Fin de vie : "Les petites choses sont importantes", dans le Nord, des ateliers pour apprendre à accompagner un proche en soins palliatifs

La Société française d'accompagnement et de soins palliatifs lance ce 16 janvier la formation "Derniers secours". Destinée au grand public, elle vise à aider chacun à accompagner un proche en fin de vie.

La Société française d'accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) lance ce lundi 16 janvier sa formation intitulée "Derniers secours" dans quatre départements pilotes, dont le Nord. Le but : aider tous ceux qui le souhaitent à mieux accompagner un proche en fin de vie. Contrairement aux craintes des proches, souvent freinés par la peur de mal faire, nombreux sont les gestes qui permettent de maintenir le lien et d'apporter un peu de réconfort. 

Catherine Renard, bénévole en soins palliatifs et vice-présidente de la SFAP, détaille pour France 3 la philosophie de ces nouvelles formations, qui visent à faire tomber le tabou de la fin de vie. La première réunion sera organisée ce 16 janvier à Lille, à 19h. 

Comment ont été crées ces formations "Derniers secours" ?

Catherine Renard : Le projet existe déjà dans 20 pays au monde. Il a été créé par un médecin-urgentiste allemand, Georges Bollig. Il a bifurqué ensuite vers les soins palliatifs, parce que les urgentistes côtoient aussi la mort au quotidien.

Il s'est aperçu que rien n'existait pour permettre aux citoyens de mettre en place des choses pour s'occuper d'un proche, d'un ami qui s'approche de la fin de vie. On est démunis, on n'ose pas prendre des initiatives. Cette formation est gratuite et, pendant une journée, elle permet d'apprendre tout ça. 

La première chose à apprendre, c'est que la mort fait partie de la vie, même si on ne veut pas y penser. 

Catherine Renard

Quels gestes peut-on faire pour soulager un proche ?

On parle de tout ce qu'on peut faire et qui est périphérique à l'acte médical. ça peut être un massage des mains ou des pieds, un peu comme de la réflexologie. Il n'y a pas besoin d'être diplômé pour faire des massages de confort : disposer des bougies, prendre des huiles essentielles. On peut même demander à une infirmière de nous montrer. Ces petites choses sont importantes, elles vous mettent en relation et en lien avec votre proche. 

On éduque par exemple à une chose essentielle, le fait que parfois les patients en fin de vie n'ont plus faim, ni soif, mais ils peuvent ressentir une sensation de sécheresse dans la bouche. 

On parle donc aux participants des soins de bouche. Avec un petit bâtonnet, tout doucement, ils peuvent humidifier les lèvres et l'intérieur de la bouche pour calmer cette sensation. En soins palliatifs, on peut faire autre chose que de l'eau. Si notre papy prenait son petit pastis le vendredi, on peut le faire avec ça. Parce qu'il faut aussi absolument garder un peu de plaisir.

Comment apprend-on à parler de la mort ?

On apprend aussi à aborder le sujet de la mort. Il ne s'agit pas de l'imposer mais de détecter des signes chez une personne qui essaie d'en parler. Quand un proche se dit "au bout du rouleau", par exemple, il ne faut surtout pas nier ce qu'il ressent, ne pas détourner la conversation. Au contraire, il faut capter ce moment pour dire : "est-ce que tu veux qu'on en parle ?"

Souvent, chacun pense protéger l'autre en évitant la conversation mais chacun a besoin de dire des paroles vraies et essentielles avant le dernier moment. Avant d'avoir des regrets. 

Catherine Renard

Quand la fin vient, on dit aussi aux gens qu'on peut prendre son temps. On a le choix des pompes funèbres, on a le droit de ramener la personne à la maison si on le souhaite. On peut pleurer tout de suite, dans un mois, dans six mois. Le deuil est quelque chose de normal. Prendre soin de quelqu'un en deuil, c'est aussi important. 

Les gens repartent avec une liste de structures et d'associations, des ressources près de chez eux, qu'ils peuvent contacter.

Pourquoi le Nord a-t-il été choisi comme département pilote ?

Il y a une médecin, Marie Danel, cheffe de l'unité de soins palliatifs de l'hôpital Saint-Vincent de Paul, qui a contacté tout de suite la SFAP. Elle a trouvé ce projet génial, elle l'avait vu naître à l'étranger. Le groupe pilote du Nord a été très dynamique dès le début. Paris n'est pas le centre du monde, même s'il y a déjà des formations.

Le but, c'est qu'il y ait dans 5 ou 6 ans des formateurs dans chaque département et que tout le monde puisse en bénéficier. Les premiers retours sont excellents, on sent que ce sujet était super attendu.