Des plantes sur les façades pour amener fraîcheur et biodiversité en ville, vraie bonne idée ?

À Lille et dans les grandes agglomérations de la région, les façades d'immeubles sont de plus en plus souvent recouvertes de végétaux et de plantes grimpantes. Une dynamique initiée par la Ville pour améliorer la qualité de l'air, ramener de la fraîcheur ou accueillir la biodiversité... Même si à elle seule, la végétalisation des façades ne permettra pas de lutter contre la crise climatique.

À Lille, Amiens, Valenciennes, Dunkerque ou encore Arras, le souvenir d'étés caniculaires, devenus depuis la norme, a poussé les Villes à prendre les choses en main pour créer des îlots de fraîcheur entre leurs murs. Et pour cela, une seule solution : se tourner vers la nature.

Parcs, squares, arbres, buissons, fleurs... Chaque millimètre de terre rendue à la flore est crucial dans cette course au thermostat, et plus largement, au réchauffement climatique, face auquel les retards s'accumulent. Qui plus est dans les Hauts-de-France, où les grandes agglomérations ont malheureusement une réputation de mauvaises élèves en matière d'espaces verts.

En guise d'exemple, notre région est connue pour son territoire extrêmement urbanisé, le deuxième après l'Île-de-France. Selon l'Insee, au moins 10 % des sols des Hauts-de-France sont artificialisés depuis 2021. Conséquence de l'étalement urbain et de la quête de logement pour des citadins toujours plus nombreux. Peu de place donc pour la nature dans ces carrés de macadam.

Ramener la nature en ville

Toutefois, pour relever le défi climatique désormais inévitable, certaines mairies cherchent à replacer l'arbre et la biodiversité intelligemment, au centre de leurs rues. À Lille par exemple, au-delà de travaux de renaturation engagés sur les grands axes comme les rues du Molinel ou de Solférino, la Ville a fait de la végétalisation des façades de maison l'un de ses chevaux de bataille. 

L'idée est simple : aux pieds des habitations, la mairie installe gratuitement des fosses, sur demande des propriétaires, qui peuvent alors faire pousser des plantes grimpantes, fleurs en bulbe, arbustes... Bref, tout type de plante qui ne perturbera pas la voirie. Pas de séquoia géant prévu pour les Lillois donc.

Selon une étude de la MEL menée en 2017, 33 000 maisons de ville peuvent être concernées par ce verdissement, dont 22 000 situées dans des rues qui ne sont pas plantées du tout. Ce qui représente un peu plus de 25 % du total des maisons, toutes typologies confondues, de la métropole en 2012.

Plus de 400 fosses par an

Ce dispositif "Verdissons nos murs" a été porté par les élus écologistes de Lille dès 1989. Mais ce n'est que depuis cinq ans qu'il connaît une véritable accélération. Au lancement du projet, la mairie réalisait une cinquantaine de fosses par an. Sur la simple année 2020, 200 fosses ont été réalisées. En 2021 et 2022, 400 autres fosses ont vu le jour. Un chiffre exponentiel qui provoque la fierté de Stanislas Dendievel, adjoint socialiste à la mairie de Lille.

"Ces fosses ont un vrai enjeu pour le climat de la ville. Elles jouent dans la régulation des températures, limitent les îlots de chaleur, améliorent la qualité de l'air, font office de refuge pour la biodiversité... C'est une politique qui vient compléter l'ensemble du travail que la Ville mène pour faire progresser la nature en ville. Et puis c'est aussi très joli", sourit l'élu, heureux de voir les habitants de Lille répondre présents un peu plus chaque année.

Ces fosses ont un vrai enjeu pour le climat de la ville. Elles jouent dans la régulation des températures, limitent les ilots de chaleur, améliorent la qualité de l'air, font office de refuge pour la biodiversité...

Stanislas Dendievel, adjoint à la mairie de Lille (PS)

Comment ça marche ?

Pour végétaliser sa façade, rien de plus simple. Comme dans la plupart des communes de la Métropole européenne de Lille (MEL), la capitale des Flandres dispose d'un permis de végétaliser en ligne, à remplir et renvoyer par mail sur vegetalisons@mairie-lille.fr ou par voie postale, peu importe le type de logement ou le quartier dans lequel vous résidez.

