Dans la Région, de plus en plus d'agriculteurs se lancent dans la vigne. Pour le moment à ses balbutiements, avec seulement 100 hectares plantés, la filière représente le futur des vignobles français.
Sur sa parcelle de Banteux, dans le Nord, Antoine Vanholebeke a le sourire. Le jeune homme a sorti ses premières bouteilles il y a trois mois, la Cuvée de l’alouette, un vin blanc sec au cépage chardonnay. Et il a de bonnes raisons d'être fier : ce n'était ni son destin, ni celui de sa terre argilo-calcaire du Cambrésis.
Le viticulteur devait reprendre l'exploitation familiale d'élevage bovin mais "ce n’est pas vraiment ce qui me plaît dans l’agriculture". Il se penche alors sur le raisin, séduit par l'idée de "cette valeur ajoutée du produit fini" : "dans l’agriculture générale, on produit du blé ou de la betterave et on le vend à un industriel, là on a la possibilité de cultiver du pied de vigne jusqu'à la bouteille de vin".
De plus en plus de viticulteurs dans les Hauts-de-France
Antoine n'est pas le seul à se lancer dans la vigne. Selon une étude d'Elie Talaga, agronome et œnologue indépendant, on dénombre 80 exploitations viticoles en 2023 dans la région. La plupart des viticulteurs, il le précise, sont des agriculteurs, comme Antoine, qui cherchent à se diversifier : "ça permet à ces exploitants d’entrevoir une viabilité à moyen et long terme".
"La question de savoir si notre territoire est propice à la culture de la vigne ne se pose plus vraiment" assure le spécialiste. Il ajoute : "les sols sont assez riches et avec l'évolution des températures, le climat est adapté". "Avec notre multitude de terroirs et nos vignerons passionnés, il y a un bel avenir pour la viticulture ici" complète le néoviticulteur, enjoué.
On ne vise pas un vin de Bourgogne ou de Bordeaux, on veut proposer de nouveaux produits avec une typicité des Hauts-de-France.
Antoine Vanholebeke, viticulteur
Une filière en devenir
Ce n'est que depuis 2016 et un changement de législation que la région a pu planter des vignes. "Nous ne sommes pas encore en retard, car nous devions attendre cette loi, mais on peut enfin commencer à se développer comme nos voisins" reconnaît l'œnologue. En effet, l'Angleterre possède déjà 3900 hectares viticoles, alors que chez nos voisins belges, le vignoble s'étend sur 800 hectares avec une dynamique de plantation de 200 hectares par an.
Pour pérenniser la filière, il faut donc la structurer. Une vingtaine de vignerons a donc décidé de se réunir en association. "On devait se rassembler, se mutualiser, partager nos connaissances pour valoriser nos vignes" sourit Antoine Bouin, le président. Il conclut, serein : "on a tout un projet à inventer dans les Hauts de France".
À terme, Elie Talaga espère "une catégorisation des zones viticoles, en fonction de la nature des sols, de la climatologie". Une future "Vallée de l'Escaut" ? Antoine veut y croire : "j'ai beaucoup d'ambition pour ce projet et il y a un véritable engouement des habitants des Hauts-de-France".