhumation.

"Qu’est-ce que j’ai à vous dire ? Ah... Pas facile ! C’est sûrement par rapport à mon fils que vous m’avez convoqué ? Qui est décédé malheureusement. Et qui a été soupçonné dans cette affaire".

Ce sont les premiers mots, lunaires, de Patrick Wiart, 66 ans. Il est le père de Grégory Wiart, confondu formellement par son ADN en 2012 comme l’auteur du viol d’Élodie Kulik. Formellement... Et post-mortem, puisque Grégory était décédé depuis plus de huit ans quand ses restes ont été exhumés pour procéder aux nécessaires analyses scientifiques.

"Il pleurait pour un rien"

Pourtant, ses parents n’arrivent toujours pas à croire que leur enfant soit l’auteur du crime barbare commis par une nuit d’hiver 2002, sur une décharge de Tertry, dans la Somme. Ce "monstre" dont la sépulture continue d’être vandalisée, près de vingt ans après.

Grégory était le deuxième de leurs cinq enfants. Brigitte et Patrick Wiart le décrivent comme un jeune homme flambeur, pathologiquement voleur, influençable et lâche.

Pour financer sa passion du 4X4, il enchaîne les magouilles, profitant par exemple d’un séjour de son père en prison pour revendre le matériel de l’entreprise familiale, puis dérobant (avec la complicité de sa compagne) pour 7000 € de chèques à sa belle-famille. "Il devait de l’argent partout, résume Patrick, c’était un faible, avec les autres il était bon qu’à payer". "Il pleurait pour un rien" ajoute sa mère.

"Magouilleur ok, mais violeur et tueur c’est impossible"

Après avoir dressé de leur fils un aussi piètre tableau, les époux Wiart tentent pourtant de se lancer dans une opération réhabilitation de sa mémoire : "Il buvait un p’tit verre au Réveillon, comme ça, mais je l’ai jamais vu saoul". Ses anciens copains du club de 4x4 décrivent tous un fêtard et un pilier de comptoir. "Je n’ai jamais eu connaissance qu’il aurait frappé sa compagne". Elle est venue longuement hier témoigner des baffes, des insultes et des empoignades par les cheveux qu’elle a subies pendant les trois années qu’ils ont passées ensemble. Y compris, dit-elle, en présence de sa famille à lui.

"Mon fils magouilleur ok, mais violeur et tueur c’est impossible, impossible !" Me Didier Seban, avocat de la famille Kulik, interrompt ce panégyrique à l’envers : "Pourtant monsieur, on a retrouvé son ADN partout sur le lieu du crime. Y compris sur la victime !"

Ces deux parents, avec toutes leurs imperfections, tous leurs manquements ("Avez-vous jamais mis un jour votre fils face à ses responsabilités, madame ?" demande la présidente de la cour), sont aussi venus dire leur douleur. Brigitte conclut sa déposition : "Je suis anéantie parce que j’arrive toujours pas à comprendre. Je sais ce que M. Kulik endure, j’ai des filles. Mais moi je souffre aussi".

Un secret emporté dans la tombe

Grégory Wiart s’est tué sur la route entre Péronne et Laon, le 1er novembre 2003, à 4h15 du matin. Sur une départementale droite et sèche, sa voiture s’est brusquement déportée pour aller s’encastrer dans un poids lourd betteravier qui arrivait en sens inverse. Il sortait de boîte de nuit. Les analyses ont révélé qu’il avait 1,14 grammes d’alcool dans le sang. Accident ? Suicide ? Meurtre ? Toutes les hypothèses ont été évoquées.

Grégory Wiart est mort un samedi. Selon sa mère, "il devait comparaître le lundi suivant devant le tribunal pour un vol de quad. Il avait un sursis de 5 ans au-dessus de la tête, qui pouvait tomber. Il avait peur".

Si l’ADN peut assurément parler, Grégory Wiart a bel et bien emporté le secret de toute cette affaire dans sa tombe.