D'ailleurs, tous les quartiers de Lille semblent se prendre au jeu : "Chaque zone a ses dynamiques. Mais à Vauban, Moulins et Wazemmes plusieurs rues s'y sont mises sérieusement. Cette année, on a aussi eu beaucoup de demandes à Fives ou dans le Faubourg de Béthune", rapporte Stanislas Dendievel.

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Vérifier le terrain sur lequel pousseront les pantes

Cependant, toute demande n'est pas effective ! La MEL et la Ville doivent conjointement effectuer des tests pour vérifier la viabilité du projet de plantation. "Quand une demande est faite, on organise une visite entre le propriétaire et un technicien de la MEL qui va regarder ce qu'il y a en sous-sol." Si un réseau de gaz passe sous la rue, la fosse ne pourra pas être creusée. En cas de réseau électrique, le projet peut être adapté.

La deuxième donnée scrutée avant de végétaliser concerne l'état de la façade. Si celle-ci a été rénovée récemment ou si son état laisse à désirer, le projet n'aura pas la même portée. Dans certains cas, les immeubles ne peuvent même pas supporter de plantes grimpantes. Les propriétaires doivent donc opter pour des parterres ou des plantes moins envahissantes. Aussi, des types de plantes sont plus adaptés à certains matériaux : la mairie propose donc un guide d'entretien aux habitants pour que ceux-ci puissent adapter leur atelier jardinage, à leur maison.

Une fois toutes ces étapes validées, le citoyen ou la citoyenne signe une charte dans laquelle il ou elle s'engage à entretenir ces fosses toute l'année, de façon écologique. En moyenne, les demandes mettent entre 3 et 6 mois à aboutir.

Un dispositif suffisant ?

Si le nombre de façades végétalisées continue de croître, l'impression d'un véritable poumon vert en plein cœur de Lille pourrait émerger dans les consciences. Mais évidemment, cette action seule ne suffira pas à endiguer le problème des espaces verts en ville, ni à résoudre les questions relatives à la place de la nature en milieu urbain. Stanislas Dendievel l'indique lui-même : "La végétalisation c'est combiner des éléments, des actions. L'idée est de multiplier les projets pour ramener l'arbre en ville et, jusqu'à présent, on n'avait jamais autant fait pour la nature." L'élu fait une nouvelle fois référence aux travaux de verdissement engagés dans Lille, visant à intégrer des rangées d'arbres aux boulevards de la commune, qui en sont particulièrement dépourvus.

Il est important de préciser que ce n'est pas la végétalisation de façade qui va compenser les pertes végétales et l'artificialisation.

Maroin Al Dandachi, conseiller municipal d'opposition (EELV)

Plus sceptique, Maroin Al Dandachi, conseiller municipal d'opposition (EELV) temporise. "On est fiers de cette politique de végétalisation, c'est l'héritage de nos anciens élus. Mais il est important de préciser que ce n'est pas la végétalisation des façades qui va compenser les pertes végétales et l'artificialisation." Pour l'élu écologiste, cette politique de verdissement fait plus office de décoration sur un patrimoine urbain dense, qui ne permettra pas de réel bouleversement au sein de la biodiversité. Loin de créer de véritables sanctuaires, comme il aimerait voir naître sur la friche Saint-Sauveur, ces façades font plus office de petits lieux de refuge, dans un amas de béton.

Ici, Maroin Al Dandachi rejoint en un sens l'idée de Stanislas Dendievel : verdir les façades n'est pas suffisant. Cependant, pour lui, les projets environnementaux menés par la Ville ne le sont pas non plus. Ne serait-ce qu'en termes d'accompagnement : "La mairie pose des fosses, fournit des essences et c'est tout", résume le conseiller. "Nos citoyens ne connaissent pas assez notre patrimoine végétal. Et même si on dispose d'un excellent service nature, nos agents ne peuvent pas gérer l’entièreté de l’écosystème seuls. La Ville doit mieux accompagner les habitants pour qu'ils prennent soin de leurs fosses et construisent une nouvelle flore de qualité." En somme, de quoi remplacer les centaines d'arbres anciens, malades ou coupés pour créer certains projets urbanistiques.

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