Dunkerque : toujours pas de procès pénal de l'amiante en vue, les victimes ont la "nausée"

"Amiante, 10 morts par jour. Les assassins courent toujours" : plus d'un millier de personnes ont manifesté vendredi à Paris pour dire leur "nausée", car 21 ans après l'interdiction de cette fibre cancérogène, aucun procès pénal n'est à l'ordre du jour.

En 2013 déjà, les victimes de l'amiante réclamaient un procès au pénal.
En 2013 déjà, les victimes de l'amiante réclamaient un procès au pénal. © MAXPPP
Rassemblés à l'appel de l'Association nationale des victimes de l'amiante (Andeva), 1.100 manifestants selon la préfecture de police, venus de toute la France, ont défilé derrière une trentaine de silhouettes blanches figurant les morts de l'amiante - Cherifa G. 56 ans, Libera B. 59 ans, Janine B. 66 ans etc. La banderole de tête clamait "Amiante : pas d'impunité pour les empoisonneurs".



Mi-septembre, la Cour d'appel de Paris a annulé, pour la deuxième fois, la mise en examen des responsables nationaux dans deux affaires emblématiques de la fibre cancérogène, le campus parisien de Jussieu et les chantiers navals Normed de Dunkerque. Une vingtaine de dossiers en cours d'instruction au pôle santé de Paris risquent par ailleurs d'aboutir à des non-lieux.


"La nausée"


Ces décisions "nous ont donné la nausée", a dit au micro François Desriaux, vice-président de l'Andeva, en déplorant que ce "fiasco" judiciaire "se déroule dans l'indifférence" du monde politique. S'adressant au gouvernement, il a insisté : "vous ne bougez pas, vous ne parlez pas et en plus vous êtes sourds". Mais "nous irons jusqu'au bout", en faisant appel et en allant en cassation, a assuré M. Desriaux. 



Il faut "rester unis dans ce combat", a déclaré de son côté Arnaud de Broca, secrétaire général de la Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés (Fnath). Celui-ci a estimé que la santé au travail "n'a jamais été aussi malmenée", avec notamment la disparition des Comités d'hygiène et de sécurité (CHSCT) dans les entreprises, avec la réforme du Code du travail.


"Il faut absolument un procès"


Brandissant différentes pancartes - "Amiante, 100.000 morts dans la balance et la justice s'en balance" ou "21 ans après, toujours pas de procès" -, les manifestants, auxquels s'étaient jointes des délégations italienne et espagnole, ont marché de Montparnasse à Saint-Sulpice.

Parmi eux, Jean-Pierre Rousseau, 74 ans, ancien salarié de la société d'isolation thermique et phonique Wanner-Isofi, qui a travaillé dans ce cadre sur des chantiers navals où l'amiante était utilisé pour isoler la tuyauterie. "Il faut absolument un procès. On nous fait de belles promesses et rien n'aboutit", regrette le septuagénaire à qui un taux d'incapacité de 15% a été reconnu pour des "plaques pleurales et un début de fibrome".

Selon les autorités sanitaires, l'amiante est responsable de 10 à 20% des cancers du poumon et 85% des mésothéliomes (cancers de la plèvre). Elle pourrait provoquer jusqu'à 100.000 décès d'ici à 2025.


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