Lille : une militante anti-secte relaxée après avoir été attaquée en diffamation

Charline Delporte lors d'une réunion famille du CAFFES. / © MAXPPP
Charline Delporte lors d'une réunion famille du CAFFES. / © MAXPPP

Charline Delporte, militante anti-secte, a été relaxée ce lundi après qu'une association de méditation lilloise, l'Institut Heartfulness, l'a attaqué en diffamation. Elle a également reçu 1 000 euros de dommages et intérêts de la part des plaignants.

Par M.D.

Présidente d'une association de lutte contre les dérives sectaires (la CAFES), Charline Delporte a été relaxée ce lundi après avoir été attaquée en diffamation par une association de méditation.

"Ca va même plus loin qu'une relaxe puisque notre demande de dommage et intérêts a été acceptée", précise Jean-Yves Moyart, l'avocat de la prévenue.

Charline Delporte va toucher 1 000 euros de la part de l'association, l'Institut Heartfulness, après qu'elle ait réussi à prouver que la plainte était de mauvaise foi et qu'elle s'appuyait sur des éléments insuffisants.

Jean-Yves Moyart se dit satisfait de cette condamnation "dissuasive" qui pourrait décourager d'autres sectes de poursuivre sa cliente en justice pour des motifs similaires.

 

En relation avec une secte


Le début de l'affaire remonte à septembre dernier, quand la responsable associative reçoit une lettre d'assignation, poursuivie pour "diffamation publique" par un l'Institut Heartfulness, qui organise des ateliers de "méditation du coeur" à Lille.

Quelques semaines plus tôt, Charline Delporte avait commencé à se renseigner sur cette association, après que l'une de ses connaissances lui a signalé des agissements étranges. Elle découvre alors que l'Institut Heartfulness est en relation étroite avec la secte "Shri Ram Chandra Mission".
 

Cette secte figure sur le rapport parlementaire de la commission d'enquête sur les sectes de 1995 comme l'un des mouvements pouvant "être qualifiés de sectaires", ainsi que sur le dernier rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

Ce dernier rapport indique ainsi : "Grandes promotrices du développement personnel inspiré des techniques orientales, des organisations multinationales comme la "méditation transcendantale", Shri Ram Chandra Mission, ou la "Libre université du Samadeva", côtoient des structures créées par des Occidentaux "initiés", mais aussi des individus isolés dont certains bricolent des formations à partir de quelques stages qu’ils ont eux-mêmes suivis."
 
Ces ateliers de "méditation du coeur" sont proposés tous les dimanches dans ce local. / © JB
Ces ateliers de "méditation du coeur" sont proposés tous les dimanches dans ce local. / © JB

La présidente de la CAFFES décide alors d'avertir le propriétaire de la salle où l'Institut Heartfulness organise ses séances et ce dernier suspend immédiatement la location. L'association porte plainte quelques semaines plus tard pour diffamation publique.

Selon Me Laurent Klein, avocat de l'association, le rapport parlementaire de 1995 n'est plus idoine. "Toutes les personnes qui font du yoga ne font pas partie d'une secte. A l'époque, c'était nouveau, les gens étaient méfiants. Aujourd'hui, la pratique du yoga s'est étendue, ça n'a plus rien à voir avec ce qu'on pensait que c'était il y a 20 ans", ajoute-t-il.

L'audience s'était ouverte le 5 juin et le jugement a été rendu ce lundi soir, donnant raison à la militante anti-secte.

 

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