"L'affaire est loin d'être terminée, on ne va pas les lâcher" : les défenseurs de la forêt de Mormal lancent une pétition pour suspendre la chasse aux cerfs

Pour le collectif Mormal Patrimoine, la gestion de la forêt de Mormal par l'ONF est critiquable. Il l'accuse de surexploiter la forêt et de faire chuter les populations de cervidés. Pour contrer cela, le collectif a mis sur pied une pétition visant à suspendre la chasse des cerfs, biches et chevreuils pendant un an.

Elle est la seule forêt domaniale du Nord : Mormal, terrain de jeu des naturalistes en herbe, observateurs de moments magiques au contact des cerfs. Depuis plusieurs années, sa gestion est au centre de la discorde entre l'ONF, son gérant légal et des collectifs citoyens. Les passionnés dénoncent une surexploitation du bois qui entraîne une baisse de la biodiversité. Et le bras de fer dure : après plusieurs plaintes et échauffourées avec l'ONF, ils tentent une nouvelle carte avec une pétition pour suspendre la chasse des cervidés pendant un an.

Un acte symbolique 

La pétition découle directement du résultat du comptage des animaux dont la population a été "divisée par deux en cinq ans", explique Jean-François Hogne. Le recensement, qui n'avait pas été effectué par l'ONF a été réclamé par Xavier Bertrand, président de la Région des Hauts-de-France et sa vice-présidente Véronique Teintenier. Le résultat est tombé fin mars, et il a dévasté les adorateurs des cerfs.

Désormais leur revendication est claire, il faut suspendre la chasse des cerfs, biches et chevreuils pendant une année. "C'est le temps qu'il faudrait pour amorcer une repopulation", estime Jean-François Hogne, passionné de la forêt et membre du collectif Mormal Patrimoine. 

Selon Jean-François Hogne, l'année sans chasser est un délai "raisonnable car les naissances vont arriver au mois de mai et on pourra rattraper un peu le retard". Un comptage l'année suivante permettra de réestimer les populations de cervidés présentes dans la forêt.

Dans tous les cas, une seule année sans chasse ne permettra pas de rendre à la faune et à la flore de la forêt leur splendeur d'antan :"le mal est déjà fait", soupire Jean-François Hogne. Autre argument du collectif, Mormal est l'unique grande forêt des Hauts-de-France, elle représente un "objectif de société et de patrimoine", insiste le passionné.

C'est symbolique, c'est pour maintenir une alerte.

Jean-François Hogne

Selon ses partisans, la mesure aurait le potentiel de mettre tout le monde d'accord, car elle propose aussi de suspendre les loyers payés par les sociétés de chasse à l'ONF. "Pour elles ça serait une bonne idée car elles pourraient continuer à chasser le sanglier sans payer", conclut Jean-François Hogne.

La suspension des loyers constituerait une mesure de réparation infligée à l'ONF pour sa mauvaise gestion de la forêt. La pétition, qui a déjà été signée par plus de 30 000 personnes, a été envoyée au préfet et au président de la région. Mais pas question de se réjouir trop vite, le collectif reste lucide : "c'est symbolique, justifie Jean-François Hogne, c'est pour maintenir une alerte."

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L'occasion était d'autant plus belle que l'ancien préfet des Hauts-de-France, Georges-François Leclerc vient d'être remplacé par Bertrand Gaume. Un turn-over aussi présent à l'ONF, et qui n'a pas échappé aux militants : "il y a aussi une nouvelle directrice", appuie Jean-François Hogne. Nouveaux interlocuteurs, donc nouvelle chance d'être entendus, a pensé le collectif.

Le bras de fer qui dure 

Le litige remonte bien avant le constat de la disparition des cervidés. Jean-François Hogne dénonce "une fraude" qui dure depuis 10 ans. Selon lui, l'ONF aurait prélevé deux fois les quotas autorisés de bois dans la forêt de Mormal : "ils ont des plans de coupe sur 20 ans, et avec ce qu'ils ont déjà coupé il ne faudrait plus rien couper pendant 10 ans", peste-t-il. 

Alors, pour masquer les excès de coupe, l'organisme aurait eu recours excessivement à la chasse pour réguler les populations animales, et ainsi les faire rester proportionnelles à densité des arbres.

Un processus mené dans l'ombre et en toute impunité, car "il n'y a pas de contrôle de l'ONF par l'Etat", déplore Jean-François Hogne.

Le naturaliste dénonce un fonctionnement opaque de l'organisation. Pour obtenir les données qu'elle présente désormais devant les tribunaux : "l'association citoyenne a fait l'inventaire des cahiers de ventes de la forêt de Mormal et on a consulté les données de l'institut national géographique, qui montrent que la forêt de Mormal est l'une des seules sont la superficie diminue."

Au sujet des excès de coupe, Aude Tessier, directrice régionale de l'ONF se défend : "On ne cherche pas à cacher que l'on renouvelle la forêt. Avec les sécheresses à répétition et le changement climatique qui mettent la forêt à terre, on fera face à beaucoup de difficultés si on n'a pas préparé sa régénération. On a des plans de gestion sur 20 ans, avec des objectifs à 100, voire 200 ans, c'est un équilibre mathématique". Si visuellement, la forêt paraît moins dense qu'avant c'est parce qu'il y a eu une "ouverture importante des peuplements pour préserver les sols et laisser place aux engins". Comprendre ici, la création de voies au sein de la forêt pour laisser passer les véhicules et ainsi éviter de tasser le sol.

Interrogée au sujet des populations de cervidés, elle compare la mission de l'ONF à celle d'un "équilibriste", "il faut être vigilant à ce qu'une espèce ne prenne pas la place d'une autre. Un cerf consomme des herbes, mais aussi les semis des arbres qu'on cherche à obtenir pour renouveler la forêt dans les temps."

L'affaire est loin d'être terminée et on ne va pas les lâcher.

Jean-François Hogne

Le dialogue entre les deux parties reste tendu. "L'affaire est loin d'être terminée et on ne va pas les lâcher", martèle Jean-François Hogne. Dernier recours en date, une plainte au tribunal administratif de Lille "en phase finale", déposée avec le soutien des chasseurs du Nord. Elle demande la condamnation de l'ONF pour coupes excessives.