Toussaint : en Belgique, une forêt funéraire permet d'accueillir les cendres des défunts dans un cadre "serein et calme"

Au coeur du bois de Soleilmont à Fleurus, près de Charleroi en Belgique, se trouvent 11 hectares de forêt funéraire : ce lieu hors du temps permet d'enfouir ou de disperser les cendres des défunts dans un cadre apaisant.

"Il arrive un âge où il faut se renseigner". Annie Renard n'a que 68 ans, mais elle se veut prévoyante vis-à-vis de la mort. C'est pourquoi elle a décidé avec son mari de se rendre à la forêt funéraire du bois de Soleilmont qui appartient à l'association Les Arbres du Souvenir. Les cendres des défunts y sont enterrées près d'un arbre ou dispersées dans une clairière, en fonction des souhaits de la famille. 

"Il y a une chose qui est certaine, c'est qu'on va se faire incinérer". La question qui se pose désormais est de savoir s'ils iront ici ou dans un cimetière. "Je me dis que dans un cimetière, j'aurai plus l'occasion de venir parce qu'il y a des petites pierres tombales avec un fronton et une photo, mais ici, c'est vrai qu'il y a la sérénité, le calme". 

"Pourquoi on isole autant la mort de la vie ?"

Ce lieu hors du temps a été fondé par Alexia Willems, fascinée par les questions liées à la mort depuis l'enfance. Plus petite, elle n'aimait pas les visites au cimetière avec ses parents "devant la pierre froide où on me disait de me taire, explique-t-elle. Je me suis toujours demandé pourquoi on isole autant la mort de la vie ?

C'est là que l'idée lui est venue de créer un lieu "où les enfants pourraient courir, rire, parler de la mort" sans la craindre et la détacher de la vie. Elle a alors parlé de ce projet autour d'elle. Si certains l'ont "pris pour une folle", d'autres ont trouvé l'idée "fantastique" et ont proposé leur aide. Elle a acheté 11 hectares sur les 220 de ce bois et a ouvert le lieu en 2015.

Il existe de nombreuses formules pour abriter les cendres de ses proches décédés. Celle de l'arbre partagé permet de choisir "un arbre qui peut recueillir jusqu'à 10 cendres de défunts" qui ne se connaissent pas, détaille Martine Weekman, bénévole de l'association. Il y a également la "dispersion dans la clairière" qui est fleurie de jacinthes au printemps ou encore la formule "au cœur de la forêt, où la famille choisit un endroit qui lui parle dans la forêt et y enfouit les cendres". 

Elle note que la formule la plus utilisée est "l'arbre familial où l'arbre est choisi par la famille." Celui-ci peut accueillir "deux, trois, quatre fois des cendres de défunt. Sur cet arbre figurera une plaquette, si la famille le souhaite, avec le nom, prénom, les dates de naissance et de décès du défunt". Annie Renard songe à choisir cette option-là. 

"On a déjà accueilli 200 défunts"

Depuis 2015, l'association a déjà accueilli 200 défunts et en deux ans, il y en a déjà eu plus de 50. A ce jour, elle compte une vingtaine de bénévoles au total. Ce qui prouve que l'initiative commence à se faire connaître et à intéresser de plus en plus de personnes. 

"La forêt intéresse des gens qui cherchent une alternative au deuil, qui veulent faire leur deuil autrement que de se recueillir devant une pierre dans un cimetière", observe Martine Weekman. De plus, "la forêt, c'est la nature, elle se régénère, elle change tout le temps".

En somme, le rapport entre la vie et la mort n'a jamais été aussi étroit que dans ce lieu.

Il y a l’aspect psychologique : on est serein. On entre dans cette forêt et il y a de la sérénité qui vous tombe dessus. Pour moi, c’est la plus belle alternative pour le moment.

Martine Weekman

"C'est un lieu qui soigne"

Mario Descamps et sa femme viennent toutes les semaines fleurir l'arbre de leur fille décédée au début du confinement, en mars 2020. Elle avait 33 ans et souffrait d'une maladie auto-immune. Ils ont dû attendre la fin août de cette même année pour organiser la cérémonie d'enfouissement des cendres.

Et ils ne regrettent pas leur choix. "C'est un endroit qui est lumineux à tout moment, se réjouit-il. Là, il est 10h-10h30 du matin, il y a du soleil, il y a une clairière tout autour de l'arbre qui est dégagé, c'est un peu ça qui a retenu notre attention". 

Mario Descamps constate aussi "une impression de quiétude" car c'est une forêt "qui n'est absolument pas anxiogène". Et quand il a un "coup de blues", il s'y rend pour se sentir mieux. "Je dis toujours que c'est un lieu qui soigne, renchérit Alexia Willems. Les gens repartent lumineux, apaisés. On me dit souvent que ce projet est fantastique mais c'est la forêt qui est fantastique, c'est la nature qui fait tout".

 

Côté France, si l'idée peut séduire, il faut rappeler que la législation n'autorise pas la dispersion des cendres sur un terrain privé. "Ici, en Belgique, il y a eu un petit créneau, une petite brèche mais c'est vrai qu'en France, il faut que ça bouge au niveau juridique", conclut Alexia Willems.