Meurtre d'Angélique Six : "C'était plus fort que moi, j'étais dans un état second"

David R. devrait être mis en examen dans la journée, selon le procureur de la République de Lille.

© PHILIPPE HUGUEN / AFP
Le procureur de la République de Lille Thierry Pocquet du Haut-Jussé a annoncé ce lundi après-midi que le meurtrier présumé d'Angélique Six, David R, était sur le point d'être présenté au juge et qu'une information judiciaire serait ouverte pour "séquestration de mineur de moins de 15 ans en vue de préparer un crime", "viol sur mineure de moins de 15 ans" et "meurtre sur mineure de moins de 15 ans." 

 

France 3 Nord Pas-de-Calais

Suivez en direct la conférence de presse du procureur de la République de Lille ► http://bit.ly/Meurtre-Angelique-Conference

 

Le profil de David R.


Le procureur a d'abord rappelé que David R, âgé de 45 ans, avait déjà condamné le 26 mars 1996 par la Cour d'Assise du Nord pour le viol d'une fillette de 12 ans en janvier 1994, alors qu'il avait 20 ans, ainsi que pour deux agressions sexuelles sur des femmes d'une quarantaine d'années. 

Condamné à 9 ans de prison, il en est sorti au bout de 6 ans et demi, en sortant en 2000. Un délai qui n'est pas exceptionnel pour une réduction de peine, "s'il s'est conduit convenablement et qu’il a fait des efforts de réinsertion", précise le magistrat.
 
Depuis, David R. est inscrit au FIJAIS, le fichier judiciaire national automatisé des auteurs d'infractions sexuelles, qui exige notamment qu'il se présente tous les ans à la police. "Il respecte globalement les conditions", note Thierry Pocquet, à l'exception d'un manquement en 2014, où il avait expliqué à la police qu'il s'était cru exempté à cause de l'ancienneté de sa condamnation.

Ancien voisin de la famille Six (de 2006 à 2016, selon nos informations), il connaissait Angélique.
 

Le fil des événements


Mercredi, David R. était en repos et demeurait seul chez lui, puisque sa famille était dans le sud de la France. Selon le procureur de la République, l'homme a dit s'être rendu à Lille dans un sex-shop pour y acheter des pilules contre les troubles de l'érection ainsi que des canettes de bière. De retour chez lui, il a absorbé "deux ou trois" de ces pilules et consommé trois cannettes avant de regarder la télévision et de s'endormir.

Lorsqu'il s'est réveillé, vers 16 heures, David R. dit ne s'être pas senti bien et être sorti pour prendre l'air. Devant le jardin où se trouvait Angélique, il a expliqué avoir "eu envie d'elle". "C'était plus fort que moi, j'étais dans un état second" s'est-il justifié auprès des enquêteurs. 

L'appelant, il a alors pris le prétexte d'avoir un objet à lui remettre pour ses parents et l'a conduite chez lui sans qu'elle se méfie. Une fois à son domicile, la jeune fille a d'abord tenté de fuir lorsqu'il lui a posé des questions de plus en plus intimes.

Le suspect dit alors l'avoir déshabillée avant de tenter d'abuser d'elle. "Selon lui, il n'y parvient pas réellement car elle se débat toujours."  Selon ses déclarations, David R l'aurait étranglée avec ses propres vêtements. 

"Il a dit que quand elle a commencé à se débattre, il a compris qu’il fallait qu’il la tue" rapporte le procureur.
 
L'homme a ensuite effacé les traces de son crime et a tenté d'enterrer le corps de la victime dans une forêt à Quesnoy-sur-Deûle. "comme il n’y parvient pas, il finit par la dissimuler dans un fourré et l’abandonne là."

Selon le procureur, à son retour chez lui David R. a "écrit une lettre à sa femme, une autre à ses enfants, mais il ne les remet pas et les met dans un classeur où elles seront découvertes" par les enquêteurs lors d'une perquisition.

Interrogé sur leur contenu, Thierry Pocquet note que "ce sont des lettres dans lesquelles il parle de troubles, de pulsions. Rien n'est dit explicitement mais c'est bien en lien non pas avec les faits directement, mais ce qu’il estime être des choses de sa vie qui sont complètement en désordre."


Alertée le soir par la famille de la victime, la police a lancé un appel à témoin le lendemain et "plusieurs pistes ont été suivies" indique Thierry Pocquet. Jusqu'au témoignage d'un enfant, qui a indiqué avoir vu Angélique suivre un homme d'une quarantaine d'années. 
 

La coopération du suspect

En s'appuyant sur le FIJAIS dans lequel il était enregistré, les enquêteurs de la police judiciaire de Lille ont interpellé David R. à la sortie de son travail, samedi vers 21h30

En garde à vue, l'homme "dit vouloir dire toute la vérité" et livre aux policiers sa version des faits. Il les emmène ensuite à l'endroit où se trouve le corps dévêtu de la jeune fille. 
 

Il dit regretter infiniment ses faits


"L'autopsie qui vient de s'achever confirme globalement le récit des violences qu'a fait le mis en cause" rapporte le procureur, qui précise qu'elle a montré "des traces compatibles avec les violences sexuelles reconnues et le décès qui est lié à une asphyxie traumatique."

"Il dit regretter infiniment ses faits  et trouver que ce qu’il a fait est épouvantable" a ajouté le procureur. L'homme s'est en tout cas montré coopératif pendant sa garde à vue, et le récit qu'il a fait des événements n'a pas été contredit par l'enquête. "Sa femme a été entendue"  précise Thierry Pocquet, mais elle "n'avait absolument aucune connaissance" du meurtre.

Des expertises psychiatriques et psychologiques vont être menées sur le mis en cause, qui par ailleurs "n'est pas astreint à des obligations de nature comportementale ou médicale" car il a quitté la prison avant qu'un tel suivi soit mis en place de façon automatique.

Une information judiciaire est ouverte pour "séquestration de mineur de moins de 15 ans en vue de préparer un crime", "viol sur mineur de moins de 15 ans" et "meurtre sur mineur de moins de 15 ans." Il risque la détention à perpétuité.
 
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